Tuerie du musée juif de Bruxelles : la défense de Nemmouche joue son va-tout

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Écrit par AFP

Mehdi Nemmouche n'est pas le tueur du musée juif de Bruxelles, mais s'est retrouvé mêlé à un complot visant des agents du Mossad : à une semaine du verdict, la défense du jihadiste français a jeté pêle-mêle tous ses arguments dans le débat jeudi pour tenter de convaincre de son innocence.

L'enquête est "manipulée, bidon", a argué Me Sébastien Courtoy, l'avocat vedette de Nemmouche, face à un parquet pour sa part "convaincu" de tenir dans le box l'auteur de ce quadruple assassinat.

Au fil d'une plaidoirie décousue, empreinte d'ironie, de provocations, mais aussi de sorties violentes contre ses adversaires, l'avocat déroule une liste d'éléments à même, selon lui, d'invalider les preuves de l'accusation.


Théorie du complot


Dans le désordre : des images "truquées", l'absence de revendication des faits par l'organisation Etat islamique (EI), la non-reconnaissance de son client par certains témoins, ou encore "les mensonges" des journalistes français otages en Syrie en 2013, qui ont reconnu Nemmouche comme un de leurs geôliers. L'avocat va jusqu'à accuser l'un d'eux, Nicolas Hénin, d'être "un expert ès mensonges". En cause, selon lui, la manière dont l'ex-otage aurait adapté ses déclarations après l'arrestation du tueur présumé du musée juif.

 
Il met aussi en doute les vidéos de revendication retrouvées dans un ordinateur en possession de son client. "Le type qui revendique, c'est un handicapé linguistique. En cinq minutes, il fait huit fautes", relève Me Courtoy, quand Nemmouche parle selon lui un français parfait.

Pour la première fois, l'avocat affirme aussi que d'autres hommes avaient eu accès à l'appartement bruxellois loué par l'accusé avant l'attaque, ainsi qu'à son ordinateur et à ses effets personnels, dans le but de l'incriminer.

Ces hommes faisaient partie "de services pour lesquels Mehdi a travaillé" et qui l'ont "piégé", ajoute-t-il  mystérieusement. Il répète que l'attaque n'est pas un attentat de l'EI, mais "une exécution ciblée d'agents du Mossad" (les services secrets israéliens), visant les époux Riva, les deux premières des quatre personnes assassinées.
 


"Une boucherie" 


Les Riva n'étaient pas de simples comptables, mais des agents affectés à "la surveillance des mouvements chiites", en particulier au consulat d'Israël à Berlin, prétend Me Courtoy, sans étayer son argument par un quelconque élément matériel.

Victime suivante : Alexandre Strens, employé du musée mort à 26 ans. Ce fils d'un musulman sunnite marocain converti au chiisme vivait sous un nom d'emprunt. "Encore une coïncidence...", persifle l'avocat. "C'est une boucherie pour les parties civiles", a estimé Me Courtoy devant la presse à la mi-journée.

Mehdi Nemmouche, Roubaisien de 33 ans, est accusé d'avoir abattu quatre personnes de sang-froid en moins d'une minute et demi, le 24 mai 2014 au musée juif, une attaque antisémite qui avait ému la communauté internationale.

Aux yeux de l'accusation, il s'agit du premier attentat perpétré en Europe par un combattant jihadiste de retour de Syrie, un an et demi avant les sanglants attentats du 13 novembre 2015 à Paris (130 morts, des centaines de blessés).

Six jours après la tuerie, le 30 mai 2014, ce délinquant multirécidiviste radicalisé en prison avait été arrêté à Marseille (sud de la France) en possession des armes utilisées, un revolver et une kalachnikov, et, entre autres effets personnels, une veste présentant des "résidus" de tirs.

"En 27 ans de carrière, j'ai rarement vu autant d'éléments à charge d'un accusé qui persiste à nier", a affirmé lundi l'un des deux avocats généraux, Bernard Michel, qui avait présenté "23 éléments à charge" contre lui.

 
Le réquisitoire a éreinté la stratégie de défense de Nemmouche, tour à tour jugée "complotiste", "stupide" ou "choquante", et qui a déjà ulcéré les parties civiles en sept semaines d'audience.

Au procès comparaît également Nacer Bendrer, 30 ans, un délinquant marseillais accusé d'avoir fourni les armes à Nemmouche, qui nie toute implication. Lui "est complice, pas co-auteur", ont considéré lundi les deux procureurs.

Un verdict de culpabilité a également été demandé contre lui.