Lisieux. Polémique après la fermeture par le maire du bar-brasserie Les Soeurs Pinard

Bar-brasserie à la mode à Lisieux, Les Soeurs Pinard a été fermé temporairement sur ordre du maire Bernard Aubril. / © France Télévisions
Bar-brasserie à la mode à Lisieux, Les Soeurs Pinard a été fermé temporairement sur ordre du maire Bernard Aubril. / © France Télévisions

C'est la polémique de cette fin d'année 2019 à Lisieux. Suivant un avis défavorable de la commission de sécurité, le maire Bernard Aubril a ordonné la fermeture du bar branché de la cité augeronne. Les gérantes et les clients sont vent debout, la municipalité invoque le principe de précaution.

Par Boris Letondeur

Ouvert en mars 2017, Les Soeurs Pinard est devenu le lieu incontournable de Lisieux, un établissement en vogue où se cotoient toutes les générations de la ville. Brasserie le midi, salon de thé l'après-midi, bar à vin le soir et même parfois scène de concert, l'endroit pensé et créé par Marie-Charlotte Bony et Ludivine Levray, deux amies trentenaires, ratisse large et plait à la population. Tout le monde en convient, son ouverture est un bénéfice pour le rayonnement de la cité de Sainte-Thérèse. Bref, les Soeurs Pinard fonctionnent à bon régime.

Alors, pourquoi cette fermeture ? 

 
  • Des travaux de mise aux normes sous-estimés
Lorsqu'elles ont repris l'affaire il y a près de trois ans, Ludivine et Marie-Charlotte s'installaient dans un local abritant auparavant Star Grill, un restaurant, classé ERP (établissement recevant du public) de niveau 5 N. Aujourd'hui, le lieu a vocation à accueillir d'autres activités, et un public plus nombreux. Au regard de la loi, il est donc devenu un ERP de niveau 4 N et L (restaurants et débits de boissons + salles d'audition, de conférences, de réunions, de spectacles ou à usages multiples). Une simple catégorie d'écart mais un fossé au niveau des exigences de sécurité. Le budget de mise aux normes des installations s'est donc révélé plus important que prévu, d'autant que les repreneuses ont récupéré un établissement "dans un état déplorable". 
  • Des soucis de communication
Dans une "volonté de bien faire", elles sollicitent "de leur propre initiative" la commission de sécurité pour une inspection des lieux. Après une première visite technique alarmante d'un pompier préventionniste à l'été 2017, une commission intervient en janvier 2018, par injonction de la mairie devant la passivité des gérantes à réaliser les travaux conseillés par le spécialiste. Elle constate 28 points de non conformité et délivre un avis défavorable à la poursuite de l'exploitation si des travaux de mise aux normes ne sont pas effectués. A ce moment, un échéancier est instauré, avec un terme pour fin 2019. En deux ans, 30 000 € de travaux sont effectués mais les finances sont restreintes et il en reste encore à faire. Dans le même temps, la communication est difficile entre le bar et la municipalité, personne ne prenant la peine de se déplacer pour rencontrer l'autre. 
  • Du retard dans les travaux
Autre problème, il manque des certificats aux gérantes, sur des oeuvres réalisées avant et après leur arrivée. Dans l'échéancier, il était prévu que l'établissement ferme durant 15 jours au mois de novembre dernier pour effectuer les derniers travaux. Par souci de trésorerie, les gérantes n'ont clôt le commerce qu'une semaine, prévoyant d'achever la mise aux normes début janvier. Sauf qu'entre-temps, la commission de sécurité est passée, le 12 décembre. Evidemment, elle a constaté notamment que l'isolement des tiers, de la cuisine et de la chaudière n'était pas réalisé. D'où le nouvel avis défavorable  pour "risque intolérable" et la demande de fermeture administrative demandée au Maire de Lisieux
  • Une fuite de gaz fin octobre
Le dimanche 27 octobre, le magasin est fermé quand les pompiers sont alertés d'une fuite de gaz dans le batiment. Après enquête, il s'agisait d'un acte de malveillance, le conduit d'aération de la chaudière donnant sur la rue ayant été détérioré par un passant dans la nuit. Toutefois, bien qu'il ne puisse pas être imputé aux gérantes, cet évènement pourrait avoir déclenché le passage anticipé de la nouvelle commission de sécurité. 

