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Brexit : bouchons, baisse du trafic... les scénarios possibles au port de Calais-Boulogne en l'absence d'accord

Photo d'illustration. / © Marc Demeure/MAXPPP
Photo d'illustration. / © Marc Demeure/MAXPPP

L'échéance approche, mais les conditions du Brexit sont toujours aussi floues. Alors au port de Calais - Boulogne-sur-Mer, on se pare à toutes les éventualités, même si certaines conséquences néfastes pourraient se faire ressentir. Ce que les douaniers en grève essaient de démontrer depuis lundi.

Par Margot Desmas

La date prévue pour le Brexit, le 29 mars, arrive à grands pas, et une sortie sans accord du Royaume-Uni de l'Union européenne est toujours envisageable alors que les négociations patinent entre Londres et Bruxelles. Et le port de Calais - Boulogne-sur-Mer serait le premier à en patir.

Depuis le début de la semaine, les douaniers ont entamé une grève du zèle pour "montrer ce qu'il se passera après le Brexit" et réclamer des moyens supplémentaires. Du côté de la direction, on affirme au contraire que même en cas de Brexit sans accord, il n'y aura pas de bouchons dans le port de Calais. "Qu'il y ait un deal ou pas, nous sommes prêts", indique Jean-Marc Puissesseau, président de la SEPD qui gère les ports de Calais et Boulogne-sur-Mer.

 

Déjà 6 millions d'euros de travaux


La sortie du Royaume-Uni va induire un changement de procédure pour gérer le trafic des poids lourds. "En ce qui concerne l'exportation, les chauffeurs routiers arriveront avec les documents qu'ils doivent avoir remplis avant de quitter leur lieu de chargement", indique le président de la SEPD. Une étape supplémentaire qui, selon lui, ne demandera "pas plus de contrôles [douaniers] qu'aujourd'hui" que ce soit à Calais ou à Douvres.
 

Mais tout ça à condition que les chauffeurs aident bien rempli lesdits papiers... Car dans le cas contraire, ces derniers devront s'en occuper sur place, d'où un investissement massif des ports pour prévoir un espace dédié et ainsi évier les bouchons. "Nous avons prévu un parking de 200 places, et des bureaux pour accueillir les transitaires qui rempliront les documents et quand ce sera fait, ils reprendront leur place dans la file et partiront en Angleterre", reprend Jean-Marc Puissesseau.

Tout n'est pas aussi simple, rétorquent les douaniers en grève : "[On] continuera jusqu'à ce qu'on obtienne satisfaction auprès du ministère, un certain nombre de revendications ont été posées, comme (...) une augmentation d'effectifs et des moyens pour le Brexit parce que nous ne sommes absolument pas prêts", affirme Vincent Thomazo, secrétaire général Unsa-Douanes.
 

Coût total des travaux pré-Brexit : 6 millions d'euros pour construire un parking, un SIVEP (Service d’inspection vétérinaire et phytosanitaire), une modification de la circulation de la zone tourisme et de nouveaux parkings cette fois dans la zone import. "Fondamentalement, il n'y a pas de raison pour que cela se passe mal", rassure le patron du port. Voilà pour l'aspect pratique, reste maintenant à gérer la concurrence des ports normands qui ont reçu un beau coup de pouce de Londres. 

 

La dangereuse concurrence des ports normands


Cette enveloppe de 120 millions d'euros, Jean-Marc Puissesseau ne l'a toujours pas digérée. Par crainte d'un engorgement du port de Calais en cas de no-deal, le gouvernement britannique a débloqué cette somme pour développer de nouvelle lignes transmanche, notamment Ramsgate-Ostende. Le tout destiné à deux compagnies pour contourner le port de Douvres et donc celui de Calais : Brittany ferries et DFDS, Londres devrait annoncer le nom d'une troisième entreprise dans les semaines à venir.
 

"Je pense que c'est complètement irrespectueux vis-à-vis de Douvres, irrespectueux pour le port de Calais, de donner 100 millions de livres, pour trois compagnies, surtout une qui aujourd'hui n'existe que sur le papier (le contrat a depuis été annulé, ndlr). Quand je pense que depuis 20 ans, nous contrôlons chaque camion qui part en Grande Bretagne pour voir si il n'y a pas de migrants", avait alors affirmé le président de la SEPD. GetLink (anciennement Eurotunnel) avait d'ailleurs l'État britannique sur la base de ces contrats et obtenu une indemnité de 38 millions d'euros pour retirer sa plainte.
 
Conférence de presse J-M Puissesseau au port de Calais

Les ports de Cherbourg, Caen/Ouistreham et Dieppe misent, eux, sur une hausse de leur trafic et vont investir 20 à 30 millions d'euros d'ici trois ans en cas de Brexit sans accord. "Si encombrement il y a, c'est bon pour nous puisque nous, on a un trafic moins dense qu'à Douvres et qu'on est en capacité d'absorber un flux nouveau", a expliqué Jérôme Chauvet, directeur de Ports de Normandie, présidé par le président de la Région Normandie Hervé Morin.
 

Malgré de bons résultats affichés en 2018 avec le franchissement du seuil des 9 millions de voyageurs, le port de Calais - Boulogne peut craindre des retombées néfastes du Brexit. Plusieurs scénarios sont encore envisageables d'ici le 12 mars, date à laquelle la chambre des communes doit voter l'accord renégocié. Car le lendemain, les parlementaires se retrouveront pour trancher l'épineuse question d'un Brexit sans accord. Et le surlendemain, ils accepteront ou non la possibilité de repousser la date de sortie officielle. Et la multiplicité des scénarios ne fait pas qu'influer sur les activités portuaires, une partie des acteurs économiques des Hauts-de-France devront s'y adapter.

 

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