Mère soupçonnée d’infanticides à Poulainville : son avocat juge son état psychiatrique "inquiétant"

Soupçonnée d'avoir empoisonné ses trois enfants, dont deux mortellement, une habitante de Poulainville a été mise en examen et placée en détention provisoire. Son avocat évoque un état psychiatrique inquiétant. 
Maître Thomas Louette, avocat de la mère soupçonnée d’avoir tué deux de ses enfants à Poulainville.
Maître Thomas Louette, avocat de la mère soupçonnée d’avoir tué deux de ses enfants à Poulainville. © FTV
Les circonstances du drame sont encore floues. Le 14 novembre, des jumeaux de 13 ans sont retrouvés morts dans leur maison, et leur frère de 15 ans est malade. Des médicaments sont présents en grande quantité à proximité des corps. Très vite, leur mère, qui vit seule avec eux, est soupçonné d'infanticides. 

Une enquête est ouverte pour assassinats et tentative d'assassinat mais l'état de santé de la mère empêche temporairement son placement en garde à vue. Elle est hospitalisée sous contrainte à l'hôpital psychiatrique Philippe Pinel d'Amiens pendant plusieurs jours, avant de pouvoir être auditionnée. A l'issue de sa garde à vue, elle est finalement mise en examen et placée en détention provisoire. 

La question du discernement

Son avocat, maître Thomas Louette, fait état d'une femme "prostrée, repliée sur elle-même, qui ne comprenait pas ce qui arrivait au moment de la procédure, et qui ne comprenait pas non plus ce qui avait pu arriver le soir du drame". Pour lui, l'état psychiatrique de sa cliente est la clé de l'affaire.

Il attend qu'elle soit examinée par des experts psychiatres et évoque trois cas de figures possibles. Première possibilité : les expertises peuvent  établir "l'abolition du discernement", c'est-à-dire qu'un trouble psychique ou neuropsychique lui a fait perdre la capacité de contrôler ses actes, et dans ce cas, elle ne peut être tenue responsable pénalement du meurtre de ses enfants. Deuxième possibilité : elles établissent "l'altération du discernement", c'est-à-dire qu'elle n'était pas pleinement consciente de ses actes, et la justice prévoit que la peine soit atténuée. Dans ce cas précis, elle ne pourrait pas dépasser trente années de réclusion criminelle. Enfin, troisième possibilité, les experts établissent qu'elle avait pleinement conscience de ses actes, et elle encourt la prison à perpétuité. 

De nombreuses zones d'ombre

"Il va falloir être patient pour avoir des explications, il va falloir laisser le temps faire son œuvre et laisser le magistrat en charge du dossier travailler", temporise son avocat. "Je n'ai pas eu de nouvelles depuis qu'elle est partie en détention provisoire, mais au moment où je l'ai quittée son état psychiatrique était assez inquiétant, ça ne laisse présager rien de bon. (...) Ce que j'ai pu entendre et voir me laisse à penser qu'elle n'était pas dans son état normal au moment où elle était entendue."

D'après le conseil, la femme n'a même pas encore pleinement conscience de ce qui s'est passé dans son pavillon de Poulainville le 13 novembre. "Je suis certain qu'elle ne s'est pas rendue compte véritablement qu'elle n'avait plus ses enfants, qu'ils étaient décédés et qu'elles les avaient tués, c'est quelque chose qu'elle n'a pas imaginé. Il y aura sans doute un moment où elle va comprendre que ses jumeaux, elle ne les reverra jamais. "

Il décrit tout de même sa cliente comme une mère "qui apportait à ses enfants tout ce qu'il fallait, qui les choyait". Et d'ajouter : "ce n'est pas quelqu'un qui rejetait ses enfants, elle s'en occupait beaucoup et les aimait."

Lors de sa garde à vue, la mère a eu des déclarations changeantes et n'a pas donné d'éléments permettant de comprendre les raisons qui ont provoqué le drame. Les déclarations du frère aîné, qui a survécu, semblent concorder avec l'hypothèse de l'assassinat par administration de médicaments en quantité importante. Mais l'instruction est loin d'être terminée. 
 
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