Accoucher pendant le confinement : à Amiens, “pour l'instant les papas peuvent être là”

La chambre préparée par Romain et Marie pour l'arrivée de leur premier enfant. / © Romain Jouenne-Le Gal
La chambre préparée par Romain et Marie pour l'arrivée de leur premier enfant. / © Romain Jouenne-Le Gal

Les mesures sanitaires prises pour limiter la propagation du Covid-19 ont aussi un impact sur les accouchements. Si pour l’instant la présence des futurs papas est encore autorisée dans les salles de naissance de la plupart des établissements, cela pourrait bientôt ne plus être le cas.

Par Karine Hallaf

Marie et Romain attendent leur premier enfant. Le petit garçon devrait pointer le bout de son nez au plus tard le 10 avril, à Amiens. Au stress classique de l’arrivée d’un enfant vient s’ajouter celui de la présence ou non du père lors de l’accouchement et dans les jours qui suivent : "Je vis assez difficilement la situation, confie Marie. Même si je comprends pleinement les mesures qui sont prises, pour un premier bébé, c’est assez compliqué. On ne sait déjà pas à quoi s’attendre alors là, c’est pire. Nous avons contacté la maternité qui nous a indiqué que, pour l’instant, les papas peuvent être là, mais que cela peut changer."
 

"Le principal, c'est leur santé"

Le futur papa, lui, vit la situation un peu plus sereinement même s’il a aussi quelques inquiétudes : "C’est une situation qu’on ne connaît pas, que ce soit le virus, ou le fait de devenir parents pour la première fois. Si je ne pouvais pas venir à la maternité, je serais frustré, c’est sûr, car nous avons aussi notre importance au moment de l’accouchement, nous les papas, mais je me rassure en me disant que si c’est le cas, ce sera pour le bien du bébé et de la maman. Le principal c’est leur santé avant tout."

Dans ce contexte si particulier, celles qui ont déjà accouché cette semaine à la maternité Pauchet d’Amiens, comme une autre Marie, se considéreraient presque comme chanceuses, même si les visites sont limitées à une seule personne référente par maman (le papa ou une autre personne désignée).
 

Une "boîte à grand frère"

La jeune femme a mis au monde mardi midi le petit Rio, au lendemain des annonces de mesures de confinement. Elie, son compagnon, a pu assister à l’accouchement mais le nouveau-né n’a pas encore pu rencontrer son grand frère Léon, 5 ans et demi. La première fois qu’il l’a vu, c’était mardi soir, sur le téléphone de ses grands-parents : "Au début, il ne comprenait pas très bien. Maintenant, à chaque fois qu’on l’appelle, il veut l’attraper sur l’écran, lui faire des bisous", raconte Marie.

Elle n’avait pas envisagé cette naissance tout à fait comme cela. "On avait réservé, à l’origine, une chambre familiale pour pouvoir être réunis tous les quatre. C’est ce qui a été le plus stressant pour nous, que Léon ne puisse pas partager ce moment avec nous. Mais on lui avait bien expliqué qu’il ne pourrait pas venir à la maternité à cause du Coronavirus et comme on lui avait déjà parlé de ce virus à l’école, il a bien compris. Avant de partir à la maternité, on lui a préparé une "boîte à grand frère" avec des jeux, que son papa lui a donnée cette semaine pour l’aider à patienter. Finalement, comme on a la chance qu’il soit bien entouré chez ses grands-parents, on est assez sereins."
 

Quelques jours "uniquement tous les trois"

Et si Marie souffre de ne pas pouvoir voir son fils ainé, les autres visites ne lui manquent pas : "Ça permet d’avoir quelques jours à la maternité uniquement tous les trois, avec le papa et le bébé et de profiter pleinement. On envoie beaucoup de vidéos et on partage ces moments-là avec le reste de notre famille comme ça. Je comprends qu’il faille prendre ce genre de mesures pour ne pas que la situation s’aggrave et se prolonge en nous obligeant à rester confinés durant des mois.

Pour aider les grands frères et grandes sœurs à supporter la séparation, Sophie de Butler, pédiatre à la maternité, conseille de beaucoup dialoguer avec eux : "Les enfants sont capables de comprendre et de s’adapter à beaucoup de choses,  si on leur explique. De notre côté, on essaye au maximum, quand cela est possible d’écourter les séjours pour que les mamans rentrent chez elle le plus tôt possible pour retrouver leurs autres enfants."
 

Une situation qui peut évoluer

L’interdiction aux fratries d’accéder à la maternité, mise en place il y a quelques jours, a été assez mal vécue par les futurs parents qui arrivaient à la maternité. C’est un peu moins le cas aujourd’hui. "Au début c’était très douloureux pour les familles qui avaient déjà des enfants (...), mais la situation s’étant aggravée ces derniers jours, les patientes sont déjà contentes que le papa puisse être présent, constate la pédiatre. Si on devait arriver à une situation où il ne puisse plus être présent, ce serait dramatique."

"Tant que les directives de l’Agence Régionale de Santé nous permettront de la faire, la présence des pères sera autorisée, mais on ne peut pas prévoir comment la situation va évoluer", explique le président-directeur général de la clinique Pauchet d’Amiens Stéphan de Butler. Nous devons faire face à une situation inédite, avec un virus mortel. En tant que chefs d’établissements de santé, nous avons une énorme responsabilité et chacun prend les décisions en fonction de la situation particulière de son établissement. On doit s’adapter à une situation de crise qui ne cesse d’évoluer d’heure en heure. C’est extrêmement éprouvant pour tout le personnel soignant."  Ce qui explique que les conditions ne soient pas forcément les mêmes d’une maternité à l’autre.
 

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