Emmanuel Macron aux ex-Whirlpool d'Amiens : le patron de WN “nous a menti”

Vendredi 22 novembre, Emmanuel Macron a eu un échange tendu avec d'anciens syndicalistes et salariés de Whirpool. / © FTV
Vendredi 22 novembre, Emmanuel Macron a eu un échange tendu avec d'anciens syndicalistes et salariés de Whirpool. / © FTV

Pour le deuxième jour de sa visite à Amiens, Emmanuel Macron a rencontré d'anciens syndicalistes et salariés de Whirlpool et de WN. Lors de ce vif échange, le président admet "avoir cru" au projet de reprise de Nicolas Decayeux qui "a menti", selon le chef de l'État.

Par Jennifer Alberts


Il a commencé sa journée par visiter les locaux d'Ageco à Amiens. Cette entreprise s'est installée dans une partie de l'ancienne usine Whirlpool et a repris le 30 juillet dernier 44 des 186 salariés de WN.
 

Puis Emmanuel Macron rejoint des ex-syndicalites et salariés de Whirpool. Plus que des questions, ils ont des choses à lui dire. Des choses à mettre au point. Des sacs à vider. L'échange est tendu.

"Comment vous avez pu être aussi naïf  ? Comment vous avez pu lui prêter autant d'argent comme ça ?" assène sans préambule un ancien salarié. "Vous aviez promis des emplois sur le site. Mais y a des centaines de gens sur le carreau maintenant."
 

"On n'est pas restés inactifs, se défend le président de la République. [...] J'ai toujours été au rendez-vous. Mes promesses, je les ai tenues. Je vous ai dit que ça fermerait. J'ai toujours été clair là-dessus. Mais l'engagement que j'ai pris, c'est que l'ensemble des salariés de Whirpool retrouvent des perspectives d'emploi. Sur cette base j'ai dis "on va se battre". Et il y a un repreneur. On ne le connait pas. Il est du coin mais c'est pas un copain à moi. On l'a aidé."

Des mots qui font monter d'un cran l'ambiance. Les voix s'élèventt. Tout le monde parle en même temps. Les anciens Whirlpool s'agacent que Nicolas Decayeux ait été mis en position de sauveur. Ils pointent ce qu'ils estiment être une défaillance des services de l'État : "Vous l'avez mis bien haut ! Vous lui avez prêté de l'argent, 2,5 millions. Fallait vérifier".
 

"Dans une reprise y a une part de risque. Toutes les reprises ne réussissent pas." tente de calmer Emmanuel Macron. Les ex-salariés disent qu'il y avait d'autres pistes, d'autres projets de reprise qui étaient selon eux plus viables. "Mais on n'a pas voulu nous écouter ! S'indigne l'un des salariés. On a alerté dès fin 2018 que WN, ça n'allait pas. Et personne ne nous a écoutés".

Ce que confirme François Ruffin, député LFI de la Somme, arrivé sur place avant le président : "J'ai envoyé un courrier au ministère du Travail en octobre 2018 pour signaler la situation. Avec copie à la préfecture et à l'Élysée. Et je n'ai eu aucune réponse".
 
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Le président ne nie pas ces alertes : "On a fait confiance ! Si on lui avait enlevé le tapis au moindre problème, vous nous en auriez voulu ! Le type a raté son affaire. Est-ce qu'il a fait fortune sur ce truc ? Il y a une enquête qui est en train d'être menée. La préfète a lancé une procédure. Et selon le cas, il sera poursuivi. Et il devra rembourser." Le 15 septembre, le procureur de la République d'Amiens a annoncé avoir ouvert une enquête préliminaire pour abus de biens sociaux à l'encontre de WN. Cette enquête fait suite aux conclusions d’un audit qui pointe du doigt des dépenses injustifiées.

"Il", c'est Nicolas Decayeux, repreneur du site Whirlpool et patron de l'éphémère WN. Son nom ne sera jamais prononcé tout le temps de l'échange. Lui aux cotés duquel Emmanuel Macron s'affichait tout sourrire le 3 octobre 2017 au moment de la reprise. Lui qui depuis la faillite de WN il y a 5 mois a changé tous ses numéros de télphone et n'affiche plus d'adresse mail valide.
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"On a vérifé. On y a cru. Le pari qui est fait, quand on lui donne les 2,5 millions d'euros, c'est qu'il nous dit..." Emmanuel Macron s'interromp avant de reprendre "c'est qu'il nous ment. Il nous a menti".

"Vous grandiriez à admettre que vous avez merdé"
, assène sèchement François Ruffin.

Un échange qui ne convainc une salariée. Assise en hauteur sur les marches d'un escalier, elle interpelle le président de la République : "on n'est pas bien dans notre tête".
 

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