VRAI OU FAKE. Y aura-t-il des radars mobiles et privatisés dans les Hauts-de-France d'ici fin 2020 ?

Annoncé par radars-auto.com, repris par Lille Actu et la Voix du Nord, confirmé par la délégation à la sécurité routière du ministère de l'Intérieur, le déploiement de voitures radars mobile dans les Hauts-de-France fin 2020 n'est pourtant pas annoncé par la préfecture des Hauts-de-France.

Dès fin 2020, des voitures radars mobiles et privatisées circuleront-elles dans les Hauts-de-France ?
Dès fin 2020, des voitures radars mobiles et privatisées circuleront-elles dans les Hauts-de-France ? © NICOLAS TUCAT/AFP

D'où vient l'information d'un déploiement de radars mobiles et privatisés fin 2020 dans les Hauts-de-France ? 


L'information vient du site internet radars-auto.com, un site spécialisé dans l'actualité des radars. Elle est publiée le 29 novembre 2019. Il y est dit que quatre nouvelles régions vont être concernées d'ici la fin 2020 : les régions Grand-Est, Bourgogne-Franche-Comté, Hauts-de-France et Nouvelle Aquitaine. Un paragraphe fait un focus sur la région : "Il y en aura également beaucoup [des radars mobiles et privatisés] dans les Hauts-de-France puisque les cinq départements verront circuler 34 voitures : 6 pour l'Aisne, 10 dans le Nord, 7 dans l'Oise, 7 dans le Pas-de-Calais et 4 dans la Somme". 
 
Capture d'écran de l'article publié par le site internet radars-auto.com
Capture d'écran de l'article publié par le site internet radars-auto.com

L'information a ensuite été relayée par Lille Actu le 4 décembre. Elle aurait été confirmée en partie par la délégation de la Sécurité routière du ministère de l'Intérieur. Cette dernière expliquait qu' "un nouvel appel d'offres permettant à des prestataires privés de gérer la conduite des voitures-radar dans ces quatre nouvelles régions sera publié sur la plateforme des procédures de marché de l'Etat au cours de l'année 2020."

Avant de reprendre les précisions apportées par le site radars-auto.com sur le nombre de voitures déployées et leur répartition dans les différents départements. 
 
Capture d'écran de l'article publié par Lille Actu le 4 décembre.
Capture d'écran de l'article publié par Lille Actu le 4 décembre.

La Voix du Nord reprend le même jour l'information relayée par Lille Actu. "Des radars mobiles embarqués dans des voitures conduites par des sociétés privées [...] vont faire leur apparition dans les Hauts-de-France, explique Actu Lille, à qui l'information a été confirmée par la délégation de la Sécurité routière du ministère de l'Intérieur." Le journaliste reprend ensuite la même information de radars-auto.com que celle mise en avant par Lille Actu. 
 
Capture d'écran de l'article de La Voix du Nord publié le 4 décembre, quelques heures après celui de Lille Actu.
Capture d'écran de l'article de La Voix du Nord publié le 4 décembre, quelques heures après celui de Lille Actu.


L'information est-elle confirmée par la Préfecture ? 


Pour vérifier l'information, nous avons contacté la délégation à la Sécurité routière du ministère de l'Intérieur mais sans succès. Nous nous sommes alors tournés vers la préfecture des Hauts-de-France. Celle-ci nous a proposé une première réponse : "Aujourd'hui, le ministère de l’intérieur n'a pas lancé de procédure de déploiement de ce dispositif pour la Région Hauts-de-France. [...] Actuellement, il n'y a donc pas de plan de mise en œuvre de ce dispositif pour la région Hauts-de-France."
 


Face à cette réponse qui peut sembler surprenante compte tenu des informations relayées et de leur précision, nous avons relancé la préfecture, qui nous a fait cette réponse : "En réponse à vos mails, nos services ont pris l'attache de la DSR, département du contrôle automatisé et maître d'ouvrage du projet.
Aucune décision ne semble avoir été prise en ce sens concernant les Hauts-de-France.
"
 


"Aucune décision ne semble..." Le flou persiste donc car l'information n'est pas niée de manière catégorique. N'y-aura-t-il vraiment aucun radar mobile et privé dans la région, n'est-ce simplement pas le moment de l'annoncer ou est-ce simplement une question de mois ? Réponse dans les semaines qui viennent.


 
Qu'est-ce que changerait la privatisation des voitures radars mobiles ?
A partir de 2018, l'Etat a commencé en Normandie, à confier la conduite des voitures radars mobiles à des sociétés privées pour répondre à trois objectifs : "libérer du temps pour les forces de l'ordre", "augmenter le temps d'usage des voitures radars et assurer le respect des limitations de vitesse sur l'ensemble du réseau" selon la Sécurité routière. 

Intégré dans une voiture banalisée, utilisant un flash infra-rouge, non visible pour les usagers sanctionnés, le système des radars mobiles flashe incognito. Pour autant, il est réservé aux "grands excès de vitesse". "La marge technique de ces radars est de 10 km/h pour les limitations de vitesse inférieures à 100 km/h et de 10% pour les limitations de vitesse supérieures à 100 km/h." La marge technique des autres radars de contrôle est elle, de 5 km/h et de 5%. 

Concrètement, "seront flashés les véhicules roulant à partir de 146 km/h sur autoroute, 124 km/h sur une voie express ou 61 km/h en agglomération."

Pour éviter une course aux chiffres, plusieurs gardes-fous ont été mis en place : 
 
  • Ce ne sera pas le nombre de flash effectués qui sera pris en compte mais le nombre de kilomètres de contrôle effectif parcourus. Une lourde amende est même prévue pour un conducteur qui chercherait à faire du zèle. "S'il en effectue plus, non seulement il ne verra pas sa rémunération augmenter, mais il devra payer une lourde amende", rappelle sur son site la Sécurité routière. Gare aussi à celui qui voudrait en faire moins : "sa rémunération sera diminuée d'autant". 
  • Pour empêcher aussi des parcours à rallonge non pertinents, ce sont les préfectures du département et les services de l'Etat qui seront chargés de déterminer les portions de route où "seront relevées des vitesses excessives qui sont à l'origine d'accidents et sur tous les types de réseaux". 
  • Ni le conducteur ni la société privée n'ont accès aux données enregistrées par les voitures-radars. Seul le centre automatisé de constatation des infractions routières ont accès aux clichés d'infraction et aux nombre de contraventions constatées. C'est ensuite aux gendarmes et aux policiers en charge de la verbalisation d'analyser les clichés et décider de l'envoi ou non d'un avis de contravention. 
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