Victor Eonnet, Amiénois de cœur et skipper dans l'âme : "la Mini Transat, j'en rêve depuis que j'ai 10 ans"

À 30 ans, Victor Eonnet participe cette année à la Mini Transat 2021, une course en solitaire sur un bateau de 6,50 mètres qui relie les Sables d'Olonne à la Guadeloupe. Un rêve d'enfant pour ce skipper amateur qui tentera de traverser l'Atlantique pour la première fois seul et sans assistance.

Victor Eonnet sur son bateau aux couleurs de la ville d'Amiens
Victor Eonnet sur son bateau aux couleurs de la ville d'Amiens © Natasha Gonzalez / Coconuts Sail Team

C'est le rêve de sa vie. "Depuis que j'ai 10 ans !, précise Victor Eonnet. Donc maintenant cela fait un petit moment. Mais j'ai toujours gardé cet objectif en tête." À 30 ans, cet ingénieur chez Clarins Logistique à Glisy dans la Somme, a une passion depuis toujours : la voile. "Mes parents ont acheté un bateau quand j'avais 6 ans, j'ai commencé à naviguer à ce moment-là, et j'ai tout de suite adoré ça", affirme-t-il.

Après plusieurs années d'entraînements et de compétitions, il participe pour la première fois à la Mini Transat. Seul sur son bateau de 6,50 mètres, le skipper prendra le départ de la course le 26 septembre prochain depuis les Sables d'Olonne avec une première étape jusqu'aux Canaries, puis une arrivée en Guadeloupe prévue au mois de novembre. 

Parmi les 84 skippers qui s'élanceront, la majorité sont des amateurs ou des semi-pros. C'est l'avantage de la Mini Transat, accessible au plus grand nombre."En 1977, l'Anglais Bob Salmon, qui a lancé l'initiative, en avait un peu marre de voir des transatlantiques uniquement accessibles aux milliardaires de l'époque. Il a donc eu l'idée de lancer une transatlantique sur des petits bateaux, raconte Victor Eonnet. Au fil des années c'est devenu une porte d'entrée dans le monde de la course au large. La majorité des coureurs du Vendée Globe, cette année par exemple, ont déjà fait la Mini Transat."

Le Vendée Globe, Victor Eonnet aimerait bien un jour pouvoir y participer, mais il préfère se consacrer à quelque chose de "réalisable", mais pas sans difficultés. La course doit s'effectuer sans assistance, c'est-à-dire sans aide physique ni moyen de communication. "On dispose juste d'un poste radio qui nous permet de recevoir la météo et c'est tout."

"L'un des parcours de qualification les plus exigeants"

Pour autant, si la course est ouverte aux amateurs, n'importe qui ne peut pas prendre le départ sans un minimum d'entraînement. Pour participer à la Mini Transat, les skippers doivent avoir effectué 1500 miles en course, soit un peu moins de 3000 kilomètres, ainsi qu'un parcours de qualification reliant le sud de la Bretagne, le sud de l'Irlande et l'Ile de Ré. "Il sert aux organisateurs à s'assurer que les concurrents sont autonomes sur leur bateau. Si jamais il nous arrive quelque chose, on doit prouver que l'on est capable de s'en sortir, explique Victor Eonnet. On passe par l'un des parcours de qualification les plus exigeants de la course au large."

Au cours des kilomètres qu'il a pu parcourir, durant les trois dernières années, Victor Eonnet a pu appréhender la vie à bord. Comprendre sa manière à lui de fonctionner aussi. "Typiquement, durant la première année, j'avais des gros problèmes pour m'alimenter sur le bateau, alors que je suis plutôt gourmand dans la vie. À la fin de mon parcours de qualification l'année dernière j'ai perdu 7 kilos... C'est vraiment trop ! Donc du coup, maintenant, je me fais des programmes précis avec des sacs et ce que je dois manger à telle heure. Comme ça au moins je ne me pose plus de questions." Idem pour dormir, le skipper a dû aussi trouver son rythme. "Je sais que ma meilleure période pour dormir c'est entre 23h et 3h du matin, c'est là où je récupère le mieux. Ce sera par tranches de 20 minutes, ce n'est pas un vrai sommeil, mais on arrive quand même à récupérer assez bien."

Pour se préparer au mieux, comprendre ses lacunes et les gommer au fur et à mesure, le skipper s'entraîne régulièrement à raison de trois week-ends par mois à La Turballe en Loire Atlantique où se trouve son bateau et son pôle d'entraînement. Et tant pis pour les allers-retour, il n'est pas question de quitter Amiens, où il vit depuis 2018. "C'est une ville que j'aime beaucoup et en plus c'est ici que j'ai rencontré ma future femme, confie-t-il. Je fais donc 5 heures de route, mais c'est un rythme à prendre. Tout est question d'organisation. Il y a des concurrents qui viennent de bien plus loin."

Un projet pédagogique et une collecte de fonds

Cette année, Victor Eonnet a reçu le soutien de la mairie d'Amiens qui a décidé d'engager un partenariat avec lui. L'objectif étant de suivre l'aventure du skipper au travers d'un projet pédagogique avec les enfants des écoles de la ville. "L'idée serait de leur faire découvrir différents sujets liés à la course, que ce soit en géographie, en maths... Et puis de leur montrer aussi que ce n'est pas parce que l'on n'habite pas au bord de la mer que l'on ne peut pas réaliser ses rêves", affirme-t-il. 

En parallèle, Victor Eonnet travaille également depuis 3 ans avec la fondation Arthritis, fondée en 1989 par Jacques Courtin, le créateur de Clarins, et qui a pour vocation de financer la recherche et tester de nouvelles thérapies sur les maladies articulaires comme l'arthrose ou les formes plus graves dont la polyarthrite rhumatoïde. "J'ai décidé de porter les couleurs de la fondation pour cette course et de lancer une collecte de fonds pour financer le projet de thèse d'un jeune chercheur qui se concentre sur le fait que le lupus touche plus les femmes que les hommes, explique le skipper. On cherche 100 000 euros et l'objectif c'est qu'à l'arrivée de la Mini Transat on ait trouvé les fonds."

En attendant, le départ de la course, les entraînements et la préparation du bateau se poursuivent pour Victor Eonnet avec une régate de préparation mi-juillet. À la fin du mois d'août, il recevra la visite de Brigitte Fouré, maire d'Amiens, pour baptiser Alphonse, son bateau. "Pour l'instant je suis dans le timing, donc tout va bien !", assure-t-il.

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