William Dubourg en pince pour les homards! Il naturalise les crustacés et le succès est au rendez-vous

Publié le Mis à jour le
Écrit par Adelaide Castier .

William Dubourg est un artisan d’art quasiment unique en son genre. Il a choisi un domaine peu exploré: la naturalisation d'espèces animales et plus précisément des crustacés. Pour cela il utilise une méthode peu pratiquée: les éclatés. Ses créations sont aujourd'hui plébiscitées, notamment par les magasins haut de gamme. Et si William était en train de changer l'image de la taxidermie? Entretien.

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Etudiant, William se passionne pour les Beaux Arts. Il entre à l'école de Rennes et termine le cursus. Il va ensuite s’éloigner de la création  pour se lancer dans l’organisation d’événements. Mais il y a quelques années, l’envie de fabriquer de ses mains des pièces originales le rattrape. William veut être artisan d’art.

Il choisit un domaine peu exploré : la naturalisation d’espèces animales, et plus précisément des crustacés. Aujourd’hui, ses créations sont recherchées, notamment comme objet décoratifs dans des magasins de luxe. En explorant des méthodes de naturalisation jusqu’alors peu connues, William change l’image que l’on peut avoir de la taxidermie. Entretien

Comment est née cette envie de vous lancer dans la naturalisation d’espèce comme les crustacés ?

" L’univers des choses un peu gothiques, des cabinets de curiosité m’a toujours fasciné, depuis que je suis tout petit. Enfant, je passais déjà beaucoup de temps à chercher à comprendre des mécanismes, à dessiner. Et puis après les Beaux-Arts, j’ai pris une voie professionnelle autre, dans l’événementiel.

Il y a quelques années, pris dans le tourbillon de ce milieu, j’ai voulu mettre le « holà » et me recentrer sur l’artisanat d’art. Il fallait que je trouve un métier où je puisse occuper mes mains dans ma nouvelle maison en Normandie.

J’ai vu des réalisations, peu nombreuses « d’éclatés de homard » une méthode de conservation inventé par un biologiste français au 19ème siècle. Cette méthode permet d’observer la constitution interne et externe des crustacés et des insectes.

A l’origine, elle était destinée aux scientifiques. Mais l’esthétisme de ces sculptures animales a vite séduit les amateurs d’art et de curiosités.

J’ai trouvé cela très contemporain,  beaucoup moins mortifère que les animaux empaillés avec des poils que l’on a l’habitude de voir dans des espaces ou les animaux naturalisés sont exposés. On cherche à leur donner des postures souvent grotesques.

Mon objectif avec chaque pièce naturalisée est tout autre, je veux qu’elles soient uniques et belles pour « sublimer l’animal ».    

Vous parlez de cabinet de curiosité, quels sont leurs origines ?

" Les cabinets de curiosités étaient au 18ème siècle un lieu où étaient entreposés et exposés des objets collectionnés, avec un certain goût pour l'hétéroclisme, des choses assez baroques.

On y trouvait couramment des objets d’histoire-naturelles comme des animaux empaillés, des insectes séchés, des coquillages, des squelettes, des carapaces, des herbiers, des fossiles, des pierres précieuses.  

Aujourd’hui, ils ont quasiment tous disparu. Il reste à Paris la célèbre maison Deyrolle avec qui je collabore et la galerie Design et Nature qui cherche à remettre au gout du jour tous ces objets."   

La taxidermie aujourd’hui n’a pas toujours une très bonne image, vous cherchez à dépoussiérer cette pratique ?

"Nous sommes très peu d’artisans à pratiquer cette méthode de naturalisation des « éclatés ». Elle nécessite beaucoup de patience et d’ingénierie. Mais grâce à ce procédé, on peut rester des heures à observer ensuite les articulations de l’espèce. C’est une manière beaucoup plus décorative et intéressante pour « sublimer » l’animal. C’est d’ailleurs ce qui m’anime. Rendre éternel l’animal.  

Vous arrivez à vivre aujourd’hui de la vente de vos pièces ?

"Ces deux dernières années, les ventes ont augmentés de 15 à 20%. Il y a un réel engouement dans les magasins haut de gamme.

Je fabrique de 60 à 80 pièces par an. Elles sont toutes uniques et cela m’assure désormais la quasi-totalité de mon salaire. A titre d’exemple, un homard standard de 60 cm, la pièce que je décline le plus est vendu autour de 2000 euros net." 

Il y a d’autres animaux que vous avez désormais envie de « sublimer » ?

" Je m’intéresse aux squelettes d’oiseaux. J’aime beaucoup chercher des ornements pour leur créer une véritable parure de plume.

Il y a encore plein de choses à inventer. C’est passionnant.

Littoral, le doc: «  Ce homard customisé, quelle curiosité ! » un film de Jackie Maugère à voir et à revoir : 

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