Fillettes tuées à Courcelles-lès-Lens : trois questions à une psychiatre

Un bouquet de fleurs devant la maison de Courcelles-lès-Lens où a eu lieu le drame / © FRANCE 3
Un bouquet de fleurs devant la maison de Courcelles-lès-Lens où a eu lieu le drame / © FRANCE 3

Après le décès de deux de ses enfants, deux fillettes de 4 et 6 ans mortes poignardées à leur domicile à Courcelles-lès-Lens, une mère a été hospitalisée mardi. Elle est soupçonnée de les avoir tuées. Nous avons posé trois questions à une psychiatre pour mieux comprendre ce drame.
 

Par AFP

Une mère qui tue ses enfants relève de l'"inconcevable" dans l'imaginaire collectif, mais ces femmes n'ont pas forcément de "pathologie psychiatrique" décrypte Liliane Daligand, psychiatre experte devant les tribunaux.

Cette semaine, à Courcelles-lès-Lens, une femme en cause a été hospitalisée sous contrainte "compte tenu de son état de santé" après que deux de ses enfants ont été retrouvés morts de plusieurs coups de couteau. Cette mère de famille, présumée innocente, n'a pas été mise en examen pour l'instant.


Une mère qui tue ses enfants est-elle forcément une malade sur le plan psychiatrique ? 

Liliane Daligand : "Il n'est pas obligatoire qu'il y ait une pathologie psychiatrique. Il m'est arrivé d'expertiser une femme psychotique, qui délirait, une autre qui avait fait un séjour peu de temps avant en hôpital psychiatrique, et était probablement sortie trop vite. Mais souvent, ce sont des femmes qui n'avaient pas de pathologie, qui avaient pu être d'excellentes mères auparavant. L'auteure d'un meurtre d'enfant va tout de suite être considérée comme une marâtre, mais ces femmes qui ont un moment de violence, de passage à l'acte, sont différentes de celles qui sont maltraitantes, toxiques tout au long de l'éducation d'un enfant.

Qu'est-ce qui peut expliquer de tels passages à l'acte?

On rencontre des cas de femmes suicidaires: abandonnée par un homme, elle veut se donner la mort, mais ne veut pas que ses enfants lui survivent, elle veut les "emporter dans la mort". J'ai pu expertiser aussi une femme à qui il était insupportable que le juge ait ordonné un droit de visite plus développé pour le père, et qui avait préféré "supprimer" son enfant pour faire du mal à son ex-conjoint. On trouve plutôt chez les hommes violents au long cours ce mouvement d'anéantissement, cette volonté qu'il n'y ait pas de survivant, mais les femmes peuvent elles aussi être habitées par ce désir de vengeance, de punition: "tu m'as laissé, je te prive de ton enfant", pour toucher la personne dans ce qui lui est le plus cher.
 

Pourquoi ces meurtres frappent-ils davantage les esprits quand la mère en est à l'origine que lorsque c'est le père?

Dans la société, cela paraît intolérable, cela paraît contraire à l'affection qu'on attend d'une mère, comme si une femme ne devait être qu'une bonne mère. Tuer son enfant, c'est de l'ordre de l'impensable, comme le montre l'émotion soulevée par plusieurs cas d'infanticides ou de "bébés congelés". 
La femme est souvent vue du côté de la passivité, de l'amour, de la victime, et l'homme du côté de la violence. Ce sont des stéréotypes très difficiles à faire changer. Car il faut voir la réalité, les femmes peuvent être capables d'actes violents, c'est ce que j'ai voulu expliquer dans mon livre "La violence féminine" (paru chez Albin Michel en 2015, NDLR), à partir de mes expériences d'expertise, et cela m'a parfois été reproché.    

    

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