Coronavirus - “Je ne mange qu’une fois par jour” : les étudiants d’Amiens s'enfoncent dans la précarité

Etudiante à Amiens, Yamina travaillait en tant qu’intérimaire pour financer ses études mais son contrat a été rompu à cause du confinement. / © Y. A
Etudiante à Amiens, Yamina travaillait en tant qu’intérimaire pour financer ses études mais son contrat a été rompu à cause du confinement. / © Y. A

Dans son allocution le 13 avril, Emmanuel Macron a promis de nouvelles aides aux étudiants les plus précaires. Loyers à payer, disparition des petits boulots, fermeture des restos universitaires : à Amiens, ils sont de plus en plus nombreux à sombrer dans les problèmes financiers.
 

Par Marie-Charlotte Perrier

 "Je n’ose pas parler de ma situation à ma famille qui vit au Mali. Là-bas, il y a la guerre. Je ne veux pas les inquiéter davantage". Depuis un mois, Cheick Tidiane Diarra est coincé dans sa chambre universitaire de 10m², située dans la résidence universitaire du Bailly à Amiens Sud.

Dans son petit placard, ses provisions réduisent à vue d’œil. "Mes parents m’ont envoyé 100 euros au début du confinement. C’est tout ce que j’ai pour me nourrir donc parfois je ne mange qu’une fois par jour ou alors pas du tout si je n’ai pas très faim. Ça me permet de rationner".
 

Pour financer son master à l’Université de Picardie Jules-Verne, le jeune homme de 25 ans était livreur pour une grande chaîne de pizzerias basée à Dury, près d’Amiens. Grâce à ce petit boulot, il gagnait 700 euros par mois. Juste de quoi se nourrir, payer le loyer et les factures mensuelles. "J’ai démissionné peu avant le confinement car je devais partir en stage de fin d’études rémunéré pendant six mois. Mais le stage a été reporté donc je me retrouve sans revenus".
 

Impossible de retrouver du travail 

Pendant la première semaine de confinement, le jeune homme a cherché du travail, en vain. "À chaque fois, les employeurs me disaient qu’ils n’avaient besoin de personne ou qu’ils avaient réduit leurs effectifs. C’est déjà difficile de trouver du travail sur Amiens en temps normal, alors imaginez en ce moment".

Sans aucun revenu, Cheick Tidiane n’a pas pu payer le loyer de sa chambre universitaire. Malgré l’aide au logement, il devait régler 160 euros avant le 5 avril. Impossible. Et quand il a vraiment trop faim, l’étudiant malien se rend aux Restos du Cœur. "C’est la première fois que je fais ça" explique-t-il.
 
Cheick Tidiane est confiné dans la résidence universitaire du Bailly, située au sud d'Amiens. / © Maamar Melouane
Cheick Tidiane est confiné dans la résidence universitaire du Bailly, située au sud d'Amiens. / © Maamar Melouane

Malheureusement, la situation de Cheick Tidiane est loin d’être isolée. Présidente du syndicat étudiant UNEF Amiens Picardie, Chloé Hernandez reçoit de plus en plus d’appels de la part d’étudiants en situation de précarité: "Certains ne peuvent plus payer leur loyer, d’autres se sont fait renvoyer de leur boulot à cause du confinement. En France, 46% des étudiants travaillent pendant leurs études. Mais beaucoup bossent comme livreurs ou au Macdo, des boulots qu’on ne peut pas faire en télétravail".
 

Un accompagnement insuffisant ?

Pour aider ces étudiants en difficulté financière, le service social du Crous Amiens Picardie propose des rendez-vous téléphoniques avec des assistantes sociales et des aides financières ponctuelles. Mais pour Yamina, cet accompagnement ne semble pas optimal. "J’attends qu’une assistante sociale me rappelle depuis le 25 mars, souffle-t-elle. Elle devait m’envoyer le dossier pour faire une demande d’aide".
 

Etudiante en deuxième année de langue étrangère appliquée, la jeune femme a perdu son emploi à cause du confinement. "Je travaillais en intérim chez Procter & Gamble depuis mai 2019 en tant qu’agent administratif. Mon contrat a été rompu plus tôt que prévu en mars". De 1300 euros par mois, ses revenus tombent subitement à 157 euros, soit le montant des aides au logement. "Heureusement, j’ai mes parents qui m’ont fait des courses avant qu’on soit confiné. Je vis sur ces stocks là mais ça ne va pas durer".
 

Des revenus qui disparaissent

Tout comme Yamina, Maamar a lui aussi perdu son emploi à cause du confinement. Etudiant en master 1 de sport étude, il était rémunéré par l’UPJV pour donner des cours de sport aux autres étudiants deux heures par semaine. Jeudi 9 avril, soit un mois après l’arrêt des cours,  il a reçu un mail de l’université rappelant que les rémunérations ne se faisaient "qu’en fonction des heures réalisées". "Depuis l’arrêt des cours le 6 mars, je ne suis plus payé et je ne comprends pas pourquoi parce que ce n’est pas ma faute si je ne peux pas travailler !" s’inquiète-t-il.

En tant que moniteur-étudiant, le jeune homme de 27 ans gagnait 60 euros mensuels. "Cela peut paraître peu, mais avec cette somme, je pouvais faire un plein de courses alimentaires pour un mois" ajoute l’étudiant.
 

L'université au chevet 

Face à cette situation de grande incertitude, le syndicat étudiant UNEF s’est entretenu en visio-conférence avec la direction de l’UPJV ce lundi 13 avril. Dans un communiqué diffusé peu après cet entretien, l’Université s’est finalement engagée à rémunérer ses étudiants salariés. "Les étudiants ayant perdu leur emploi suite au confinement seront également rémunérés par l’université" peut-on lire dans le document.
 

Si Maamar pourrait retrouver une partie de ses revenus, Cheick Tidiane et Yamina ne sont pas aussi chanceux. Leur dernier espoir : l’annonce faite par Emmanuel Macron lors de sa quatrième allocution présidentielle. "Les étudiants les plus précaires, en particulier ceux qui vivent loin de leur famille, en particulier lorsque celles-ci vivent en Outre-mer, seront aussi aidés" a-t-il déclaré le 13 avril au soir. Désormais, tous attendent que cet engagement soit tenu.
 

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