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2 casseurs condamnés à de la prison ferme à Caen : ni gilets jaunes, ni politisés juste alcoolisés

La barre de fer que détenait l'un des casseurs face aux forces de l'ordre, rue saint-Pierre à Caen / © AH
La barre de fer que détenait l'un des casseurs face aux forces de l'ordre, rue saint-Pierre à Caen / © AH

Suite aux arrestations qui ont suivi les débordements de l'Acte VIII samedi à Caen, un homme de 31 ans et un jeune de 25 ans ont été jugés en procédure d’urgence ce lundi 2 janvier, devant le tribunal de Caen. Ils sont condamnés à 6 mois de prison ferme.

Par Alexandra Huctin

On est très loin du type même de gens croisés aux rond-point depuis le 17 novembre. Les deux prévenus qui ne se connaissent pas et qui n’ont pas été arrêtés samedi 5 janvier au même endroit dans Caen, n’ont pas de revendication particulière sur le plan politique ou sociétal.
D'ailleurs aucun gilet jaune n'était là, dans la salle d'audience, pour les soutenir. 

"Surtout envie d'en finir avec la vie"

Le premier, un SDF caennais de 31 ans, enfant battu, multi récidiviste (12 mentions au casier judiciaire dont plusieurs pour outrages, violences, menaces de mort, vols et usage de stupéfiants) a bien osé fustiger un « faut que Macron dégage. Les anciens le disent c’est une révolution qui arrive qui sera pire que 68 ». Mais les mots sont répétés sans conviction idéologique et les injonctions du tribunal suffiront à le faire taire.

La haine, dans ce petit homme blond et barbu au regard triste, est ailleurs. Il la résume dans une enfance battue, une vie ratée, une séparation avec sa fille qu’il vit mal, etc.
« J’ai surtout envie d’en finir avec la vie », assure t-il à la Présidente du tribunal, plutôt dans l’empathie face à la détresse de l’homme, et ses sanglots.
Samedi, vers 14H, il a rejoint les manifestants, après avoir bu au moins dix canettes de bières,  devant la Banque de France.
Il s'est retrouvé parmi les premiers à se saisir de cailloux, et de rondelles d'acier sur le chantier du Tram pour "caillasser du flic", avec un florilège d'insultes sorti de sa bouche, du type " bâtards, fils de pute, va te faire enc...", etc.
Il ne portait pas de gilet jaune. Mais la rage dans le ventre, il assure qu'il est prêt à recommencer et qu'il assume. 

 
les scellés ; les rondelles d'acier volé sur le chantier du tram qui ont servi de projectiles samedi soir à Caen / © AH
les scellés ; les rondelles d'acier volé sur le chantier du tram qui ont servi de projectiles samedi soir à Caen / © AH

Son lourd passé psychiatrique et ses nombreuses tentatives de suicide plaideront pour lui. L'homme a été condamné à 6 mois de prison ferme avec mandat de dépôt. "Vous rejoignez immédiatement la maison d'arrêt de Caen ce qui vous évitera de recommencer", a conclu la présidente tout en s'assurant qu'un suivi médical soit rapidement exécuté en prison. 
 

2,36 g d'alcool dans le sang et une barre de fer dans la main


Le deuxième, 25 ans est sorti de prison il y a un mois et demi (des allers et retours depuis 2014, avec 10 mentions au casier judiciaire).
Il vit ,depuis, chez sa sœur près de Vire et travaille en intérim dans l’agroalimentaire.
« J’étais venu à Caen pour passer un week-end festif en ville. Je prenais l’apéro avec des copains quand j’ai rejoint le cortège qui passait par là. Ce n’était pas prévu », prévient-il pour sa défense.
Arrêté à 18 heures rue Saint Pierre avec une barre de fer à la main, une « barre que vous tapiez dans votre main en proférant des insultes et des menaces aux forces de l’ordre », précise la Présidente, à la lecture des dépositions des policiers.
Le jeune homme avait une bouteille de whisky sur lui et 2,36 g d’alcool dans le sang, au moment de son arrestation. 
Devant le tribunal il nie avoir détenu cette barre de fer, puis semble hésiter quand la présidente lui affirme qu'il a été moins affirmatif, pendant sa garde à vue. 

Je n'étais là ni pour manifester, ni pour casser", précise le garçon qui soupire qu'il va prendre "cher", dans son boxe. "Mais vous étiez là pourquoi, alors", demande la présidente. Pas de réponse.


Le garçon brun, au visage poupin remercie la présidente quand elle lui donne le jugement : "vous n'allez pas en prison ce soir.". Il écope tout de même de 6 mois ferme et le JAP (juge d'application des peines) jugera s'il est nécessaire ou pas d'aménager la peine. Le jeune homme travaille et espère une réinsertion.

Un procureur et un policier se constituent parties civiles


Dans le premier procès, chose rare, le Procureur adjoint de Caen s'est porté partie civile, ainsi que le policier qui était là pour la garde à vue samedi et dimanche. Devant le flot d'insultes et de menaces verbales et gestuelles qu'ils ont du essuyer, les deux hommes ont choisi de dire stop à la violence gratuite. L'homme de 31 ans condamné à 10 mois ferme devra verser un euro de dommage et intérêt au procureur et 1000 euros au brigadier. 
 

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