À Caen, faut-il abattre les tilleuls de la place de la République ?

Des manifestants perturbent l'inauguration des aménagements urbains réalisés sur la place de la République dans le centre-ville de Caen le 23 novembre 2019. / © Pierre-Marie Puaud / France Télévisions
Des manifestants perturbent l'inauguration des aménagements urbains réalisés sur la place de la République dans le centre-ville de Caen le 23 novembre 2019. / © Pierre-Marie Puaud / France Télévisions

Un arbre en ville a-t-il aujourd'hui un caractère sacré ? L'inauguration des aménagements réalisés sur la place a été perturbée par des manifestants samedi après-midi. Ils s'opposent à la construction prévue d'une halle gourmande qui nécessitera l'abattage d'une cinquantaine de vieux tilleuls. 

Par Pierre-Marie Puaud

Une pluie de novembre tombe sur la place, froide, pénétrante. "Est-ce qu'on lance la mise en eau ?" s'enquiert le maire de Caen dans un exercice d'humour involontaire. Des jets d'eau jaillissent du sol, portés par des petites diodes lumineuses insérées dans les pavés. Au printemps, les enfants adoreront venir s'y rafraîchir. Joël Bruneau inaugure ainsi le réaménagement de cette place que son conseil municipal a voté au début de la mandature.
 


Mais la fête, déjà gâchée par un temps execrable, tourne au fiasco : les hurlements des manifestants couvrent les discours, leurs sifflets obligent le maire et les élus qui l'accompagnent à battre retraite. Une centaine de personnes du mouvement Extinction Rébellion et du collectif Unis pour le climat occupent la place. Face à quelques journalistes, Joël Bruneau tente de vanter sa politique de concertation. Il est pris à partie par quelques militants vociférant. "Si c'est ça leur conception de la démocratie..." lâche-t-il, dépité, avant d'être exfiltré.
 


Cinquante tilleuls au centre de la controverse


Le toilettage de cette place de centre-ville est depuis deux ans un sujet de crispation qui fait écho aux préoccupations de l'époque sur l'environnement et le réchauffement climatique. Sous la pluie, deux conceptions de l'aménagement urbain s'opposent.
 
Les tilleuls de la place de la République / © Pierre-Marie Puaud / France Télévisions
Les tilleuls de la place de la République / © Pierre-Marie Puaud / France Télévisions


La ville de Caen a souhaité revoir le fonctionnement de la place de la République en aménageant une esplanade sur la partie Est, celle qui vient d'être inaugurée, et en construisant une nouvelle halle à vocation commerciale sur la partie Ouest. Dès l'origine, le projet a suscité la controverse. Le bâtiment doit en effet être érigé en lieu et place d'un ancien parking arboré. Il faudra pour cela abattre cinquante tilleuls qui avaient été plantés après-guerre.

 

L'aménagement des villes à l'épreuve du réchauffement climatique



"Couper cinquante arbres pour créer un centre commercial, cela n'a aucun sens. C'est un truc des Trente glorieuses, c'est le passé", estime Christophe, porte-parole du mouvement Extinction Rébellion. L'esplanade qui s'inaugure sous la pluie n'est à ses yeux n'est rien d'autre qu'un "tapis rouge destiné à nous emmener vers le centre commercial". Et de poursuivre :


Un centre commercial, c'est plus de consommation avec des parkings, davantage de voitures, et toujours plus de béton. 




"Il faut que notre ville retrouve toutes ses fonctions. Il y a beaucoup de fonctions commerciales qui sont parties vers l'extérieur, des fonctions d'animation également", déplore Joël Bruneau. Nous souhaitons donner un nouvel attrait à la ville et ramener les gens de l'agglomération vers le centre, pour qu'ils aient plaisir à s'y promener. Et vous observerez qu'il y a aujourd'hui davantage d'arbres sur cette place qu'il n'y en avait".

 

Sur les bâches, la ville esquisse ce que sera la place une fois réaménagée. / © Pierre-Marie Puaud / France Télévisions
Sur les bâches, la ville esquisse ce que sera la place une fois réaménagée. / © Pierre-Marie Puaud / France Télévisions



L'argument ne convainc guère Rudy L'Orphelin, conseiller municipal écologiste et... candidat aux municipales. "On abat des arbres adultes dont on sait qu'ils ont un rôle crucial pour lutter contre la chaleur. On doit absolument protéger le patrimoine arboré. Les gens veulent des espaces de tranquillité et de silence. Là on réduit le citoyen au rôle de consommateur."

 



Le maire défend un bilan chiffré : "nous avons replanté deux mille arbres depuis le début du mandat". "C'est vrai, mais c'est très souvent en périphérie. Or on manque de parcs dans nos centres-villes" reprend le porte-parole d'Extinction Rébellion avant de filer pour une action dans un grand magasin, de ceux qui brillent de mille feux à un mois de Noël. Derrière des barrières de chantier, les grands tilleuls perdent leurs dernières feuilles d'automne. Le maire a promis qu'ils ne seraient pas coupés tant que les recours juridiques n'auront pas été tous examinés. À moins que l'affaire ne soit tranchée d'ici là, dans les urnes.
 


 

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