Covid-19 : l'organisation des mesures sanitaires bouscule le travail des personnels médicaux sociaux et des enseignants dans les établissements scolaires de la Somme

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Écrit par Elise Ramirez
Les personnels médicaux doivent s'adapter aux changements de protocoles dans les écoles.
Les personnels médicaux doivent s'adapter aux changements de protocoles dans les écoles. © FTV

Dans les établissements de la Somme, infirmières, médecins, conseillers techniques, assistantes sociales, tous les personnels médicaux sociaux de l'Éducation nationale sont sur le pied de guerre pour organiser les mesures sanitaires imposées par le gouvernement pour cette nouvelle vague d'Omicron. Et ce n'est pas sans conséquence sur le travail des enseignants et des chefs d'établissements.

Depuis la rentrée des classes en septembre, le quotidien de Marion Babic, infirmière au collège César Franck, à Amiens Nord évolue tous les jours. Elle travaille à temps plein dans l'établissement, classé REP+, mais depuis cette année, elle est mobilisée pour des campagnes de tests salivaires dans les écoles deux matinées par semaine. Et lorsqu'elle est au collège, elle doit s'occuper des questionnaires de test Covid-19 à remettre aux parents d'élèves. "Notre priorité est de gérer la crise sanitaire. Mon quotidien a changé mais je reçois encore les élèves à l'infirmerie. Hier, j'en ai accueilli une quinzaine pour des maux de tête, de ventre... Mais j'ai moins de temps à consacrer à chaque élève. Et je n'ai pas encore eu le temps de faire les bilans infirmiers des élèves de 6e. C'est un moment important car on vérifie la vue et l'audition notamment, qui sont parfois des indicateurs pour l'apprentissage. On vérifie aussi que l'intégration dans le collège se passe bien.", explique l'infirmière.

La difficulté pour les personnels médicaux scolaires réside dans le changement récurrent des protocoles. Trois depuis la rentrée. "Il faut s'adapter régulièrement aux nouveaux textes, donnés un jour et à appliquer dès le lendemain matin. Il faut s'adapter rapidement. On a du mal à programmer nos journées. Mais dans l'équipe du collège, on s'entraide. Les surveillants aussi sont débordés par les appels quotidiens au service vie scolaire", ajoute t-elle.

La crise du Covid se répercute sur tout le personnel

Julie Riffiod, Principale adjointe au collège César Franck

À la direction du collège, même constat. La crise sanitaire est de plus en plus chronophage. 24 élèves ont été signalés positifs et 96 en tout sont absents à cause du Covid. L'infirmière, absente deux matinées par semaine pour les campagnes de tests et de vaccination, c'est le service de vie scolaire qui prend le relai pour accueillir les élèves malades. Ils sont alors souvent envoyés chez eux car un diagnostic infirmier est impossible. "La crise du Covid se répercute sur tout le personnel même si chez nous, les enseignants sont relativement épargnés par le Covid. Seuls deux professeurs sont absents en ce moment. Mais nous avons de plus en plus de signalements Covid à faire. Nous n'avons jamais eu autant d'élèves concernés par le virus. Ce matin, j'ai reçu sept signalements en une heure. Cela demande de recueillir beaucoup d'informations. Nous faisons aussi le contact tracing, c'est à dire que nous tentons de remonter la chaîne de contamination. Lorsqu'il y a un cas contact, je le signale aux familles et aux autorités. En tant que référente Covid, c'est ma mission mais j'en ai d'autres à remplir. Alors je délègue au CPE les appels aux familles", explique Julie Riffiod, Principale adjointe au collège César Franck.

