Scholastique Mukasonga, prix Renaudot inattendu

Scholastique Mukasonga vit à à Saint-Aubin-sur-Mer, dans le Calvados. Lauréate surprise du Prix Renaudot 2012, l'auteur d'origine rwandaise peine à réaliser ce qui lui arrive. Elle se dit très fière, et très honorée. 

© AFP Fred Tanneau
Hantée par le spectre du génocide de 1994 où périt sa famille, Scholastique Mukasonga a reçu mercredi un Renaudot surprise pour "Notre-Dame du Nil" (Gallimard), devenant le cinquième auteur africain lauréat de ce prix convoité.

La romancière d'expression française figurait dans la sélection de printemps du Renaudot mais avait été écartée par la suite. Elle a obtenu 6 voix au 10e tour de scrutin, bénéficiant vraisemblablement de l'influence de Jean-Marie-Gustave Le Clézio. Le prix Nobel de littérature, membre du jury, a plaidé pour une ouverture à la francophonie.

Née en 1956, l'auteure tutsie a connu dès l'enfance les persécutions et les humiliations des conflits ethniques qui agitent son pays. Sa famille est déplacée dans une région insalubre. En 1973, elle s'exile au Burundi puis en France en 1992, deux ans avant le début des massacres qui ont ensanglanté son pays.

Près de 30 membres de sa famille, dont sa mère, ont été assassinés en 1994. L'auteure a créé une association d'aide aux orphelins après le génocide des Tutsis. Retournée au Rwanda en 2004, elle est aujourd'hui assistante sociale à Saint-Aubin-sur-Mer, sur la côte normande, non loin de Caen.

"C'est mon premier roman et j'ai eu plaisir à l'écrire, il a été thérapeutique, je ne me suis plus sentie victime en l'écrivant. Aujourd'hui je suis réconfortée, c'est une nouvelle naissance, une réconciliation avec moi-même", explique Scholastique Mukasonga, pour qui le prix Renaudot consacre une deuxième vie, "je ne suis plus dans le statut de victime, mais dans celui d'écrivain."



Scholastique Mukasonga chez elle, à Saint-Aubin-sur-Mer, dans le Calvados

"Scholastique a cru à une blague quand je lui ai annoncé la nouvelle au téléphone", raconte son éditeur Antoine Gallimard, précisant que son livre avait été vendu jusqu'ici à 4.000 exemplaires. Sorti en avril, le roman a pour cadre un lycée rwandais de jeunes filles de bonne famille, "Notre-Dame du Nil", perché sur une crête escarpée, loin des tentations de la capitale, près des sources du grand fleuve égyptien.
En quête du paradis perdu, mais aux portes de l'enfer, l'auteure a choisi ce microcosme pour revisiter les prémices de la tragédie rwandaise.
 
Huis clos
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Les lycéennes sont vite encerclées par les nervis du pouvoir hutu, et la romancière décrit le poison distillé peu à peu dans les esprits de ces filles de militaires, de diplomates ou d'hommes d'affaires. Seules 10% des élèves sont tutsi, quotas obligent.
Elle dénonce aussi dans ce huis clos à l'écriture lumineuse l'impassibilité des religieux belges et professeurs français.
La romancière a elle-même fréquenté dans sa jeunesse une institution religieuse. Elle est l'une des seules de sa famille à avoir fait des études.

Scholastique Mukasonga est le cinquième écrivain originaire du continent noir à recevoir le Renaudot après Yambo Ouologuem (Mali) pour "Le Devoir de violence" en 1968, Ahmadou Kourouma (Côte d'Ivoire) pour "Allah n'est pas obligé" en 2000, Alain Mabanckou (franco-congolais) pour "Mémoires de porc-épic" en 2006 et Tierno Monénembo (Guinée) pour "Le Roi de Kahel" en 2008.

En 2006, Scholastique Mukasonga écrit un premier récit autobiographique, "Inyenci ou les Cafards", puis en 2008 "La Femme aux pieds nus", un hommage à sa mère. Elle a déjà reçu cette année pour "Notre-Dame du Nil" le Prix Ahmadou-Kourouma.

Le reportage de Pierre-Marie Puaud et Carole Lefrançois:





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