Covid 19, paroles de soignants : "c'est dur quand un malade demande à téléphoner à ses proches pour leur dire au-revoir"

Depuis un an, les situations de détresse liées au Covid se sont succédées dans les hôpitaux. Les soignants, en première ligne, ont du s'adapter au ryhtme imposé par la maladie. Le témoignage d'un rescapé, sorti du coma depuis peu, nous éclaire sur le fonctionnement des services, de l'intérieur.

Service réanimation du CHU de Caen. 10ème étage. Ce 17 février, allongé sur son lit Yves Bouchoucha a le sourire aux lèvres. Il est sorti du coma artificiel dans lequel il était plongé depuis trois semaines. Et il peut enfin parler. Alors, il le dit : "je suis un rescapé du virus". Un virus très agressif qui ne l’a pas épargné.
Les poumons, le foie et les reins, il est resté entre la vie et la mort durant ces jours passés dans ce service. Et il salue les héros de cet étage, tout le personnel à qui il doit la vie.

#MerciAuxSoignants
Cher réseau, j'ai été absent depuis le 24 janvier, date de mon hospitalisation pour une forme grave du covid. J'ai été admis en réanimation, mis dans le coma, et intubé. Je suis depuis début mars admis dans un centre de rééducation pour plusieurs semaines.
Je souhaite faire passer 2 messages : Tout d’abord, nous devons redoubler de vigilance. J’ai 52 ans, aucun facteur de fragilité, adepte des gestes barrière depuis janvier 2020. Ce virus est plus que jamais dangereux, et ne sélectionne pas ses victimes. Mais surtout, je souhaite remercier les soignants du service réanimation du CHU de Caen.
Au-delà du fait qu'ils m’ont sauvé la vie, j’ai vécu une expérience humaine incroyable. C’est une équipe de 40 professionnels, médecins, infirmiers, aides-soignants, kinés. J’ai été au cœur d'un système de soins parfaitement rodé, alliant technicité professionnelle, bienveillance et humanité, voire joie de vivre, malgré les souffrances extrêmes des patients, et le flux constant des admissions et des sorties.
La bataille n’est pas encore finie, nous devons redoubler de vigilance, mais surtout, n’oublions pas les soignants, nous les avons applaudis au printemps dernier, ils sont toujours là, professionnels, humains, et méritent notre admiration. #MerciAuxSoignants

Yves Bouchoucha

 

Yves, malade du Covid, est resté 3 semaines dans le coma

Pendant trois semaines, il a été allongé sur le ventre puis le dos. Avec des assistances pour respirer, manger, et aider ses reins, son foie. Autre secours, de taille : la musique et les mots doux de ses proches passés en boucle à ses oreilles. Une compilation réalisée par sa fille de 20 ans. Yves Bouchoucha en est sûr : cette vie sonore qui lui passait par la tête l’a sauvé.

Ce directeur adjoint de l’URSSAF en Normandie a 52 ans. Il était sportif et n’avait aucun problème de santé. Adepte dès le début de la pandémie des gestes barrières, il ne sait pas comment il a été contaminé par le virus. Il a eu les premiers symptômes et très vite sa température est montée à 40°. Transporté en urgences au CHU de Caen, il s’est "enfoncé" au point d’être plongé dans le Coma. Depuis sa sortie, il est en convalescence dans un centre spécialisé. Il n’a le droit de parler qu’une heure actuellement pour préserver son cœur.

Dans la chambre d’à côté, Madame C., est plongée dans le coma depuis trois semaines. Elle a moins de 40 ans. Mais elle souffre de "facteurs aggravants". Les soignants passent un temps infini à lui prodiguer tous les soins. Assistance respiratoire, dialyses, soins contre les escarres… Comme son voisin, elle passe les nuits sur le ventre et le jour sur le dos.

Le Covid a intensifié le travail en réanimation, du fait notamment du protocole sanitaire renforcé

Sophie Piel, infirmière en réanimation, passe son temps à se laver les mains ou à mettre des gants entre chacun de ses actes. Durant trois heures, elle prodigue les soins dans cette chambre confinée avec Nora, l’aide-soignante. Le quotidien est perturbé par le nouveau protocole sanitaire, renforcé et donc chronovore.

Dans ce service, le 17 mars 2020, au début de la pandémie, l’équipe a été scindée en deux. D’ un côté du couloir de ce 10ème étage, la "Réa-Covid", de l’autre, la "Réa classique". L’équipe COVID a été sur le front durant 9 mois. Elle a ensuite passé le relais à celle d’en face. Il y avait urgence à souffler un peu à l’arrivée de la 2ème vague à l’époque.
Epuisé mais toujours motivé, le personnel est sur le pont, sans relâche. Malgré la peur d’attraper le virus et de "l’emmener à la maison" comme le dit Sophie Piel.

Les pauses thé, café, déjeuner, permettent à tous et à chacun de décompresser un peu. Car il y a des moments durs. Comme ces patients qui, avant d’être intubés demandent à appeler leurs proches "pour leur dire au revoir", des situations très difficiles à vivre pour l’ensemble du personnel.
Sophie, elle, assume sa double vie qui lui permet de surmonter ces épreuves. Difficile d'oublier qu'un patient Covid sur quatre ne ressort pas du service de réanimation.

 

Quand elle enlève ses gants, sa blouse et son masque, elle quitte le CHU. "Sophie l’infirmière" redevient Sophie, jeune femme en route vers sa maison et sa vie de famille, où elle laissera le virus derrière elle pendant quelques heures. Madame C ne s'est jamais réveillée. Un choc pour l'équipe. Ce soir, une nouvelle fois, Sophie enlève son tablier.

 

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