À Caen, les 45 tilleuls de la place de la République n'auraient pas dû être abattus : la justice a définitivement tranché

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Depuis plusieurs mois, l'abattage de tilleuls en centre-ville de Caen (Calvados) était au cœur d'une bataille entre la majorité municipale et l'opposition. La justice administrative vient de donner raison à cette dernière.

C'est sans doute le premier gros revers essuyé par Joël Bruneau depuis son élection à la mairie de Caen en 2014. Ce projet de halle gourmande, plus tard repensé en centre commercial au cœur de la ville, pour lutter contre la concurrence de la périphérie avait été porté dès sa première campagne. Huit ans plus tard, à défaut d'un premier coup de pioche, c'est un sérieux coup de canif qui vient d'être infligé à ce chantier.

Le 23 février 2019, l'opposition municipale, engagée alors depuis plusieurs mois dans une lutte contre ce projet (manifestations et recours devant la justice), avait fustigé "une opération commando choquante et outrageante", selon les mots de Xavier Le Coutour. "Cela me fait penser à Erdogan en Turquie et aux arbres de la place Taksim à Istanbul !", s'indignait le conseiller municipal. En l'espace d'une petite matinée, 45 des 49 tilleuls plantés après la seconde guerre mondiale sur la place de la République avaient été mis à terre par des monstres d'acier.

Avant noël, ça sentait le sapin

Ces travaux d'abattage, préalables aux fouilles archéologiques préventives puis à la construction du centre commercial, sont illégaux a tranché ce mardi 18 janvier la justice. Après avoir vu leur demande rejetée par le tribunal administratif de Caen en 2018, les écologistes n'avaient pas baissé les bras et s'étaient tournés vers la cour d'appel administrative de Nantes. En décembre dernier, une victoire semblait se profiler pour les opposants avec les conclusions du rapporteur de la cour d'appel. L'arrêté rendu cette semaine le confirme.

La cour d'appel administrative  estime que "ces travaux ne pouvaient être autorisés, après accord de l'architecte des bâtiments de France, que par le maire de Caen dans le cadre de la procédure de déclaration préalable prévue par le code de l'urbanisme (...) et non par le préfet du Calvados (ndlr : quand on se fonde sur le code du patrimoine)". De plus, l'arrêté municipal "n'a pas (...) été précédé d'un examen au cas par cas de la part de l'autorité environnementale afin d'apprécier si une évaluation environnementale était requise préalablement à la réalisation de l'ensemble du projet".

Une attitude "un peu princière"

Chez les écologistes, à l'initiative de ce recours, on est bien évidemment satisfait de cette victoire. Même si le mal est fait. "La cour administrative d'appel de Nantes confirme que cet abattage est illégal ce qui rend d'autant plus inacceptable que le maire de Caen ait procédé à cet abattage sans attendre la fin des recours contrairement à son engagement", déplore Rudy L'Orphelin, conseiller municipal EELV. "Depuis l'origine de ce projet, Joël Bruneau cherche à passer en force. Ce qu'on attend, c'est qu'il cesse cette attitude un peu princière. Le devenir de la place de la République doit s'imaginer en commun et pas seulement à quelques uns dans un bureau."

Car cette victoire en justice n'est qu'une première étape, veulent croire les opposants au projet défendu par le maire. Leur but : revégétaliser la place de la République. "Nous sommes convaincus que nombre de Caennaises et Caennais attendent autre chose pour cette place qu'un énième centre commercial. Ils attendent qu'on soit au rendez-vous de ce que sont les enjeux environnementaux du moment : qu'on soit capable d'allouer à tous ceux et toutes celles qui n'ont pas de jardin une parcelle de nature en ville."

Une municipalité peu loquace

Au lendemain du jugement rendu par la cour d'appel de Nantes, nous avons tenté de solliciter une interview de la municipalité de Caen. En vain. Il faudra se contenter d'un court communiqué. La Ville "prend acte" de cette décision de justice mais note que "l'arrêté ne juge pas l’opportunité du projet, ni l’enlèvement des arbres mais le fait que le préfet n’était pas fondé à prendre une telle décision." Elle continue d'évoquer "la parcelle destinée à accueillir, demain, un projet de halle gourmande, cinéma et des cases commerciales destinées à accueillir des locomotives", et déclare "prendre le temps nécessaire pour analyser" la décision rendue ce mardi par la cour d'appel administrative de Nantes.