En Picardie, les usagers du TER sont usés par la grève

Des pétards ont été jetés sur les voies entre Creil et Paris, ralentissant fortement le trafic et provoquant la colère des usagers / © FTV
Des pétards ont été jetés sur les voies entre Creil et Paris, ralentissant fortement le trafic et provoquant la colère des usagers / © FTV

Avec la rentrée, de nombreux Picards retrouvent le chemin du travail et donc celui des TER. Seulement 4 trains sur 10 circulent ce lundi 6 janvier, ce qui impacte fortement les habitudes des usagers au bord de la crise de nerf. 

Par Paul-Antoine Leclercq

Voilà maintenant un mois que la grève contre la réforme des retraites a débuté. Un mois de galère pour les usagers des TER Hauts-de-France qui ont repris aujourd'hui le chemin du travail. "Ce matin c'était une horreur, comme tous les jours !" dénonce Elisabeth Gallardo. Tous les matins, elle prend le TER à Creil en direction de Paris. "Les gens sont totalement déphasés. J'ai l'impression de voyager avec des zombies, s'indigne-t-elle. C'est le voyage des poulets qui vont à l'abattoir".

 

Marie-Laure Caron est infirmière de nuit à l'hôpital Fernand-Widal à Paris. Tous les jours, elle doit prendre le TER entre Creil et la capitale à des horaires décalés, en dehors des heures de pointes. Avec la suppression des trains, cette femme de 49 ans a été obligée de dormir sur son lieu de travail. "Je pars de chez moi à 17 heures avec le dernier train pour Paris. D'habitude, alors que je termine mon service à 7 heures, je peux prendre celui de 7h20. Mais en ce moment, pour le retour je ne peux prendre que le premier train à 8h30. Résultat je ne peux dormir que trois heures" explique Marie-Laure contactée dans l'après-midi alors qu'elle se réveillait à peine de sa "nuit". Ce week-end, j'ai demandé à dormir à l'hôpital parce que c'était plus possible, j'avais besoin de me reposer."
 
Grève SNCF Gare du Nord
A la Gare du Nord à Paris, ce lundi 6 janvier, incompréhension pour les usagers des TER pour la Picardie entre annonces contradictoires, cohue et trains trop courts pour accueillir tout le monde - Elisabeth Gallardo

 

Des pétards pour arrêter les trains

Ce lundi 6 décembre matin, le trafic était fortement perturbé sur la ligne Creil-Paris. "Le train de 6h14 était en retard, celui de 6h43 aussi", soupire Elisabeth Gallardo. Des retards causés par des actes de vandalisme. "Sur la ligne Creil-Paris, des pétards ont été jetés sur les voies", confirme Patrick Fauqueux, responsable de la communication SNCF Hauts-de-France. Il ajoute : "les pétards déclenchent un dispositif de sécurité qui oblige le conducteur à arrêter le train, ce qui entraîne des retards". Il n'était pas en mesure de dire qui étaient les auteurs de ces actes de malveillance.

 

Marie-Laure Caron a également été impactée par ces incivilités. "J'allais prendre le train de 7h22 qui, pour une fois, devait rouler, raconte-t-elle. Mais avec ces pétards, ils ont été obligés de supprimer le train... J'ai donc pris celui de 8h30".  Pourtant Marie-Laure l'assure, elle continue à soutenir les grévistes : "je sais ce qui nous attend avec cette réforme donc je suis avec eux. Mais je ne suis pas d'accord avec leurs méthodes. Ils vont perdre l'opinion s'ils continuent comme ça".
 

 

Trois heures pour aller au travail

Guillaume Toussaint prend chaque jour le TER entre Compiègne et Paris. Ce lundi matin, il a a mis trois heures pour aller travailler. "Nous sommes partis à 7h07 de Compiègne comme prévu. Notre train a ensuite effectué deux arrêts d’urgence suite à des pétards d’alerte placés sur les voies. Nous sommes ensuite restés bloqués à Rieux [dans l'Oise, NDLR] pendant 20 minutes, la signalisation et certains passages à niveau ayant été vandalisée. Nous avons subi deux nouveaux arrêts d’urgence à cause de pétards entre Rieux et Creil." Journée exceptionnelle certes. Mais si habituellement Guillaume met une heure porte à porte pour aller au travail à Paris, en ces temps de grève, son trajet en train est quand même d'1h30. Et la galère ne s'arrête pas à la descente du TER. A son arrivée à en gare du nord à 9h25, le Compiégnois fait face aux grilles fermée du métro qui ne circule qu'aux heures de pointes. "Je suis obligé de marcher 45 minute de plus pour aller au bureau" s'irrite-t-il. 

 


"Ralentir des trains qui sont déjà en retard c'est non !" s'exclame Nora Muler-Conte, présidente du collectif SNCFvamtuer. "On n'a pas à juger la grève. C'est un droit ! En revanche, on dénonce les sabotages et le manque d'information de la SNCF," rajoute-t-elle.
 

Des usagers obligés de s'adapter

De son côté, Elisabeth Gallardo a décidé de troquer le train par sa voiture. "Je vais être obligée de me lever à 3 heures pour partir à 4 heures", déplore-t-elle. Elle assure également que la grève lui coûte cher : "Je paye un abonnement de train, un parking, un pass Navigo pour rien. À cela s'ajoutent 180 euros de frais pour la voiture entre le péage, l'essence et le parking à Paris."

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