VIDEO. Gervais Martel, ancien président du RC Lens : “Daniel Leclercq, c'était un frère pour moi”

Gervais Martel et Daniel Leclercq, une longue amitié. / © AFP / MAXPPP
Gervais Martel et Daniel Leclercq, une longue amitié. / © AFP / MAXPPP

L'ancien président emblématique du RC Lens, Gervais Martel, était très touché ce vendredi matin par la mort de Daniel Leclercq, l'entraîneur qui avait conduit son club au titre de champion de France en 1998.

Par YF avec Aldric Lahiton et Jean-Pascal Crinon

C'est un Gervais Martel très ému que nous avons rencontré ce vendredi matin à La Gaillette, le centre d'entraînement du RC Lens. Son ami Daniel Leclercq, qui avait mené les Sang et Or au titre de champion de France en 1998, est décédé subitement la nuit dernière, des suite d'une embolie pulmonaire, à l'âge de 70 ans.
 

"J'ai eu son épouse ce matin, assez tôt, qui m'a annoncé la nouvelle", nous explique l'ancien président lensois, les yeux rougis et la gorge nouée. "Daniel Leclercq, c'était un frère pour moi, c'était un monument, c'est quelqu'un de la famille, la famille directement et indirectement, la famille lensoise bien évidemment. Tout le monde a en tête ce qui a été réalisé par Daniel... C'est incroyable de disparaître comme ça, je pense qu'il était heureux d'être parti en Martinique pour s'occuper des stages de Raphaël Varane (défenseur du Real Madrid et champion du monde 2018 avec l'équipe de France, formé au RC Lens NDR). C'était un choix de vie qu'il avait fait, très récent, puisqu'il était parti à la rentrée de septembre. Il s'était engagé à fond dans ce challenge avec les jeunes. J'ai eu Raphaël Varane aussi et on est tous atterrés, ça nous tombe sur la tête comme ça..."
 
Gervais Martel : "Daniel Leclercq, c'était un frère pour moi"
Entretien réalise par Aldric Lahiton et Jean-Pascal Crinon.

"Je l'avais fait revenir au club en 1995", se souvient Gervais Martel. "J'avais insisté auprès de Patrice Bergues (alors entraîneur du RC Lens NDR) et Georges Tournay (en charge des équipes de jeunes NDR) pour qu'il revienne dans nos équipes. Il était revenu s'occuper de la division d'honneur puis après il a pris la Gambardella (la Coupe de France des moins de 18 ans NDR), on a été en finale d'ailleurs, on a perdu. Je me souviens qu'il râlait parce qu'on avait perdu en finale contre Cannes, mais il disait que ce n'était pas la vraie finale. Il y avait eu un problème au Parc des Princes, on avait joué au Stade Jean-Bouin... C'était du Daniel ça... Dans l'équipe de Cannes, je me souviens, il y avait Patrick Vieira (champion du monde 1998 avec l'équipe de France et actuel entraîneur de l'OGC Nice NDR)."
 

"Un grand bonhomme"


"Ensuite, (Daniel Leclercq) a été adjoint de Roger Lemerre quand Roger Lemerre est arrivé en 1997, puis je l'ai placé à la tête de l'équipe en 1998, avec les succès que vous connaissez", poursuit-il. "Moi, je retiens de ce gars-là que c'était un grand bonhomme. Moi, je l'avais découvert comme beaucoup d'anciens supporters dans le jeu, un pied gauche magique, des balles de 40 mètres/50 mètres, ce qu'on ne voit plus aujourd'hui... des balles qui arrivaient directement dans les pieds. Par la suite, Arnold Sowinski (ancien entraîneur de Lens dans les années 60/70 NDR) l'avait fait reculer comme arrière central. On s'était dit : "Arrière central ? Leclercq, c'est un peu lent". Mais il était gigantesque"
 
Daniel Leclercq, le "Druide" du RC Lens et du VAFC, est décédé à 70 ans
Commentaire de Jean-Louis Manand

"Après comme entraîneur, il était d'une exigence incroyable, mais une exigence positive parce qu'il aimait ses joueurs", rappelle l'ex-patron des Sang et Or. "Mais il était super exigeant avec eux. On ne peut pas gagner, on ne peut avoir de résultats, s'il n'y a pas d'exigence. Il avait l'exigence personnelle, une exigence qui était retranscrite sur le groupe. Et puis j'ai eu des moments avec lui fabuleux. Le titre évidemment, la victoire en Coupe de la Ligue (en 1999 NDR), des trucs incroyables..."

