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À Saint-Maulvis, le maire est prié de retirer son arrêté antipesticide

C'est la mise en culture de cette parcelle située en plein coeur de Saint-Maulvis dans la Somme qui a poussé le maire du village à prendre un arrêté anti-pesticides. / © JP.Bauden
C'est la mise en culture de cette parcelle située en plein coeur de Saint-Maulvis dans la Somme qui a poussé le maire du village à prendre un arrêté anti-pesticides. / © JP.Bauden

Le 2 août dernier, le maire de Saint-Maulvis dans la Somme a pris un arrêté interdisant l'utilisation de pesticides dans un rayon de 150 mètres autour de sa commune. Il a jusqu'au 22 septembre pour le retirer. Sinon la préfecture départementale saisira le tribunal administratif.

Par Jennifer Alberts

C'est une prairie d'environ un hectare située au coeur du village de Saint-Maulvis dans la Somme. Ou plutôt c'était une prairie. Jusqu'à un jour de mai où elle a été labourée en vue d'être semée. "Elle est en plein milieu de la commune ! S'indigne Jean-Philippe Bauden, le maire (SE) de cette commune de 287 habitants. Il y a des maisons tout autour et des personnes vulnérables à proximité. Une famille avec un tout jeune bébé. Une personne atteinte d'un cancer. Alors quand des habitants sont venus me dire que l'agriculteur allait en faire un champ, j'ai voulu protéger mes administrés. Et j'ai pris un arrêté antipesticide."


Les autorités ont réagi immédiatement

Le 2 août dernier, il signe donc une interdiction d'utilisation de pesticides à moins de 150 mètres autour de sa commune. Le 22 août, il reçoit un recommandé de la préfecture de la Somme lui indiquant qu'il a un mois, soit jusqu'au 22 septembre, pour retirer son arrêté. Au motif que l'élu n'est pas compétent pour prendre ce type de décision, ce domaine incombant aux ministres de l'Agriculture, de la Santé et de l'Environnement. S'il n'annule pas son arrêté avant le 22 septembre, la préfecture de la Somme saisira le tribunal administratif.
 

"Je pensais vraiment que j'avais raison en prenant cet arrêté, explique Jean-Philippe Bauden. Mais l'État dit que non. Apparemment, les bébés et les personnes atteintes d'un cancer ne sont pas vulnérables. Je ne suis pas contre les agriculteurs mais honnêtement là, c'est trop."


Une réunion de concertation à venir

En contact avec les services de la préfecture et ceux de la chambre départementale d'agriculture, Jean-Philippe Bauden espère trouver un compromis : une réunion devrait être prochainement programmée entre tous les acteurs du secteur à ces fins. "Je demande juste qu'on trouve comment empêcher les pesticides au milieu du village. Si jamais rien ne ressort de cette réunion, j'irai plus loin et je prendrai un autre arrêté interdisant les pesticides dans le village."

À la préfecture de la Somme, on confirme être en contact avec le maire de Saint-Maulvis et suivre de près le dossier. Pour le moment, aucune date n'a été décidée pour la réunion de concertation. La chambre d'agriculture de la Somme soutient la demande de retrait de l'arrêté : "effectivement, un maire n'a pas de pouvoir de police concernant les produits phytosanitaires agricoles. C'est un pouvoir de police spécial qui incombe bien aux ministères de l'Agriculture, de la Santé et de l'Environnement."

Et le maire de défendre sa position : "J'ai fait ça pour faire bouger les lignes. Pour être honnête, 150 mètres c'est trop. Mais il faut instaurer des périmètres. 70 à 75 mètres à partir des murs des habitations, c'est à mon sens une bonne distance. Mais ce n'est pas, ni aux maires ni aux agriculteurs, de trouver des solutions. C'est au gouvernement. Et quand j'ai entendu la proposition de 5 à 10 mètres, je me suis dit que c'est de la foutaise."


Du maïs sur la parcelle

Le gouvernement vient en effet de lancer une consultation en ligne sur les distances minimales à respecter entre habitations et zones d'épandage de produits phytosanitaires agricoles dans tous les départements où aucune charte locale n'aura été signée. Il a proposé samedi de fixer cette distance minimale à 5 mètres pour les cultures dites basses comme les céréales et à 10 mètres pour les cultures hautes, telles que les vignes ou l'arboriculture. 

La parcelle à l'origine de toute cette affaire est plantée de maïs. 
 

La consultation sur les distances minimales à respecter entre habitations et zones d'épandage de produits phytosanitaires agricoles

La consultation lancée en ligne par le gouvernement durera trois semaines. Ouverte à tous, "sur le modèle du grand débat", elle sera simultanément accessible sur les sites du ministère de la Santé, de la Transition écologique et solidaire, et celui de l'Agriculture et de l'Alimentation.

Elle durera jusqu'à fin septembre, et ses résultats seront analysés et dépouillés pendant deux mois afin d'élaborer un décret qui doit entrer en application le 1er
janvier 2020, dans les zones où aucune charte départementale n'aura été signée.

En terme de distances minimales à respecter entre habitations et zones d'épandage de produits phytosanitaires agricoles, le gouvernement propose 5 mètres pour les cultures basses et 10 mètres pour les cultures hautes. Il justifie cette décision par les préconisations scientifiques de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) allant en ce sens.

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