Le Maire avait-il le choix ?

 
  • La sécurité avant tout
Alerté par un courrier de la sous-préfecture notifiant un "risque intolérable", Bernard Aubril a ordonné jeudi 26 décembre la fermeture administrative temporaire des Soeurs Pinard. A la tête de Lisieux depuis près de 20 ans, le maire se devait de prendre en compte les risques encourus par ses habitants, il en va de sa responsabilité, sachant que lui-même, ainsi que la commune pourraient être condamnés si un accident survenait. Sa décision sanctionne aussi les engagements non-tenus par les gérantes du bar-brasserie au cours des deux dernières années. Aux yeux de la municipalité, leur passivité pouvant se confondre avec une forme de négligence. 

"Je ne fais pas ça de gaieté de coeur, mais je préfère être là pour dire pourquoi on a pris ces mesures là plutôt que d'être là pour dire, en larmes, qu'il y a eu un dramatique accident dans un établissement de Lisieux qui n'était pas aux normes". Bernard Aubril, maire de Lisieux
 

L'édile a pris cette mesure d'urgence, quelques jours avant le réveillon du nouvel an. Une très mauvaise nouvelle pour les Soeurs Pinard pour qui ce devait être l'une des plus grosses soirées de l'année. Cent couverts avaient été réservés. 
  • Un timing et un amalgame malvenus
Ordonner la fermeture du bar au lendemain de Noël n'était certainement pas du meilleur effet. Convoquer la presse locale au moment même où l'huissier signifiait la décision aux gérantes non plus. Comparer les Soeurs Pinards au Cuba Libre encore moins. L'établissement lexovien n'est peut-être pas entièrement aux normes mais il est très éxagéré, même déplacé d'utiliser le drâme du bar de nuit rouennais aux 14 morts pour justifier la décision de fermeture. Le café-bistrot de l'avenue Sainte-Thérèse n'est pas une discothèque en sous-sol sans aucune ouverture (il y en a quatre), et ses dirigeantes sont loind'être aussi désinvoltes, ignorantes et irresponsables que les frères Boutrif.
  • Aurait-il fallu fermer les Soeurs Pinard plus tôt ?
La question se pose. Pourquoi avoir laissé ouvert l'établissement pendant près de trois ans s'il était aussi dangereux ? Comment justifier sa fermeture maintenant qu'il l'est nettement moins et que les derniers travaux de mise aux normes doivent avoir lieu dans 10 jours ? Aurait-on dû autoriser l'enseigne à ouvrir sachant que ses clients encouraient des risques ? A la Mairie, on se retranche derrière "l'économie libérale et le droit d'installation" ou encore derrière "le système qui fonctionne comme ça", ce qui est un problème. 

Les Soeurs Pinard, enjeu politique ?

Ouvert il y a trois ans à peine, les Soeurs Pinard n'est pas un lieu comme les autres, vous l'aurez compris, certains politiques aussi à l'approche des élections municipales. Candidat à la mairie lexovienne, le député Sébastien Leclerc (LR) y a tenu un café-débat. Egalement dans la course pour détronner Bernard Aubril, Clotilde Valter (PS) est une cliente régulière. Quant à Mélissa Lebreton (LREM), elle n'est autre que la cousine d'une des gérantes. L'ordonnance de fermeture du bar-restaurant n'est peut-être qu'une coïncidence mais elle va, à coup sûr, alimenter le feu d'une campagne qui s'annonce ardente avec pas moins de six candidats déjà déclarés. 

 


 

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