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Pétain souffrait-il de la maladie d'Alzheimer ? La théorie d'un médecin d'Amiens

Poignée de main entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler à Montoire, le 24 octobre 1940 / © Collection Zullo / archives historiques / maxppp
Poignée de main entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler à Montoire, le 24 octobre 1940 / © Collection Zullo / archives historiques / maxppp

Dans un article paru dans La Revue de gériatrie, le professeur amiénois Jean-Marie Sérot relève un à un les signes qui pourraient attester que le maréchal Pétain souffrait d'une maladie neurodégénérative dès les années 1930. Une théorie qui ne pourra jamais être vérifiée, faute d'autopsie. 

Par Emma Derome

Le maréchal Pétain était-il atteint de la maladie d'Alzheimer alors qu'il était à la tête du régime de Vichy ? Agé de 84 ans en 1940, la santé mentale déclinante du maréchal Pétain lors de la signature de l'armistice avec l'Allemagne nazie était connue des historiens.

Mais cette nouvelle théorie, soutenue dans un article publié dans le dernier numéro de La Revue de gériatrie par un médecin amiénois, et reprise par franceinfo, pourrait éclairer sous un jour nouveau cette douloureuse période de l'Histoire de France. 

Premiers signes dès 1930


Spécialiste de la maladie d'Alzheimer, mais aussi passionné d'Histoire, Jean-Marie Sérot, professeur émérite en gériatrie à la retraite, est sûr à 95% de son hypothèse.
Après la lecture médicale de plus d'une vingtaine d'ouvrages historiques sur cette figure incontournable et polémique, l'ancien gériatre du CHU d'Amiens, que nous avons contacté, est formel: "Philippe Pétain souffrait d'une affection neurodégénérative dont les premiers signes sont apparus dès 1930".

Seules les données anatomiques de l'autopsie, qui auraient pu vérifier son hypothèse, lui manquent. Le médecin se base sur "un faisceau d'arguments énorme" et de témoignages recueillis, notamment dans le livre Pétain (éd. Perrin), une biographie publiée en 2014 par l'historienne Bénédicte Vergez-Chaignon.

Il repère, à la fin de la vie du maréchal, de nombreuses "erreurs de jugement" et troubles de la mémoire"J'ai lu ce livre en tant que médecin. C'est là que j'ai repéré un certain nombre de choses qui m'ont fait dire que ce monsieur n'était pas bien", explique-t-il.
 
Le général Pétain à Compiègne, en 1917 / © archives
Le général Pétain à Compiègne, en 1917 / © archives

"Il ne retient plus rien"

Il y a par exemple les témoignages de son entourage, qui, dès les années 1930, raconte que le maréchal "ne retient plus rien". Ou celui de son officier d'ordonnance, en 1938, qui dit que l'homme "reste des heures dans son bureau sans rien faire" ou "qu'il est très, très vieux, que sa pensée n'embraye plus sur l'action".

Puis, des divagations, comme lors de ce Conseil des ministres, en 1940. Il regrette alors l'absence de pigeons voyageurs pour compenser la mauvaise transmission radio. Mais aussi des "fautes graves", selon Jean-Marie Sérot. "Lorsqu'il est nommé président du conseil, le 17 juin 1940, il fait une grande déclaration dans laquelle il demande à l'état major de cesser les combats, deux jours avant l'armistice..."

À partir de 1949, les vrais problèmes de comportement que l'on retrouve chez les malades d'Alzheimer seront signalés : "Il joue avec ses selles", "tient des propos obscènes", ou encore "veut embrasser les religieuses". Sénile, il meurt en captivité à l'île d'Yeu le 23 juillet 1951. 

Maladie invisible


Autant d'indices qui mènent ce spécialiste à conclusion que Philippe Pétain souffrait d'Alzheimer. Une maladie très peu visible. "Le malade ne présente pas de signes cliniques, pas de trouble de la marche, ou de signe anormal, de diabète... " Pétain gardera en effet un pas normal jusqu'à la fin de la guerre.

Très fréquente chez les vieillards, la maladie se traduit dans un premier temps par des troubles de la mémoire, et par des troubles du jugement, "sans que le patient n'ait conscience de son état", rappelle le médecin.

Pas une excuse


Loin d'une volonté d'excuser ou de réhabiliter l'ancien chef du régime de Vichy, le professeur pointe surtout du doigt "la nomination à la tête de la France d'un chef d'Etat malade, qui a dérapé complètement". "Je ne veux pas porter de jugement sur ce qui s'est passé, mais seulement apporter une explication rationnelle sur certains comportements", explique le médecin, qui espère que d'autres se saisiront de cette hypothèse.

► Retrouvez l'interview exlusive de Jean-Marie Sérot dans le 19/20 du jeudi 7 mars : 
 

 

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