Véloroute de la vallée de la Somme : les usagers partagés face à l’obligation du port du masque pour les cyclistes

La décision de la préfecture de la Somme d’élargir le port du masque aux cyclistes et coureurs, tout du long de la Véloroute reliant Saint-Valéry-sur-Somme et Ham, est remise en question par bon nombre d’utilisateurs.
 
Depuis le samedi 15 août, le port du masque est obligatoire pour les cyclistes le long de la Véloroute entre Saint-Valéry-sur-Somme et Ham.
Depuis le samedi 15 août, le port du masque est obligatoire pour les cyclistes le long de la Véloroute entre Saint-Valéry-sur-Somme et Ham. © Darek SZUSTER / Maxppp
Bientôt, nous sortirons probablement tous masqués, peu importe le lieu et notre activité. Après les marcheurs dans les endroits extérieurs bondés (foires et marchés entre autres), c’est aux sportifs, coureurs comme cyclistes, d’ajouter l'accessoire à leur sortie. La situation fait parler en Picardie où la totalité de la Véloroute qui relie Saint-Valéry-sur-Somme et Ham est concernée par cette obligation.
 

C’est la seule route verte de France qui doit se plier à ce genre de mesures. On le regrette, comme on regrette le cafouillage autour de ces décisions. Il n’y a aucune cohérence nationale. Même à Paris, qui est autrement plus dense, la ville est revenue en arrière et accepte que les cyclistes ne portent pas de masque. On trouve ça étrange et dommageable. 

Thierry Roch, président de l’association des Usager du vélo, des voies vertes et véloroutes des vallées de l’Oise


Du côté, de certains cyclistes, c’est l’incompréhension la plus totale. L’association de l’AU5V (Usagers du Vélo, des voies vertes et véloroutes des vallées de l’Oise) a notamment fait part de son mécontentement dans une lettre adressée à la préfète de la Somme, lundi 17 août.
 


Une généralisation à outrance ?


Ce n’est pas tant le principe du port du masque qui est remis en cause par l’association et les usagers, mais plutôt son caractère obligatoire sur l’ensemble de la route. D’une, parce que les mesures barrières peuvent, sur une large partie du chemin, être facilement respectées selon le président de l’ASU5V, Thierry Roche : "Je peux comprendre que dans certaines zones la route soit trop étroite, mais sur la grande majorité de la véloroute c’est facilement possible de maintenir les distances de sécurité. En plus, sur la majeure partie de la route vous ne croisez personne", soutient-il.

Pour Stéphanie, habitante Amiénoise, il semble néanmoins logique que la mesure s’applique sur les portions impliquant Amiens, Saint-Valéry-sur-Somme et leurs alentours. Là, la fréquentation est toute autre. "Dans les zones urbaines, ça me paraît justifié. Entre les cyclistes, les promeneurs, les touristes, le chemin de halage, notamment du côté des hortillonnages à Amiens, cela peut vite ressembler aux champs Elysées un jour de soldes", décrit-elle avant de poursuivre "Dimanche dernier, au lieu de passer par là pour aller au marché alors que ça fait une petite boucle sympa, je me suis ravisée parce que je savais que ça serait blindé. Ça l'est encore plus en été."

Cristel, habituée de la portion de la Véloroute qui sillonne la préfecture de la Somme, estime qu’il pourrait y avoir une différence de traitement entre coureurs et cyclistes : "Concernant les joggeurs, je trouve que c’est limite plus logique parce qu’ils respirent plus fort et qu’ils propulsent probablement des choses plus loin. Alors qu’en VTT, à part si on est un grand sportif, en général on n’est pas dans le rouge. Il me semble qu’on ne ventile pas autant et en plus on passe très vite. Ça réduit le risque de contamination."
 

Le sport avec un masque une pratique à risque ?


Autre point souligné par l'association dans sa lettre : la pratique d'une activité sportive avec un masque serait à risque. Une position notamment portée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) :
 

Il ne faut PAS porter de masque quand on fait de l’exercice car les masques peuvent réduire l’aisance respiratoire. La transpiration peut entraîner une humidification plus rapide du masque, rendant la respiration plus difficile et favorisant la croissance des micro-organismes. Pendant l’exercice, la principale mesure de prévention consiste à garder une distance physique d’au moins 1 mètre avec les autres.

OMS


Dans un guide daté du 20 juillet estampillé "Guides de recommandations des équipements sportifs, sites et espaces de pratiques sportives", le ministère des Sports, bien que plus nuancé, rejoignait cette position. "Le port du masque rend difficile la pratique d’un grand nombre de disciplines sportives. Il se justifie cependant dans certaines situations où les mesures de distanciation ne pourraient pas être strictement respectées."

Outre les risques d’hyperventilations, voire d’infarctus si l’effort est trop intense pour une personne non habituée et relativement âgée, des médecins rappellent que le masque, une fois humidifié, n’est plus efficace. "Il doit être changé dès qu’il devient humide et au moins toutes les 4 heures. Un masque FFP retiré ne doit pas être réutilisé. La durée de port doit être conforme à la notice d’utilisation", soutenait notamment l'institut national de recherche et de sécurité dans un article de France 3 Occitanie publié en juin.

En attendant, d’en savoir plus, certains usagers comme Cristel ont décidé de s’adapter. "C’est bien simple, pour éviter de porter le masque à vélo, je vais éviter les zones où il est obligatoire". Une manière d’éviter de se prendre la tête et de laisser faire les décideurs qui n’ont pas encore fini de se la casser.
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