Mort de Clément à Ham : que s'est-il réellement passé ?

Plusieurs dizaines de personnes à la marche blanche en hommage à Clément, mardi 4 avril 2017 à Ham (Somme) / © France 3 Picardie
Plusieurs dizaines de personnes à la marche blanche en hommage à Clément, mardi 4 avril 2017 à Ham (Somme) / © France 3 Picardie

Le mal-être de l'adolescent harcelé avait d'abord alimenté la thèse du suicide, avant que le soupçon de meurtre ne surgisse : le mystère de la mort de Clément, 16 ans, plongeait mardi la petite ville de Ham (Somme) dans la perplexité.

Par Célia Vanier

Autour du paisible cours d'eau où le corps a été découvert jeudi soir, à 100 mètres de son lycée, les enquêteurs n'ont certes pas trouvé de traces de lutte, mais n'ont pas non plus découvert l'arme qui a servi à blesser mortellement Clément à la gorge et à l'abdomen.

Ces éléments ont conduit le parquet d'Amiens à annoncer lundi l'ouverture d'une enquête pour homicide volontaire, tout en maintenant la possibilité d'un suicide.

Procédure disciplinaire


Une procédure disciplinaire concernant le harcèlement de Clément, qui était en seconde, est en cours, a indiqué le parquet, sans précisions. "Est-ce que le jeune se serait donné un coup là et là...? Ça peut être aussi bien lui qu'un autre, c'est à peu près les mêmes gestes", mime Eric, accoudé au comptoir d'un bistrot de la bourgade picarde de 4.700 habitants, au nord-est d'Amiens.

Plusieurs élèves du lycée professionnel Peltier décrivent un Clément solitaire et ombrageux. "Il avait l'air triste, il était souvent tout seul dans la cour, la tête baissée", témoigne ainsi Aline, en classe de seconde.

Voisin de la famille au village de Bussu (200 habitants), à 25 km de Ham, Didier évoque "des parents eux-mêmes très renfermés, qui vivent pour eux". "Clément avait la même éducation, il avait pas le contact facile, même s'il était devenu ami avec ma fille qui a été surveillante dans son collège. Il lui avait même fait des dessins qu'elle a gardés..."

"Gros nez", "Bamboula", "Voldemort"


Selon plusieurs témoignages, l'adolescent avait plusieurs fois exprimé son mal-être face aux harcèlements et aux humiliations subies à l'internat. "Beaucoup de gens l'insultaient, le critiquaient, lui il était faible", dénonce son meilleur ami Maxime.

Un autre ami, Valentin, abonde: "Clément, c'était un ange, il se laissait trop faire. On lui a rasé le crâne, on l'a forcé à prendre des médicaments, on lui a cassé plusieurs fois son téléphone... Il y avait un peu tout le monde qui l'embêtait". 

Témoignage de Maxime, meilleur ami de Clément

Grand et très maigre, un long nez, Clément était aussi attaqué sur son physique. "Il le disait en statut Facebook, 'Y en a marre', 'Vivement les vacances'. Une fois il a écrit 'Le jour où je partirai vous le regretterez', mais nous, on le croyait pas", rapporte Valentin.

"Tous ces gens faisaient ça pour se la péter, pour draguer des meufs alors qu'elles, elles savent très bien que c'est pas ça qui compte", regrette Julien, qui participe à la marche blanche de mardi, au milieu d'un millier de personnes.

"La semaine dernière, lundi, il était encore plus discret que d'habitude, il restait dans son coin, il avait un air absent", ajoute l'adolescent, qui craint que le harcèlement ne se soit intensifié ces dernières semaines et n'ait débouché sur un meurtre.

Marche blanche pour Clément, lycéen décédé à Ham
Pierre-Guillaume Creignou, Cathy Colin, Nicolas Duchet ; avec Maxime, ami de Clément ; Stéphanie Berton, organisatrice de la marche blanche pour Clément ; Boris et Virginie Ducornet, oncle et tante de Clément ;

La colère des parents d'élèves est d'autant plus forte que ceux de Clément s'étaient plaints auprès de la direction du lycée. "Comment en 2017 on peut avoir des harcèlements et des violences comme celles-là dans un lycée?", s'indigne Fanny, collègue des parents de Clément, qu'elle décrit comme "un gamin adorable, souriant, à l'aise avec ceux qu'il connaissait".

Tiphaine, Lauralie et Pauline, en terminale, assurent de leur côté que l'encadrement "est très à l'écoute", même s'il est aussi "beaucoup critiqué par certains". Suicide ou meurtre, "cette souffrance c'est pas du jour au lendemain. Beaucoup de gens viennent me voir, inquiets pour leurs enfants, qu'ils confient à des établissements scolaires", affirme le maire (divers droite) Grégory Labille.

"Ces événements qui se passent dans ou autour des lycées demandent peut-être des équipements comme de la vidéosurveillance, mais surtout davantage d'adultes éclairés sur le harcèlement". 


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