Indépendance, choix des sujets... des lycéens de Calais se confrontent aux médias dans une série de vidéos

Photo d'illustration. / © MAXPPP
Photo d'illustration. / © MAXPPP

Dans le cadre de cours d'éducation aux médias, des lycéens du lycée Pierre de Coubertin de Calais se sont rendus dans cinq rédactions différentes pour répondre à leurs interrogations sur le journalisme. De ces expériences, ils ont réalisé une série de cinq vidéos "Clash Media" visibles sur YouTube. 

Par Noémie Javey

"Pourquoi les sujets du JT sont toujours les mêmes ?", "Est-ce que les journalistes sont vraiment libres ?", "Est-ce que c'est l'audience qui choisit les sujets?"; "Quels liens entretiennent les journalistes avec les hommes de pouvoir ?". Ces questions sont celles des lycéens du lycée Pierre de Coubertin à Calais. Dans le cadre d'un cours d'éducation aux médias dispensés par l'École supérieure de journalisme de Lille, ils ont réalisé une série de 5 vidéos, intitulées "Clash Media"et publiées sur Youtube : BFM TV, Mediapart, Konbini, La Voix du Nord et France 3 sont passés au crible de leurs questions. 
 

Au départ, les initiateurs du projet hésitaient entre Calais et Roubaix, finalement c'est la première ville qui l'a emporté : "On sait que c'est une ville dont on parle beaucoup, on voulait savoir ce que les jeunes pensaient de la couverture médiatique qui en était faite. Et l'écho des jeunes c'était qu'on parle de Calais mais toujours sous le prisme des migrants, du Brexit, de l'alcoolisme ou de la consanguinité", explique Claire Le Nestour, journaliste indépendante et accompagnatrice du projet. 

Cinq rédactions différentes 


Pour chaque vidéo, une rédaction était visée par une question. A BFM TV, les lycéens se demandaient si la course aux audiences influençait le choix des sujets, à Mediapart, si les opinions des journalistes n'impactaient pas leur manière de faire du journalisme, à la Voix du Nord, si le fait de côtoyer au quotidien des hommes politiques n'impactaient pas leur indépendance. 
 


Chacune à leur tour, les rédactions prennent le temps de répondre aux questions des lycéens, un travail d'explication pour essayer de renouer avec la confiance bien entamée des Français envers les médias. Dans le 31e baromètre réalisé par Kantar Sofres début 2018, seulement 30% des Français ont confiance en l'indépendance des journalistes. 68% jugent les professionnels des médias perméables aux pressions du pouvoir politique et 62% à celles de l'argent. 

"Ce qui m'a le plus marqué c'est lorsque je leur ai fait lire la Voix du Nord. Les deux premières questions ont été : "Combien les gens ont payé pour passer dans le journal ? Et qui du maire ou du préfet valide le contenu avant sa parution ?" Ils n'avaient aucune connaissance du fonctionnement", se rappelle Claire Le Nestour. 

Quelques mois plus tard, l'écho n'est plus le même, bien qu'aucun ne souhaite devenir journaliste. "Ils connaissent mieux le monde des médias, ils ont pu rencontrer des professionnels et voir l'envers du décor. Ils ont plus confiance en eux et sont plus à l'aise à l'oral", conclut la journaliste. 
 

Qu'est-ce que les lycéens pensent de France 3 ?


Après avoir visionné le JT de France 3 Nord Pas-de-Calais de la veille, les lycéens se montrent très critiques. "Comment on peut encore faire un truc à l'ancienne comme ça ?", "Pourquoi les sujets sont toujours les mêmes ? On parle toujours des migrants, de la neige, etc...", "Pourquoi la forme du journal est aussi simple, pourquoi il n'est pas plus clinquant?" Les lycéens ne font pas dans la dentelle. 
 
Clash média : France 3

A ces questions, ils sont trois à répondre : Anaïs Hanquet, journaliste et présentatrice; Jean-Luc Douchet et Joël Picot, tous les deux journalistes et rédacteurs en chef adjoint. 

"On parle des sujets qui intéressent la région. La neige va forcément influer sur le quotidien des gens. A France 3, on est vraiment le reflet du quotidien des téléspectateurs du Nord Pas-de-Calais", répond Jean-Luc Douchet à une des lycéennes présente pour la visite. 

Un autre jeune s'interroge sur l'influence des politiques sur le travail des journalistes. L'occasion de revenir sur l'histoire de la chaîne : "Dans les années 1970, quand la troisième chaîne a été créée, le pouvoir voulait en faire un outil d'information. On était qualifié de "télé préfet. Il y a même eu des périodes où il y avait un téléphone sur le bureau du rédacteur en chef qui était en liaison avec les préfectures", reconnaît Joël Picot.

Un temps désormais révolu : "Tout ça n'existe plus. On est une presse complètement libre, on décide nous même des informations que l'on veut traiter à l'intérieur de nos journaux, rien ne nous est imposé". 
 

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