Pourquoi apprendre la langue des signes (LSF) au collège ? Réponse à Condé-en-Normandie

C'est une initiative rare dans la région. A Condé-en-Normandie, les collégiens de 5ème et 4ème commencent à parler la langue des signes. Ce n'est pas une simple initiation mais un programme complet dispensé par des formateurs spécialisés. L'objectif est multiple. 
Un élève malentendant en classe de 6e échange en langage des signes avec son professeur principal de français le jour de la rentrée des classes, le 04 septembre 2006 à l'Institut National des Jeunes Sourds (INJS) à Paris.
Un élève malentendant en classe de 6e échange en langage des signes avec son professeur principal de français le jour de la rentrée des classes, le 04 septembre 2006 à l'Institut National des Jeunes Sourds (INJS) à Paris. © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
Depuis une semaine, Marie et Camille, toutes deux élèves de 4ème, savent épeler leurs prénoms et dire "Bonjour" en langue des signes. "C'est simple, il suffit de faire partir la main du menton et l'ouvrir vers l'autre", décrit Camille.

Ce signe illustre parfaitement bien l'un des objectifs espérés :  "L'ouverture aux autres et à des personnes différentes de soi.", explique le directeur de l'établissement Jean-Luc Delbani.
 
Apprendre la langue des signes LSF : salutations bonjour bonsoir ça va bonne journée

"C'est intéressant car si je suis amenée à rencontrer une personne sourde, je pourrais quand même communiquer, la comprendre et me faire comprendre" raconte Marie, enthousiaste à l'idée d'apprendre une nouvelle langue une heure par semaine. 

Les cours commencent donc par ce signe tous les vendredis matins pour une cinquantaine d'élèves. Les professeurs sont des formateurs sourds et spécialisés, qui s'appuient sur des vidéos, pour enseigner leur langue. "Ce n'est pas juste une sensibilisation, nous voulons amener nos élèves à passer leur niveau 1 et 2 en langue des signes et l'an prochain, ils pourront, à leur tour, initier leurs camarades du primaire".

Si la plupart des élèves ne fréquentent pas "encore" de copains atteints de surdité, cette pratique présente plusieurs avantages, d'après le directeur, à l'intiative de ce projet : "Cela va permettre aux jeunes d'enrichir leurs compétences et de s'ouvrir à des personnes atteintes de handicap. Cela va les inciter à aller vers l'autre et rompre leur isolement. La langue des signes apprend à nos élèves à mieux écouter, à mieux regarder et réfléchir, à prendre un peu de recul avant de répondre et c'est très important. "
 
Les élèves du collège "Le sacré coeur" ont cours tous les vendredis matins, à raison d'une heure par semaine
Les élèves du collège "Le sacré coeur" ont cours tous les vendredis matins, à raison d'une heure par semaine © GROUILLE PIERRE-JEAN/BENELUXPIX/MA/XPPP


Après une séance, Camille et Marie ressentent déjà les intérêts de la communication non-verbale : " La langue des signes nous conduit à mieux cerner les expressions du visage, à comprendre ce que la personne exprime intérieurement."

Un exercice ô combien pratique en ces temps d'échanges masqués ... où un simple regard peut en dire long !

La langue des signes à l'école 

Interdite d'enseignement jusque dans les années 70, la LSF a été reconnue comme langue à part entière en 2005 et suscite, depuis, un intérêt croissant chez les élèves entendants.

En 2008, près de 200 candidats avaient choisi cette option pour le bac. Onze ans plus tard, en 2019, ils étaient dix fois plus nombreux. Axel, élève de terminale, confiait cette année là à l'AFP  :  "la LSF apporte une nouvelle façon de penser. On ne pense plus avec des mots mais avec des images. Cette langue permet de "libérer son corps"

La LSF est désormais enseignée dans 61 lycées en France. Cette formation est très appréciée chez les candidats qui se destinent à la médecine ou une profession para-médicale. 







 
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