Deauville. 80% des emplois supprimés à la blanchisserie Kalhyge de Saint-Arnoult

40 salariés mis à la porte sur 50 : le coup est très dur pour les employés de la blanchisserie Kalhyge basée à Saint-Arnoult, près de Deauville. D'une situation précaire avant la crise sanitaire à un gouffre économique désormais, le groupe francilien réorganise son activité partout en France.

L'entreprise de blanchisserie Kalhyge à Saint-Arnoult va licencier 80% de ses salariés.
L'entreprise de blanchisserie Kalhyge à Saint-Arnoult va licencier 80% de ses salariés. © Hervé KIELWASSER, MaxPPP

Ce n'est pas une fermeture mais ça y ressemble beaucoup. Un plan de licenciement vise 80% des salariés de la blanchisserie Kalhyge de Saint-Arnoult, près de Deauville. Ils seraient 40 à perdre leur emploi sur les 50 employés du site calvadosien. L'activité de ramassage et de nettoyage de linge devrait pourtant se poursuivre. Il est prévu qu'elle soit transférée vers Cherbourg et Rouen, où le groupe est déjà implanté. 

Le linge  va être ramassé ici sur Deauville au niveau du client Barrière, et des autres gros clients de l’hôtellerie, et il va être transféré aussitôt à Cherbourg. 180 km, 2h30 de route ! Donc où est l'économie quand on parle de logistique ? 

Jacky Gauvain, délégué CGT

Des draps, des serviettes, du linge de bain collecté à Deauville, puis blanchi à Cherbourg ou à Rouen avant de revenir sur la Côte Fleurie. Il semblerait que le coût du travail soit plus élevé que le coût écologique, et surtout moins rentable, de l'analyse des salariés de l'entreprise de Saint-Arnoult. Pas fous non plus, ils sentaient le vent tourner depuis quelques années.

110 emplois supprimés en France

L'activité de la blanchisserie normande a été modifiée en 2019 par le groupe Kalhyge, qui centre essentiellement le travail sur le traitement du linge des hôtels de luxe de la côte normande, au détriment de celui des hôpitaux. Le début des soucis selon les employés, car l'activité de l'hôtellerie est saisonnière.

Ils ne réparaient plus les machines, ils n'investissaient pas pour avoir du matériel plus moderne. On a toujours entendu qu'il fallait garder les cliniques parce que c'est ça qui allait nous maintenir... Et ils ont changé d'avis.

des salariées de Kalhyge à Saint-Arnoult

 

Le choix stratégique de délaisser le linge médical au profit de celui de l'industrie hôtelière a été fait au pire des moments, juste avant l'irruption de la pandémie de Covid-19. En tentant de se réorganiser pour redresser sa situation économique, le groupe Kalhyge a précipité sa chute. Aujourd'hui, il est contraint de se séparer de très nombreux salariés, partout en France, pas seulement en Normandie.

Le groupe a annoncé fin avril la fermeture des sites de Montpellier et de Blénain dans l'Yonne. Au total, ce sont 2 des 33 sites du groupe qui vont être fermés et 110 emplois supprimés, se désole Jacky Gauvain. 

L'usine était structurellement déficitaire avant la crise et cette dernière n'a fait que dégrader la situation économique du site. Celui-ci deviendra une plateforme logistique afin d'optimiser la capacité des unités de production de Cherbourg et de Rouen.

Service communication du groupe Kalhyge

 

Kalhyge a été créé en 2013 par la Mutuelle Nationale des Hospitaliers (MNH) qui nécessitait de générer des revenus annexes pour persister. Jusqu'avant la crise, l'entreprise s'étalait sur 42 sites en France pour 3 200 collaborateurs qui lavaient 550 tonnes de linge par jour, soit 250 000 vêtements traités quotidiennement. En abandonnant 

570 euros par années d'ancienneté

La direction a ouvert une négociation d'un accord majoritaire avec les délégués syndicaux centraux le 12 mai dernier. Actuellement, une reconnaissance de l'ancienneté à hauteur de 570 € par années travaillées dans l'entreprise est proposée aux salariés alors que les partenaires sociaux en réclament 1000 €. "Une honte" pour le délégué syndical CGT Jacky Gauvain. A Saint-Arnoult, la moyenne d'âge est de 48 ans, certaines "blanchisseuses" travaillent sur le site depuis une trentaine d'années.

"Ils nous ont traité d'illettrés, s'exclame une salariée en colère. On n'a pas de diplôme, c'est vrai, mais pendant 23 ans, on a tous fait fonctionner l'entreprise et ils peuvent nous remercier si elle a tenu jusque là"

Depuis octobre 2020, l'activité de l'entreprise est en sommeil, une large partie des salariés se trouve en chômage partiel. Dans la réorganisation prévue par le groupe MNH,  il ne restera que 10 salariés sur les 50, 4 dans l'administratif et 6 à la préparation clients. Un recours a des CDD et des intérimaires est envisagé par l'entreprise. 

 

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