"Quand on gagne le titre, je me souviens d'un match contre Cannes, j'étais à côté de lui sur le banc de touche", décrit Gervais Martel. "On mène 4-0, Cannes marque un but et on mène 4-1 à la mi-temps. Il rentre dans le vestiaire et dit : "les gars, vous allez perdre le match, parce que vous ne respectez pas mes consignes et vous vous prenez pour des Brésiliens parce que vous avez mené 4-0". Je me dis : "Mais qu'est-ce qu'il raconte ?". Et au bout de 20 minutes en seconde mi-temps on est à 4 partout, vous vous rendez compte... et on gagne 5-4 sur un penalty de Stéphane Ziani. Ça, ça résume Daniel. Même dans le dernier stage où j'étais avec lui, le stage Varane à Hellemmes (le 20 août dernier NDR), il avait la même exigence avec les gamins. Il les aimait, mais exigeant quoi..."
 
Daniel Leclercq et Gervais Martel sur le banc lensois en 1998. / © PHILIPPE HUGUEN / AFP
Daniel Leclercq et Gervais Martel sur le banc lensois en 1998. / © PHILIPPE HUGUEN / AFP
 

"C'est l'icône du RC Lens"


"C'est une perte considérable", insiste-t-il. "C'est une partie de l'histoire du RC Lens qui est partie. J'espère que les gens, les joueurs tout ça - même si beaucoup ne l'ont pas connu - vont faire honneur à sa mémoire dans les mois qui viennent parce qu'il le mérite, tout simplement. C'est l'icône du RC Lens Daniel Leclercq. Sans aucun doute. C'est des moments de vie, de passion de supporters où on est dans l'euphorie parce qu'on gagne. Vous vous rendez compte, un titre de champion de France à Lens en 1998. Personne n'aurait pensé à ça. Cette fierté qui a été redonnée aux gens qui étaient dans la difficulté à cette époque-là de retrouver Lens au plus haut niveau. Evidemment, c'est son oeuvre."
 
Gervais Martel et Daniel Leclercq en conférence de presse en 2008, lorsque ce dernier était revenu épauler Jean-Pierre Papin comme directeur technique. / © DENIS CHARLET / AFP
Gervais Martel et Daniel Leclercq en conférence de presse en 2008, lorsque ce dernier était revenu épauler Jean-Pierre Papin comme directeur technique. / © DENIS CHARLET / AFP

"J'en ai eu beaucoup des entraîneurs, dans ma carrière, mais j'ai toujours été frappé par Daniel", ajoute Gervais Martel. "Daniel, il ne parlait que de son équipe quand il faisait des causeries d'avant-match. Il n'était pas en train de dire : "l'arrière-gauche en face, il a un bon pied gauche, un mauvais pied droit". Il ne parlait que de nous, son système de jeu 4-3-3, et on joue vers l'avant. Ce sont des trucs qui paraissent simples, mais je peux vous dire qu'il ne lâchait rien à l'entraînement. Je l'ai déjà vu quitter l'entraînement parce que les gars ne respectaient pas ce qu'il demandait. C'était Daniel, quoi... un mec entier. Mais entier dans le sens positif du terme."
 

"Quand j'ai arrêté le club (en 2018 NDR), on a suivi des matches ensemble, on parlait football", confie-t-il. "Football, football, football ! Il ne pensait qu'à ça, lui. J'ai perdu quelqu'un, on a tous perdu quelqu'un de fantastique". "On devait aller à la pêche ensemble, je n'irai pas à la pêche avec lui", conclut Gervais Martel avant d'essuyer ses larmes...
 

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