Des conséquences en cascade pour les assistantes sociales scolaires

Ces mesures sanitaires ont également des conséquences pour les assistantes sociales de l'Éducation nationale. Habituellement, elles travaillent de concert avec les infirmières des établissements scolaires. Mais depuis la rentrée de janvier, les infirmières, concentrées sur le front du Covid, ne peuvent plus assurer pleinement leur missions sociales. "Pour les assistantes sociales et les conseillères techniques du département, qui accompagnent les chefs d'établissements dans les procédures suite à une situation de violence, la situation est très compliquée. Les cas de violence conjugale, maltraitance sur enfants, passages à l'acte d'élèves ont explosé l'année dernière, après le dernier confinement. Infirmières et assistantes sociales sont des personnels d'écoute. Leur rôle est de rencontrer les parents et les élèves en difficulté pour récréer du lien. Mais désormais, nous ne gérons plus que l'urgence. Nous n'avons plus le temps pour le travail de fond. Nous sommes quotidiennement en gestion de crise. Le téléphone sonne 50 fois dans la journée et nous avons de nombreuses déclarations à produire et à envoyer au procureur", explique Anne Segais, conseillère technique de bassin au service social en faveur des élèves de la Somme à l'Éducation nationale.

Les équipes sont épuisées et fragilisées par la crise.

Anne Segais, conseillère technique au service social en faveur des élèves de la Somme à l'Education Nationale.

Dans le département de la Somme, le service social de l'Éducation nationale a relevé 693 situations de protection de l'enfance au cours de l'année scolaire 2019/2020 et 479 l'année suivante. Dans ce service, 24 assistantes sociales sont chargées de couvrir 80 établissements du second degré. De son côté, Anne Segais, s'occupe de 250 écoles et 9 collèges. "Nous sommes un petit service très sollicité et nous couvrons tout le département. Les équipes sont épuisées et fragilisées par la crise", ajoute Anne Segais.

Des écoles sous tension

Côté enseignants du primaire, la colère ne retombe pas après les annonces, lundi 10 janvier, du Premier ministre Jean Castex et la simplification des mesures dans les écoles, collèges et lycées. Depuis la rentrée, ils sont sur tous les fronts : apprentissages, rattrapage des retards mais surtout l'administratif et en particulier dans le premier degré.

À deux jours d'une grève dans l'Éducation, le dispositif imposé par le gouvernement est considéré comme déconnecté de la réalité par les syndicats enseignants. "Dans les écoles où les cas de Covid se multiplient, les enseignants ont mis de côté en partie l'apprentissage pour se consacrer aux mesures sanitaires. Chaque jour, il faut prévenir les parents lorsqu'un enfant est cas contact. À l'entrée de l'école, nous contrôlons les attestations des parents pour vérifier que leur enfant est bien négatif au test. On se transforme en vigile. On coche des croix et en attendant, les retards en cours s'accumulent. Une directrice m'a signalé qu'elle ne pouvait pas enseigner plus de 20 minutes par jour, tant le temps passé au téléphone pour joindre les parents est important" raconte Haydee Leblanc, co-secrétaire départemental du SNUIPP/FSU de la Somme.

La crise sanitaire a mis en exergue le manque de personnel administratif et enseignant dans les écoles. Le syndicat dénonce un manque d'anticipation du ministère de l'Éducation nationale. "Début janvier, et hier encore, 50 classes n'avaient pas d'enseignants. Nous ne pouvons pas brasser les élèves et n'avons aucune solution. Pour le département de la Somme, on nous a annoncé un poste et demi de plus en septembre 2022. Ça pourrait prêter à rire si la situation n'était pas aussi dramatique pour l'enseignement en France. Cela fait des années que l'on demande d'ouvrir le recrutement pour du personnel contractuel formé. De même, on attend l'embauche de personnels administratifs. Le poste d'aide administrative dans les écoles a été supprimé par le gouvernement. Toute cela participe à mettre l'école en tension en ce moment", dénonce Haydee Leblanc.

Jeudi, la grève lancée par l'ensemble des fédérations de l'Éducation nationale du public s'annonce suivie. D'après les syndicats, un enseignant sur deux au premier degré s'est déclaré gréviste.

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