Dix mois avec sursis requis contre un policier pour harcèlement sexuel envers deux collègues

Après un procès inédit qui s'est tenu ce jeudi, à Béthune, dix mois avec sursis ont été requis contre un policier pour harcèlement sexuel sur deux de ses collègues.

Fait rare dans la profession : deux policières ont poursuivi l'un de leur collègue en justice pour harcèlement sexuel. Ces agissements ont duré 18 mois pour l'une, six mois pour l'autre. Dix mois de prison avec sursis ont été requis, jeudi, par le tribunal correctionnel de Béthune à l'encontre du gardien de la paix.

"On n'est pas sur le terrain de la blague, la police est un monde professionnel", a déclaré le procureur Virginie Deneux lors de son réquisitoire. "Il y a des propos sexués dégradants par leur vulgarité", a-t-elle ajouté, ne requérant toutefois pas d'interdiction professionnelle.

Dix mois de prison avec sursis, une peine requise saluée par Sandrine, l'une des plaignantes :  " Honnêtement je ne m’attendais pas à autant. Quand j’ai entendu 10 mois, ’ai été estomaquée, c’est énorme."

Son avocate, Maître Blandine Lejeune renchérit : "C’est un parcours de combattant pour ces femmes parce qu’après avoir parlé à leur hiérarchie qui n’a pas cru bon de voir sanctionner le premier intéressé, elles sont effectivement dû passer par un certain nombre d’obstacles difficiles. Elles sont en arrêt maladie toutes les deux, mais elles ont été entendues par l'IGPN, elles ont été entendues dans leurs différentes déclarations et aujourd’hui, la Procureure de la République maintient l’accusation et considère effectivement le dossier solide."
 



Lors du procès, il est apparu que le gardien de la paix, Jimmy D., 49 ans, muté depuis mars dans les Bouches-du-Rhône, avait multiplié les remarques particulièrement salaces envers deux policières, en arrêt maladie de longue date et qui étaient ses collègues au commissariat d'Auby, dans le Nord.
 
Autres faits : il déboutonnait son pantalon en entrant dans le bureau, envoyait des MMS contenant une image pornographique à une des policières ou s'amusait à péter dans un micro au tribunal lors d'une suspension de séance. Il souhaitait "bonne bourre" à un couple de retraités à la suite d'un contrôle de police ou se moquait d'une collègue prétendument "frigide".

"Je suis écoeurée du monde de la police. La femme n'y a pas sa place", a dit à la barre une des deux plaignantes, au bord des larmes, qui voulait pourtant y faire toute sa carrière.

Me Blandine Lejeune, avocate des deux femmes, a évoqué leur "calvaire" alors que leur hiérarchie avait tenté de "banaliser" les agissements du gardien de la paix, aux bons états de service et qui a perdu un doigt en service.
 
"Bigard, à côté de vous, c'est Molière! Deux femmes ont osé parler. Car on n'a pas à subir des blagues salaces, vulgaires, dégradantes et humiliantes", a dit Me Lejeune, soulignant que c'était la médecine du travail qui avait signalé le problème à l'IGPN, la police des polices. Elle a demandé en outre 20 000 euros pour chacune d'entre elles au titre du préjudice moral.

Le prévenu, père de trois enfants et divorcé, s'est défendu en expliquant qu'il était "un boute-en-train", désireux "de mettre l'ambiance".

"Elle attaque le monde entier, elle ne veut pas travailler et veut de l'argent", a-t-il lancé à l'encontre d'une des deux policières, 44 ans, qui était sa supérieure hiérarchique. Le procureur a regretté qu'il n'y ait "aucune remise en cause du prévenu sur son propre comportement".
 

L'avocate de la défense, Maître Corinne Spebrouck, juge le réquisitoire injuste pour un homme qui se situait selon toujours sur le mode de l'humour : "Non seulement on reste sur le registre de l’humour, mais je pense même que la majorité des propos qui sont reprochés à mon client ne sont pas avérés. Je pense sincèrement qu’il y a quelque chose de l’ordre de la manipulation, où on veut véritablement indiquer que mon client serait quelqu’un de grossier, de vulgaire, ce qui n’est pas le cas", nous a t-elle déclaré.

Le jugement a été mis en délibéré au 26 juillet.

 

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