Traversées de la Manche : Londres investit 541 millions d'euros pour sécuriser la frontière

En visite à l'occasion d'un sommet bilatéral, le Premier ministre britannique Rishi Sunak a promis une enveloppe de 541 millions d'euros à la France pour assurer la sécurisation de la frontière. Un accord crucial pour Londres, engagé dans un projet de loi migratoire ultra-restrictif et débordé par le nombre de traversées de la Manche.

Emmanuel Macron et Rishi Sunak, Premier ministre britannique, se félicitent à profusion de ce "nouveau départ" : la France et le Royaume-Uni ont signé un nouvel accord sur la gestion de leur frontière commune.

Lors du 36ème sommet bilatéral franco-britannique, Londres s'est engagé à verser 541 millions d'euros à la France sur 3 ans, pour endiguer les traversées illégales vers le Royaume-Uni. 

"Davantage de drones, d'hélicoptères et d'aéronefs"

500 agents supplémentaires seront recrutés pour patrouiller sur les plages du littoral français, en particulier à Calais. L'investissement devrait aussi profiter au développement des technologies de surveillance à la frontière. Emmanuel Macron et Rishi Sunak promettent ainsi "davantage de drones, d’hélicoptères et d’aéronefs". Enfin, un nouveau centre de rétention administrative devrait voir le jour dans le Nord ou le Pas-de-Calais.

Lors de la signature des accords du Touquet, en 2003, la frontière franco-britannique est déplacée vers les côtes françaises. La France accepte, contre un dédommagement financier, de prendre en charge la surveillance de la frontière et la régulation des flux de migrations illégaux.

Mais la stratégie adoptée n'a pas payé. Depuis 2015, l'Europe traverse une crise migratoire et une crise de l'accueil. Si des pays comme l'Allemagne ont adopté une politique d'accueil massif des réfugiés, la France reste beaucoup plus restrictives sur les possibilités de régularisation. "Au nom de la lutte contre les demandes d’asile infondées, les contrôles aux frontières rendent difficiles les demandes légitimes d’asile" constate le site officiel Vie Publique.  

En 2022, plus de 45 000 traversées illégales

Alors, les exilés qui arrivent en France convergent vers Calais et Loon-Plage, devenues des étapes du long parcours vers le Royaume-Uni, où l'intégration est réputée plus aisée. La traversée n'est pas sans dangers. Les eaux sont froides, les vents violents, et il s'agit d'une des routes maritimes les plus fréquentées au monde.

De plus, les passeurs qui extorquent les exilés n'assurent aucune sécurité, se contentant d'entasser hommes, femmes et enfants dans des canots de fortune. Ainsi, l'histoire de la frontière franco-britannique a été émaillée de drames humains. Le 24 novembre 2021, 27 personnes sont décédées dans un naufrage au large des côtes.

Mais les risques n'altèrent pas la détermination d'exilés en quête d'un meilleur avenir. En 2022, plus de 45 000 personnes ont risqué la traversée de la Manche. En janvier 2023, selon les autorités britanniques, ce sont 1180 personnes qui ont été repérées en train de traverser la frontière maritime. Enfin, le 6 mars 2023, près de 200 personnes ont tenté la traversée en une seule journée. 

Londres plus que jamais déterminé à "stopper les bateaux"

Pour Londres, malgré l'échec de la stratégie de la militarisation de la frontière, il n'est pas question de reculer. Rishi Sunak joue gros. Son camp politique a activement milité pour le Brexit. La promesse de contrôler l'immigration clandestine a été l'argument phare des partisans du "Leave". Le Premier ministre en a fait un slogan qu'il essaime à l'envi : "Stop the boats".

Son gouvernement a présenté le 7 mars un nouveau projet de loi contre l'immigration illégale, qui prévoit d'interdire à ceux qui arrivent par la Manche de demander l'asile au Royaume-Uni. "Cette nouvelle loi va envoyer un message clair : si vous venez dans ce pays illégalement, vous serez arrêté et expulsé", résumait Rishi Sunak dans le quotidien The Sun, en janvier

Pour la mettre en application, le ministre se dit prêt à se retirer de la Convention européenne des Droits de l'Homme, un texte dont le Royaume-Uni avait choisi de rester signataire malgré le Brexit. Cette convention avait déjà bloqué des projets de restriction de l'immigration outre-Manche

"Ils continuent de faire de la frontière un cimetière"

A Calais, les associations qui oeuvrent auprès des exilés du littoral ont dénoncé d'une même voix les projets communs de Paris et de Londres. "Renforcer les frontières (...) n'empêchent pas les personnes de passer, c'est un fait. Elles rendent seulement les passages plus coûteux, violents, dangereux" a dénoncé une responsable de Caritas France sur son compte twitter personnel

L'association Utopia56 était, elle, présente à Paris pendant le sommet franco-britannique pour manifester son opposition. "M. Macron et M. Sunak, par leurs politiques, viennent confirmer 30 années d'appel d'air à l'extrême droite, et continuent de faire de la frontière un cimetière" écrit l'association sur les réseaux sociaux. 

L'Auberge des migrants, de son côté, a ironisé sur les projets du ministre Sunak : "Apparemment il y a Trump qui essaie de relancer sa carrière sous pseudo de l'autre côté de la Manche."

Côté français, le gouvernement est également engagé dans un projet de loi immigration, qui débutera son parcours législatif au Sénat dans le courant du mois de mars et devrait arriver à l'Assemblée Nationale avant l'été.

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