73 obus retrouvés sous une dune de Ravenoville dans la Manche : il faudra encore 7 siècles pour nettoyer le sol normand

La découverte a ému toute la commune. Les démineurs sont intervenus en 2 heures, sans dégât. c'est en creusant pour remplacer les lampadaires que l'entreprise mandatée est tombée sur une caisse à obus / © DR
La découverte a ému toute la commune. Les démineurs sont intervenus en 2 heures, sans dégât. c'est en creusant pour remplacer les lampadaires que l'entreprise mandatée est tombée sur une caisse à obus / © DR

La découverte au cours des premiers jours d'Octobre a mis en alerte toute la commune de Ravenoville : ces 73 obus "dormaient" sous le terrain de jeu depuis 75 ans sans que l'on s'en doute. De nombreuses munitions sont encores enfouies dans le sol normand et pour longtemps. 

Par Alexandra Huctin

La découverte a été faite la première semaine d'octobre alors qu'une pelleteuse était en train de creuser le sol de Ravenoville, au pied de la Vierge noire, tout près d'un terrain de jeux pour enfants et le long d'un chemin de promenade.
 
Les lieux de la découverte / © F3
Les lieux de la découverte / © F3


L'ouvrier de chantier a tout arrêté à temps alors que des débris rouillés sont apparus dans le sol. Une caisse en métal, en décomposition, abritait là 73 obus allemands. Elle aurait été enterrée pendant l'été 44, puis oubliée par les habitants. 
 
les morceaux découverts à Ravenoville (50) / © F3
les morceaux découverts à Ravenoville (50) / © F3



Vidéo France3 Normandie - Témoignage 

Pour le maire de la commune de Ravenoville dans la Manche, c'est incroyable que ces obus n'aient jamais été vus avant. Il y a 25 ans, les premiers lampadaires étaient implantés sur ce terrain, et rien n' a été vu. C'est en voulant en installer de nouveaux, que cette découverte a surgi. 

 
"Après coup ça fait peur, vous voyez si les travaux avaient eu lieu en plein été au pied de l'air de pique-nique et des jeux des enfants...Se dire qu'il y avait 70 obus là où des centaines de gens sont passés tout l'été et depuis si longtemps,  et bien ça aurait pu être catastrophique ! Ces munitions sont toujours en activité. On en trouve quand même plus souvent sur la plage que sur la dune. "
 
Pierre Aubril, maire de Ravenoville


Les démineurs ont été appelés et sont arrivés très rapidement. En deux heures, les lieux étaient "nettoyés". Un épisode ordinaire de leur quotidien de démineurs en Normandie, même s'il est rare d'en trouver autant (73 obus) dans un même lieu. 

 
Ils "dormaient" dans le sable, oubliés après la guerre alors qu'ils ont été cachés probablement par des français après avoir été subtilisés aux allemands. Mais l'histoire reste à éclaircir. / © F3
Ils "dormaient" dans le sable, oubliés après la guerre alors qu'ils ont été cachés probablement par des français après avoir été subtilisés aux allemands. Mais l'histoire reste à éclaircir. / © F3
 

Les agriculteurs et les ouvriers du BTP en première ligne



Les agriculteurs et les ouvriers du BTP sont les principales personnes amenées à creuser le sol. Autant dire qu'en Normandie, on se passe le mot de génération en génération. Il faut rester attentif à tout ce qui apparaît, en fer et rouillé. 



Charles de Valavieille agriculteur à Brécourt  (50) connait toujours "l'histoire des champs qu'il travaille". Les villageois se sont généralement transmis le passé de leurs terres.


On est né ici, on a été élevé ici. On sait qu'il y a un risque

(Charles de Valavieille agriculteur à Brécourt, près de Saint-Côme du Mont dans la Manche )

 
Charles de Vallavieille, agriculteur de Brécourt


"Récemment des jeunes du village coupaient des branches au bord d'une haie. Il venaient de les ramasser pour les mettre en tas et les brûler. Après avoir allumer le feu, quand le monsieur est revenu avec sa deuxième fourche de branchage, le tas venait d'exploser. Il lui a fallu quelques minutes avant de reprendre ses esprits et comprendre qu'il avait eu beaucoup de chance de s'être éloigné pour aller chercher des branches.(...) Il y a des endroits où l'on sait qu'il ne vaut mieux pas aller chercher."


Après la guerre des munitions on été mis dans des creux  de champs et des abreuvoirs donc quand vous nettoyez des haies et des fossés le risque est plus grand qu'au milieu du champs 

(Charles de Valavieille agriculteur près de Saint-Côme du Mont )

 

Encore 700 ans de déminage pour nettoyer le sol normand !


C'est une estimation qui laisse entendre le nombre de munitions qui dorment encore sous nos pieds !

On pense que 20% des munitions utilisées pendant l'été 44, n'ont pas encore explosé. Les démineurs comptent encore 7 siècles de travail.    
(Sandy Voyen , chargé défense et protection civile, Préfecture du Calvados)


Vidéo France3 Normandie -  Les explications du service chargé de "sonder" le territoire du Calvados. On ne peut pas fouiller de manière systématique ce serait trop couteux et la technologie ne le permet pas vraiment. C'est fait lors de grands chantiers et travaux. 

"On  trouve ces munitions ( cartouches ou obus)  avant tout sur le Littoral c'est une évidence mais aussi le long des grands axes de communication et partout où les soldats se sont battus : le long de la RN 13, RN158, les voies férrées et autour de Falaise et Caen. "
 
Sandy Voyen , chargé défense et protection civile, Préfecture 14


Depuis quelques années, les archéologues du département du Calvados ne se penchent plus sur les seules fouilles préhistoriques ou médiévales, l'histoire de la seconde Guerre Mondiale les intéresse désormais. On va donc maintenant fouiller près des grands sites de bataille connus : des fouilles qui permettent de poursuivre le "nettoyage" et de découvrir les dessous de la grande Histoire.
 


 

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