Mazingarbe : après 11 mois de lutte, l’usine Maxam Tan ferme ses portes et laisse 72 salariés sur le carreau

Après 11 mois de lutte, les 72 salariés de Maxam Tan se sont symboliquement rassemblés une dernière fois sur le site de Mazingarbe. Placée en liquidation judiciaire, l'usine ferme définitivement ses portes ce jour. Une journée teintée d'émotion.

Les salariés de Maxam Tan ont porté une dernière fois le cercueil qui les a accompagné depuis 11 mois dans la lutte pour éviter la fermeture de l'usine de Mazingarbe. Ils l'ont ensuite symboliquement brûlé.
Les salariés de Maxam Tan ont porté une dernière fois le cercueil qui les a accompagné depuis 11 mois dans la lutte pour éviter la fermeture de l'usine de Mazingarbe. Ils l'ont ensuite symboliquement brûlé. © Sergio Rosenstrauch / FTV

Tour à tour, ils ont déposé leur casque, leur veste de travail ou leur badge… les quelques dizaines de salariés réunis pour la dernière fois se sont débarrassés de tout ce qui les liait encore à l’usine. Ce lundi 17 mai marque la fin d’une époque : l’usine Maxam Tan de Mazingarbe, située à équidistance des villes de Béthune et de Lens, ferme définitivement ses portes. Les 72 employés restants ont tous reçu leur lettre de licenciement.

La lutte avait débuté il y a onze mois lorsque la production de nitrate d’ammonium avait été stoppée nette. En cause, la direction espagnole du groupe avait décidé de cesser le versement de fonds nécessaires pour sécuriser le site. Pour symboliser la mort de leur usine, les salariés avaient construit un cercueil en bois qui les accompagnait tout au long de leur lutte, de Mazingarbe à la préfecture en passant à plusieurs reprises par le tribunal de commerce de Lille Métropole. Ce cercueil a été brûlé aujourd’hui. 

Le cercueil a été symboliquement brulé sur le site de Mazingarbe par les salariés de Maxam Tan.
Le cercueil a été symboliquement brulé sur le site de Mazingarbe par les salariés de Maxam Tan. © Sergio Rosenstrauch / FTV

"C’est plus que des nœuds à la gorge qu’on a, c’est des larmes de rage, de colère, témoigne Stéphane Hugueny, représentant du personnel. Ce qui nous arrive aujourd’hui, c’est un drame, un de plus dans les Hauts-de-France. Cette journée, elle va laisser une trace indélébile jusqu’à la fin de ma vie".

La cuve de 1 000 tonnes d’ammoniac vidée par les salariés

Installée sur le site de 180 hectares depuis 1897, l’usine appartenant à Total avait été rachetée par le groupe espagnol Maxam en 2011. Le 13 janvier dernier, le tribunal de commerce de Lille Métropole prononçait la liquidation judiciaire de la dernière usine de production de nitrate d’ammonium industriel de France, faute de repreneurs. 

Depuis juin 2020, l’usine était à l’arrêt mais aucun responsable de la direction de Maxam ne s’est déplacé sur le site. Un "abandon" illustrant une "faillite organisée par la direction du groupe pour avoir des contrats avec le principal concurrent en Europe", selon les salariés.

La cuve qui contenait 1000 tonnes d'ammoniac a été entièrement vidée par les salariés.
La cuve qui contenait 1000 tonnes d'ammoniac a été entièrement vidée par les salariés. © Sergio Rosenstrauch / FTV

Malgré la liquidation judiciaire, une poursuite d’activité de trois mois avait par ailleurs été décidée par le tribunal pour les 72 salariés. Objectif : sécuriser le site classé Seveso seuil haut pour protéger les habitants et vidanger l’énorme cuve contenant 1000 tonnes d’ammoniac, une substance hautement explosive à l’origine de la destruction de l’usine AZF de Toulouse en 2001 et plus récemment du port de Beyrouth. "Je pense qu’on peut tous s’applaudir parce qu’on a sauvé des vies aujourd’hui et ça, les gens ne le savent pas", a déclaré Olivier Bouchez, chef de fabrication, dans un court message adressé aux salariés, teinté d’émotion. Aujourd’hui, la cuve est totalement vidée et le site sécurisé.

"Depuis 11 mois, on a été traité comme des moins que rien, dénonce un salarié qui tenait à être présent symboliquement pour la dernière journée. Tout part en fumée à cause de la direction qui n’en a rien à foutre de nous".

Imaginer la vie d’après

Cette dernière journée a été remplie d’émotion. Une fois le cercueil et les dernières affaires de travail brûlés, le silence s’est installé sur le site. "C’est dur de voir qu’on ne sera plus tous ensemble", raconte un salarié. Après quelques minutes de recueillement, les salariés se réunissent autour d’un dernier verre. Au cœur des discussions, les politiques qui se sont succédés et n’ont rien pu faire pour sauver l’usine.

"Ce qui est affligeant aujourd’hui en 2021, c’est de voir qu’on peut dire qu’une entreprise est plus forte qu’un État".

Olivier Bouchez, chef de fabrication à Maxam Tan

"Ce qui est affligeant aujourd’hui en 2021, c’est de voir qu’on peut dire qu’une entreprise est plus forte qu’un État, résume Olivier Bouchez, chef de fabrication. Les pouvoirs publics n’ont strictement rien pu faire pour nous, que ce soit les élus locaux ou le président de région qui ont été solidaires mais n’ont aucun pouvoir". Il poursuit. "On voit que même le préfet n’avait pas les leviers, ni la ministre de l’industrie… ils sont impuissants"

Une préoccupation occupe tous les esprits désormais : rebondir et tenter de trouver un emploi. Mais la tâche sera difficile. "On a à peine 7 000 euros par personne pour essayer de trouver des formations ou créer une société", déplore Stéphane Hugueny. Certains salariés, qui ont travaillé toute leur vie sur le site de Mazingarbe, se retrouvent pour la première fois au chômage. "Certaines personnes vont retrouver du boulot… avance un salarié qui tente de rester positif. Mais moi, j’ai 58 ans. Il soupire. Ça va être un peu dur".

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