A Caen, les squats s'invitent dans le débat politique

Le conseil municipal de Caen
Le conseil municipal de Caen

La semaine dernière, un bailleur social a demandé qu'on coupe l'électricité dans un immeuble de la Grâce de Dieu occupé par des migrants. Cette décision a suscité l'indignation de l'opposition qui a interpellé le maire de Caen ce lundi soir en conseil municipal. 

Par Christophe Meunier

Depuis près d'une semaine maintenant, plus d'électricité ni d'eau chaude dans cet immeuble de la Grâce de Dieu, à Caen. Le bâtiment abriterait, selon l'assemblée générale de lutte contre toutes les expulsions, 160 personnes dont une soixantaine d'enfants. Certaines familles sont arrivées là après la fermeture du squat des marais, le 22 octobre dernier. C'est le bailleur social, "Caen-la-Mer Habitat" qui a demandé à Enedis de couper le courant. Le collectif d'aide aux migrants est indigné tout comme l'opposition municipale caennaise.
 
Ce lundi soir, en conseil municipal, certains élus n'ont pas manqué d'interpeller le maire sur ce sujet. "La Ville et l'agglomération doivent et peuvent faire plus" a ainsi déclaré l'élu écologiste (et tête de liste aux prochaines municipales) Rudy L'Orphelin. Pour Joël Bruneau, c'est la sécurité qui a motivé cette décision de couper l'électricité. "Je n'oublie pas par exemple qu'en 2014 lorsqu'il y avait un squat rue de Saint-Ouen un incendie a été arrêté juste avant qu'il n'atteigne une pièce où avaient été stockées 16 bouteille de gaz", rappelle le maire, "Les squats inorganisés ne sont pas une solution."

Si la question de la sécurité ne semble pas faire débat de part et d'autre de l'échiquier politique, les solutions d'hébergement, elles, divisent. Le collectif Assemblée générale de lutte contre toutes les expulsions recense 9 squats sur Caen. La préfecture du Calvados, elle, en annonce 11. Environ 300 personnes seraient hébergées sur ces sites dans des conditions pour le moins précaires.
 

113 logements vacants appartiennent à la ville affirme le conseiller d'opposition Eric Vève


Pourquoi ne pas ouvrir les portes des logements de fonction autrefois utilisés par les sapeurs pompiers ? C'est la question que soulève Eric Vève. Le conseiller municipal d'opposition souligne que la ville de Caen est aujourd'hui propriétaire des 86 logements de la caserne de la Folie-Couvrechef, "de trois à cinq pièces chacun". Ces logements doivent être détruits en janvier pour que le terrain puisse être cédé à Caen Habitat. Par ailleurs, les 28 logements de la caserne Canada dans le centre-ville "sont vides depuis 2016". Eric vève affirme en outre que 140 appartements (sur 10 000) appartenant à Caen Habitat sont aujourd'hui inoccupés.

"Plutôt que de laisser des personnes en grande détresse sociale occuper des squats indignes, précaires et parfois dangereux pour ne pas avoir à dormir dans la rue, ou occuper des appartements de marchands de sommeil, mobilisons notre patrimoine immobilier public disponible, écrit Eric Vève dans un communiqué. C’est un devoir moral et humaniste, au nom de la fraternité et du droit au logement."
 

Droit de réquisition ?


Certains élus réclament la réquisition de logements sains et vacants, comme la maternité du CHR Clémenceau. "Selon les chiffres de l'INSEE, il y a 5900 logements vacants sur la ville de Caen ce qui représente quasiment 10% du parc de logement à Caen", affirme le conseiller municipal communiste Lilian Bellet, "On demande au maire de prendre ses responsabilités face à des situations de détresse terrible et d'exercer son droit de réquisition pour permettre, au moins sur la période de la trêve hivernale, à ces personnes d'être dans le minimum vital.
 
A Caen, les squats s'invitent dans le débat politique

La procédure, exceptionnelle, a rarement été utilisée. Et surtout, selon Joël Bruneau, ne s'applique pas à la situation caennaise. "Il n'y a pas de problème de logement à Caen pour les personnes qui sont éligibles à un logement", affirme le maire, "Pour les gens qui sont en situation irrégulière, sauf à ce qu'on fasse changer la loi en France, la loi s'applique : quelqu'un qui n'est pas éligible au droit d'asile, parce qu'il vient d'un pays où il n'est pas en danger, retourne dans son pays."  Et c'est là tout l'enjeu car sur les 300 personnes qui vivent dans les squats de Caen, beaucoup ont été déboutés et ne savent pas où aller.

 

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