Brexit : sur le dossier de la pêche, Xavier Bertrand veut “un langage très ferme” avec les Britanniques

Un chalutier britannique sur la Mer du Nord. / © WILLIAM EDWARDS / AFP
Un chalutier britannique sur la Mer du Nord. / © WILLIAM EDWARDS / AFP

Le président (DVD) de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand a exigé ce jeudi que la pêche, "fragilisée" en France, soit "au coeur de la négociation" sur les suites du Brexit et a appelé à un "langage de fermeté" avec les Britanniques.
 

Par YF avec AFP

"La pêche, c'est pas un sujet à côté de la grande négociation sur les suites du Brexit, c'est au coeur de la négociation", a averti l'ancien ministre de Nicolas Sarkozy sur franceinfo, en exprimant son inquiétude pour les pêcheurs français "fragilisés" : "J'ai pas envie qu'ils disparaissent".
 
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Ce sera le premier accord à trouver avec le Royaume-Uni post-Brexit, selon le calendrier prévu : la négociation sur la pêche s'annonce difficile pour l'Union européenne, dont certaines flottes sont très dépendantes des eaux britanniques. "Nous ne devons pas changer les règles d'aujourd'hui", a insisté M. Bertrand, qui veut que les quelque 5000 pêcheurs français, dont un peu moins de mille dans les Hauts-de-France, puissent continuer à s'y rendre, en rappelant le récent bras de fer à Guernesey.

Les pêcheurs français privés d'accès aux eaux de l'île anglo-normande de Guernesey depuis samedi, jour de l'entrée en vigueur du Brexit, devraient pouvoir y retourner d'ici à la fin de semaine, a assuré mardi la secrétaire d'Etat chargée des Affaires européennes Amélie de Montchalin.
 

Selon M. Bertrand, il faut donc "avoir un langage très ferme auprès de nos amis britanniques". "Si on ne peut plus pêcher chez vous, vous ne pêchez plus chez nous, mais vous ne transformez pas non plus le poisson chez nous", a-t-il expliqué.

"Les conserves, le fait de mettre au filet, tout ça, ils le font chez nous, ils n'ont pas cette industrie de la transformation chez eux", a-t-il argumenté en précisant que les pêcheurs britanniques seraient alors obligés de remonter dans le nord de l'Europe, ce qui "va leur coûter très cher".
 

"C'est une négociation, je sais que ce que je dis inquiète notamment les mareyeurs, même chez moi, mais il faut bien comprendre que si nous voulons maintenir un accord intelligent, intéressant pour tout le monde, il faut ce langage de fermeté", a-t-il fait valoir.

Si la pêche ne représente qu'une infime partie du PIB de l'Union européenne, l'activité est toutefois vitale pour de nombreuses communautés du littoral, de la Bretagne au Danemark, en passant par le nord de la France, la Belgique, les Pays-Bas.
  

Que se passe-t-il avec Guernesey ?

Samedi, le gouvernement avait annoncé que les autorités de Guernesey avaient "temporairement suspendu" l'accès des navires de pêche français aux eaux de l'île anglo-normande. Guernesey a "un statut très spécial", qui relève de la couronne britannique et non du gouvernement britannique, a rappelé mardi  la secrétaire d'Etat chargée des affaires européennes Amélie de Montchalin.

"Vous avez vu avec Guernesey. Déjà le lendemain du Brexit c'est le bazar", a déploré Didier Lequertier, patron d'une entreprise de mareyage d'une centaine de salariés près de Caen. Selon le président du comité régional des pêches de Normandie, Dimitri Rogoff, "une petite cinquantaine de bateaux normands et plus d'une centaine de bateaux bretons sont plus ou moins dépendants" des eaux de Guernesey.

"C'est une mauvaise séquence au départ du Brexit parce qu'il a fallu dire aux bateaux le 30 janvier "vous dégagez pour le 31 janvier". Certains ne sont toujours pas repartis en mer parce que ils sont privés de leur zone. Mais il y a une volonté de s'en sortir de part et d'autre", a commenté M. Rogoff. "On a envoyé un signe fort à l'Europe et au gouvernement français que si à la fin de l'année ça se passe comme ça, ça va être un bordel sans nom", a-t-il ajouté.

Selon lui, des "négociations entre la grande puissance maritime française et le petit Etat de Guernesey" ont dans un premier temps "échoué vendredi matin". Guernesey "avait la pression de Boris Johnson qui disait "molissez pas". La presse britannique s'est emparée du sujet pour dire "voilà, on est sorti et on commence par les foutre dehors"", a poursuivi M. Rogoff.

"Je pense que d'ici à la fin de la semaine, si on travaille comme on se l'est dit, les choses vont rentrer dans l'ordre", a rassuré Amélie de Montchalin. "On a un accord diplomatique. On a reçu une lettre formelle de sa Majesté la couronne (...) On a un accord politique (...) Maintenant, on est dans la mise en oeuvre. On va par exemple demander des immatriculations internationales à des pêcheurs qui parfois n'en ont pas. Il y a des petites démarches administratives", a-t-elle précisé.

La Commission européenne "a prévalidé une liste de bateaux" qui veulent pêcher à Guernesey et "on a un accord avec Guernesey pour qu'ils ne prélèvent pas d'argent, que ce soit sans frais", a aussi indiqué la secrétaire d'Etat. Pour les pêcheurs, il est important "qu'on ne crée pas un précédent en restreignant une petite zone au milieu de la Manche pour des raisons diplomatiques", a-t-elle dit.  
 

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