Deauville : du record des ventes de yearlings aux belles histoires de trotteurs qui gagnent

Les ventes de yearlings en trot à Deauville sont moins connues que celles des galopeurs en août. Elles drainent aussi un public et des acheteurs très différents. / © F-m.L
Les ventes de yearlings en trot à Deauville sont moins connues que celles des galopeurs en août. Elles drainent aussi un public et des acheteurs très différents. / © F-m.L

Le record du prix de vente est tombé à Deauville. Le trot reste encore bien loin des montants déboursés pour les galopeurs. L’édition 2018 restera dans les mémoires avec un nom, Hunter Valley, soeur de Bold Eagle et fille de Charly du Noyer. Et des promesses de courses à gagner. 

Par Frédérique-Marie Lamouret

Vendredi 7 septembre, un peu avant 15h. La pouliche baie entre sur le rond. C’est LE rendez-vous de la journée des ventes de l'Arqana. Le commissaire priseur n’a pas à forcer son talent pour aller chercher les acheteurs. Les enchères montent. Et montent vite. Par coup de 20 000 euros. Entre la salle et le téléphone. A mesure que les prix grimpent, le public de connaisseurs venu en nombre retient son souffle. On sent la tension, le record qui va tomber. Il n’y a plus que la psalmodie du speaker. A 14h54, le marteau tombe, Hunter Valley, jusque là propriété de Jean-Etienne Dubois, est adjugée à 400 000 euros. Applaudissements dans la salle.
 
 


Le galop, un autre monde

400 000 euros, c’est donc ce que vient de débourser la société de courtage en chevaux de course Langlais Bloodstock pour l’acquisition du numéro 377 du catalogue 2018. Un record jamais atteint pour un trotteur. Un succès qui succède à un autre puisque déjà mercredi 5 septembre, un yearling, élevé dans le Calvados, a été acquis pour 320 000 euros. Deux sommes énormes pour le trot. Relatives si on les compare au monde du galop. Il faut dire que chez les pur-sang on a mis la barre haut le 16 aout 2015 avec un poulain vendu pour 2,6 millions à l'émir de Dubaï, Mohammed bin Rashid Al Maktoum. Et que dire de deux des poulains de Storm Cat, l'étalon américain aux saillies les plus chères du monde (25 000 dollars) vendus en 2004 et 2005, respectivement 8 et 9,7 millions de dollars...



Bold Eagle et Charly du Noyer, des parents en or

Alors c’est vrai 400 000 euros, c’est une somme très importante. Mais au regard de ses papiers et de sa lignée, la logique prévaut. « Elle est la 3/4 soeur de Bold Eagle, par Charly du Noyer, les deux étalons du moment. Deux jeunes géniteurs qui trustent les victoires sur les plus grandes pistes françaises » souligne Thomas, vétérinaire, fin connaisseur et amoureux de cette race française, qui exerce dans le Perche. 
 

Bold Eagle, Charly du Noyer, deux noms que l’on voit apparaître donc souvent sur les portes de box parmi les 500 poulains mis en vente à L’Arqana.
 
Hunter Valley, fille de Charly du Noyer par Ready Cash. 377 un numéro au catalogue qui a couté 400 000 euros. / © F-m.L
Hunter Valley, fille de Charly du Noyer par Ready Cash. 377 un numéro au catalogue qui a couté 400 000 euros. / © F-m.L
 

Le nombre de victoires, donc le montant des gains (800 000 € pour le papa, 4 millions pour le frère) sont des arguments de vente et induisent énormément de saillies. 


Et donc un nombre de naissances (par insémination)  impressionnant : « une centaine de poulains par an pour chacun de ces 2 étalons en France et autant à l’étranger ». Le trotteur français fait rêver, et s’exporte bien notamment en Suède et en Italie.



Une activité encore accessible

Des prix raisonnables qui permettent d’être encore à la portée d’amateurs éclairés. « Cette spécialité reste encore accessible à Madame ou Monsieur Tout-le-Monde. Dans nos campagnes, ils ne sont pas rares les "petits" éleveurs et ou entraîneurs à profiter de leurs connaissances, de leur expérience, de quelques arpents de terres, pour s’adonner à leur passion et driver dans des courses plus modestes. »
 


De belles histoires pour découvrir des vrais champions

Quelques belles histoires loin des chèques à 6 chiffres existent encore. « Il est possible d’acquérir un yearling pour 6, 7 ou 8 000 euros dans des ventes secondaires, comme à Caen et de gagner. Trouver le jeune inconnu qui va devenir un vrai champion. Timoko par exemple. Personne n’en voulait de ce poulain. A l’arrivée il a gagné 5 millions en courses ! » sourit Thomas. Le phénomène, reste exceptionnel bien sûr mais les exemples font espérer.  Les meetings de trot sont nombreux en France à toutes les saisons.
 

« Pour faire une petite fortune en course de trot, il faut en avoir une grosse » sourit-il. C’est le cas de Pierre Pilarski, propriétaires de nombreux fast food. « Il a acquis 3 jeunes pour 1 million d’euros. Dont un débutant : dans le lot, il y avait Bold Eagle. Là c’est le jackpot  ! » confie-t’il en riant.



Une race préservée mais peu sujette aux évolutions

Le trot reste un monde peu ouvert aux évolutions. Certes l’insémination est permise contrairement au galop, mais à l’inverse du cheval de sport, la congélation y est interdite, tout comme les transferts d’embryons . « Le nombre de saillies est donc stable. Cet encadrement strict représente également un frein pour les éleveurs étrangers qui doivent transporter leurs reproductrices. Le trotteur Français reste Trotteur français. L’apport des « améliorateurs de race » chez le Selle Français par exemple a permis des évolutions notables » conclut Thomas.
 


La génétique est-elle la martingale ?

La pouliche Hunter Valley est partie de Deauville en ayant fait rêver de nombreux visiteurs quelques heures durant. Elle a été achetée sur son modèle, plutôt joli, mais surtout sur ses papiers. C’est la lignée, qui a fait l’intérêt et le prix. Il y aura les aléas de l’entraînement et des courses. L’avenir dira si le capital génétique sera aussi suffisant pour faire d’elle la championne espérée. Car on le sait, la génétique n’est pas une science exacte, et donc pas la martingale assurée.

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