Mineurs isolés et migrants, ils fêtent leur anniversaire grâce à un réseau de citoyens amiénois

© France 3 Picardie / Cécile Dolman
© France 3 Picardie / Cécile Dolman

Des citoyens amiénois ont créé un réseau solidaire pour venir en aide aux migrants vivant dans la métropole. Une solidarité qui joue un rôle essentiel dans le quotidien des mineurs isolés. Ce week-end ils ont organisé une grande fête d'anniversaire à Amiens, pour six de ces jeunes. 

Par Cécile Dolman

Tous sont nés en avril, il y a quatorze, quinze ou dix-sept ans, à des milliers de kilomètres d’Amiens. Pour la plupart, c'est la première fois qu’ils soufflent leurs bougies sur leur terre d’exil. Mais grâce au réseau solidaire amiénois, c'est un anniversaire que ces six jeunes migrants ne fêteront pas seuls.

Une poignée de ballons, gonflés à la va vite ; une chanteuse, venue interpréter quelques chansons ; une salle municipale, prêtée au dernier moment… En moins de 48 heures, François et les membres du réseau ont dû improviser, pour que cet après-midi ait des allures de fête.

Au milieu des rires et des discussions, cet ancien professionnel du cirque essaie de rassembler les convives. Des familles, une vingtaine de jeunes, quelques bénévoles. Au micro, il appelle le nom des six adolescents à l'honneur, qui se mettent en ligne. Un peu gênés, un peu fiers aussi, ils sont applaudis par l’assemblée.

Parmi eux, Adama. Il vient d'avoir 16 ans. Quand on lui demande pourquoi il est venu en France, il baisse la voix et pudique : “J’avais des problèmes en Côte d’Ivoire.” Comme beaucoup de jeunes de son âge, il rêve de devenir footballeur.

"J'aimerais pouvoir jouer au foot, et aller à l'école" Adama, 16 ans. / © France 3 Picardie / Cécile Dolman
"J'aimerais pouvoir jouer au foot, et aller à l'école" Adama, 16 ans. / © France 3 Picardie / Cécile Dolman

Cet adolescent presque comme les autres se dit “très heureux” de fêter son seizième anniversaire ici, avec les quelques amis de l’hôtel où il vit depuis son arrivée en Picardie, il y a mois. Mais au quotidien, le temps est long. “C’est dur, il n’y a rien à faire de la journée.”

Un temps qu'il occupe parfois grâce aux membres du réseau. Jogging, cours de français, rencontres informelles…  Ils accompagnent les jeunes, les rassurent. Une présence au quotidien, que François prend très à coeur : "parfois, j'ai l'impression d'avoir seize enfants !", confie-t-il en souriant.

Le réseau est informel, la participation, facultative. Il compte une cinquantaine de membres actifs, comme Delphine. Pour elle, cette flexibilité fait la force du réseau : “les gens parfois donnent juste un coup de main une fois, se proposent pour un covoiturage.”

Ce mode de solidarité sans engagement permet aux 850 membres de la communauté en ligne de s’investir en fonction des circonstances.

Amadou n’a plus aucune famille. Aujourd’hui, il rêve de se construire une vie en France. / © France 3 Picardie /Cécile Dolman
Amadou n’a plus aucune famille. Aujourd’hui, il rêve de se construire une vie en France. / © France 3 Picardie /Cécile Dolman

Face à l'angoisse de ces mineurs déracinés, souvent traumatisés, les bénévoles sont pourtant impuissants. Amadou, un jeune originaire de Guinée Conakry, ne cache pas son anxiété : "la nuit parfois, je n'arrive pas à dormir. J'ai peur qu'on me demande de partir."

Lui qui est venu en France avec l'espoir de devenir ingénieur, s'inquiète de ne pas avoir été inscrit à l'école. "Moi je veux rester ici. Maintenant, j'ai appris à connaître Amiens, j'ai appris à connaître l'amour d'Amiens."

Des mineurs accueillis dans l'urgence

Le réseau se substitue parfois à l’action de l’Etat et des collectivités, souvent dépassés.

Amadou nous explique ainsi qu’il n’a pas de carte de bus. Or, pour ses lessives, le Département lui a fourni les jetons d’un lavomatic… situé à 6 kilomètres de l’hôtel il est hébergé : “marcher 12 kilomètres avec mes habits, ce n’est pas possible”, se désole-t-il.

"Les lieux d'accueil ont été mis en place dans l'urgence", décrypte Lucien Fontaine, président de l'Unicef Picardie. "Sur ce genre de dossiers, les travailleurs sociaux ont beaucoup de difficultés, parce que la réactivité administrative a du mal à suivre".

Mais il reste positif. Pour lui, il y a une "véritable prise de conscience" du problème des mineurs étrangers depuis le démantèlement de la "Jungle" Calais.

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