"On n'a pas le choix", le pass sanitaire devient obligatoire pour les employés des établissements accueillant du public

Depuis le lundi 30 août, les employés travaillant dans les établissements où le pass sanitaire est requis, doivent eux aussi le détenir. Une nouvelle mesure contraignante à la fois pour les salariés et pour les gérants.
Le pass sanitaire devient obligatoire pour les employés d'établissements accueillant du public.
Le pass sanitaire devient obligatoire pour les employés d'établissements accueillant du public. © FTV

Ils n’y échappent pas. Depuis le 30 août, les personnels travaillant dans les établissements privés et publics requérant le pass sanitaire pour leurs clients ou usagers, doivent être eux-mêmes en possession d’une preuve de vaccination, de rétablissement ou de test négatif.

Cela concerne ainsi les employés travaillant dans les restaurants, les bars, les lieux culturels et de loisirs, les centres commerciaux de plus de 20 000 m² et les compagnies de transport pour les longs trajets.

Une liste non-exhaustive qui comprend également "tout événement culturel, sportif, ludique ou festif, organisé dans l’espace public ou dans un lieu ouvert au public susceptible de donner lieu à un contrôle de l’accès des personnes". Cette mesure concerne ainsi 1,8 million de professionnels.

Cette obligation s’applique aussi à tous ceux qui interviennent sur le site, soit les "bénévoles, prestataires, intérimaires et sous-traitants", sauf lorsque leur activité se déroule "dans des espaces non-accessibles au public" ou "en dehors des horaires d’ouverture au public", précise le ministère du Travail.

Que risquent les salariés sans pass sanitaire ?

"L’employeur doit s’assurer que son employé a bien son pass sanitaire", a rappelé Elisabeth Borne lundi 30 août. Les salariés sans pass sanitaire risquent la suspension de leur contrat de travail, sans salaire, ou bien une affectation vers un autre poste où le pass n’est pas exigé. Si l’employeur ferme les yeux, il risque la fermeture administrative et une condamnation pouvant aller jusqu’à 9 000 euros d’amende en cas de récidive.

Pour certains gérants, cette mesure est une nouvelle contrainte qui s’ajoute à celle du pass sanitaire obligatoire pour les clients. 

"On n’a pas le choix, c’est ça ou on ferme nos clubs"

Martine Bossaert est gérante de la salle de sport Gigafit à Coquerelles dans le Pas-de-Calais. Elle emploie deux personnes et quatre coachs sportifs indépendants. Parmi eux, certains n’ont pas forcément bien accueilli cette obligation. "Mes deux employés n’étaient pas très pro vaccin, mais ils ont finalement décidé de se faire vacciner assez rapidement", explique Martine Bossaert.

Une de mes coachs voulait arrêter, car elle n’avait pas de pass sanitaire et elle ne voulait pas se faire vacciner. Elle est revenue sur sa décision et elle fera des tests PCR.

Martine Bossaert, gérante d'une salle de sport dans le Pas-de-Calais


L’obligation du pass sanitaire met Martine Bossaert dans une position délicate, "c’est quand même assez compliqué à gérer". Elle qui avait déjà subi les répercussions du pass sanitaire pour ses adhérents : "On a reçu des insultes, on boycotte notre club…"

Alors, pour convaincre ses employés, il a fallu prendre le temps de discuter : "Je leur ai expliqué la situation. On leur a dit que s’il n'y avait pas de pass, ce serait test PCR toutes les 72 h et que sinon, ce serait suspension du contrat de travail et donc pas de salaire, continue Martine Bossaert. On n’a pas le choix, c’est ça ou on ferme le club".

Ils l’ont fait pour sauver leur travail, mais ils ne voulaient pas, ils l’ont fait parce qu’ils étaient obligés.

Martine Bossaert, gérante d'une salle de sport dans le Pas-de-Calais


Une autre difficulté s’ajoute : le recrutement d’une personne déjà en possession de son pass sanitaire : "J’ai un recrutement à faire, parfois, on trouve des gens, mais ils n’ont pas le pass sanitaire donc ça complique les choses".

"C’est tendancieux, ça crée forcément un climat d’anxiété"

Comme Martine Bossaert, Quentin Delcourt, programmateur au cinéma le Majestic Compiègne à Jaux dans l’Oise, a dû faire face à quelques réfractaires : "Majoritairement ça a été bien accueilli, mais certains l’ont fait en raison de l’obligation. Trois ou quatre employés doivent faire des tests PCR en attendant d’être vaccinés". De son côté, Quentin Delcourt comprend la mise en place de cette mesure :

C’est tout à fait légitime et normal de demander que les employés aient leur pass sanitaire, car on le demande aux clients.

Quentin Delcourt, programmateur au cinéma le Majestic Compiègne dans l'Oise

Malgré l’accueil positif, le programmateur avoue tout de même être dans une position compliquée et inédite : "La question de la vaccination relève du personnel, tout ça normalement reste en dehors de l’entreprise. Mais par cette obligation, le gouvernement nous impose d’aborder collectivement ces questions qui sont de l’ordre de l’intime. Quand un employé ne rentre pas travailler, tout le monde le voit bien", explique Quentin Delcourt. "C’est un peu tendancieux, ça crée forcément un climat d’anxiété".

Une vaccination en amont

À Lille, dans le Nord, Cyril Bazin est le gérant du restaurant La Ducasse. Il emploie une vingtaine de salariés, quasiment tous vaccinés. "Ils sont vaccinés depuis bien longtemps, cette obligation n’a pas eu d’impact, car la plupart était vaccinés depuis juin", explique le gérant, "une seule personne ne souhaite pas être vaccinée, elle est en congé ce qui nous laisse le temps de réfléchir".

Ainsi, pas d’inquiétudes pour ce gérant qui avait déjà prévu le coup, mais s'interroge sur certains points : "Tous les matins, on doit contrôler. Je trouve ça ridicule une fois que l’ensemble du personnel a déjà été contrôlé. On a une équipe fixe". En effet, les employeurs font face à certain flou. Car en théorie, le contrôle du pass sanitaire doit se faire quotidiennement, pour garantir la non-conservation des données personnelles et médicales. Or, cette solution est très contraignante. Cette question est d'ailleurs à l’étude au ministère du Travail sachant que le projet de loi prévoit tout de même que l’employeur puisse conserver le certificat de vaccination de son salarié afin de lui délivrer un titre spécifique permettant une vérification simplifiée.

Willy Marc Zorn, gérant du restaurant Zorn-La petite auberge à Laon dans l’Aisne a opté, lui, pour la solution suivante : "On a mis en place un livre dans lequel on a noté ceux qui ont un pass sanitaire. Une fois qu’ils l’ont, ils l’ont", explique le restaurateur. Comme Cyril Bazin, ses quinze employés sont tous vaccinés.

"Dans mon équipe, il n’y a que des jeunes. Ils étaient réticents au tout début, mais sinon tout s’est bien passé", raconte Willy Marc Zorn. Seul petit bémol : "Ils étaient un peu énervés d’apprendre qu’en fin de compte ce n’était pas une obligation pour les cuisiniers". En effet, seuls les employés en contact avec la clientèle doivent être détenteurs du pass sanitaire.

Pour Willy Marc Zorn et pour tous les gérants d’établissements contactés, pas question de ne pas se plier à l’obligation : "Quand on nous annonce des lois, on les suit. C’est comme ça et malheureusement, il faut s’y plier".

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