Comment faire vivre une commune et lutter contre la désertification ? Les exemples normands

Illustration d'un restaurant à vendre dans le milieu rural / © IP3 PRESS/MAXPPP
Illustration d'un restaurant à vendre dans le milieu rural / © IP3 PRESS/MAXPPP

Redynamiser les centres-bourgs, une cause perdue ? Nombre de communes en Normandie veulent prouver le contraire. Pour lutter contre la désertification des commerces et services publics, les collectivités investissent et n'ont pas dit leur dernier mot. 

Par Marie Bail

Acheter ses billets de train à la mairie ? Ce sera bientôt possible à Vire dans le Calvados. A partir du 1er décembre prochain, la commune a annoncé qu’elle vendra à son guichet des billets de train, de toutes les lignes françaises, à la place de la SNCF. La collectivité s’est engagée à reprendre deux guichetières, actuellement en contrat avec l’entreprise ferroviaire pour s’occuper de la vente. De son côté, la SNCF reversera à la ville une commission à hauteur de 6 % sur la vente des billets. Objectif : pallier le manque de la gare, peu fréquentée, qui a vu disparaître guichets et agents SNCF à temps plein. L'initiative, temporaire selon la mairie, ne réjouit par tous les habitants comme en témoignage ce tweet d'un collectif local :
 


Ce type d’expérimentation n’est pas nouveau dans la région. En effet, la ville de Villedieu-les-Poêles (Manche) avait déjà noué l’année dernière, un partenariat avec la SNCF. Ainsi, l’office du tourisme communal avait pris le relais pour la vente de billets via une borne, un guichet et une présence humaine. Mais l’expérience a rapidement tourné court, la commune ayant annulé sa convention de partenariat avec la SNCF en juin dernier. 

"Finalement, l'offre de la SNCF n'était pas adéquate car les usagers ne pouvaient pas renouveler leurs abonnements ni acheter des billets hors Normandie, ce qui ne répondait pas aux atttentes de nos habitants", justifie Charly Varin président de Villedieu Intercom. La collectivité a installé deux systèmes informatiques à l'office du tourisme et la maison des services de la ville. Toutefois, un employé reste présent pour guider ceux qui peinent à utiliser le site de réservation de billets.

Beaucoup ne maîtrisent pas les achats de billets en ligne ou via les bornes automatiques. Nous restons dans notre mission de service au public et de lutte contre la fracture numérique, insiste l'élu de la Manche.


Environ une dizaine de personnes, surtout âgées, ont recours à ce service chaque semaine. 
 

Les stations-services, l’autre atout des mairies


La France comptait 41 500 stations-service en 1980 contre 11 269 en 2018. Chaque année, des dizaines d'entre-elles disparaissent et de plus en plus de villes se trouvent privées de pompes. Face à ce phénomène de désertification, des communes se mobilisent, n'hésitant pas à rouvrir une station-service gérée par la collectivité.

Dans l’Orne, la commune de Val-au-Perche par exemple s’est lancée dans ce pari. Après la fermeture d’un supermarché et de sa station-service en 2011, la mairie décide d’en construire une. Elle investit environ 300 000 euros dans le projet (aidée par l’Etat à hauteur de 400 000 euros supplémentaires). Soucieuse d’offrir des prix compétitifs, la station-service propose les mêmes prix à la pompe que les autres. Depuis, la mairie constate une fréquentation élevée.

Ce projet répondait à un réel besoin des habitants car nous sommes dans une zone industrielle. Il y a donc un besoin en carburant pour les salariés de ces entreprises mais aussi de la part des poids-lourds , affirme Marc Bugey, élu à la mairie de Val-au-Perche.


D’autres communes gèrent à 100% leur station-service, sans aides de l’Etat, comme à Bourth dans l’Eure. La commune a financé à 100 % les 466 000 € d'investissement.

L'idée n'est pas de faire des bénéfices, c'est de donner la possibilité à nos concitoyens de trouver sur place des services de proximité [...] et surtout de faire vivre les commerçants, explique Jacky Vivier, maire de la ville au micro de France 3 Normandie.

 


"Racheter les commerces"


D’autres mairies achètent des locaux pour lutter contre la désertification de leur commune. A Bretoncelles, dans l'Orne, les commerces représentent une priorité de la politique locale. Le maire David Lambert a décidé de racheter les commerces qui fermaient. "Dès qu'on avait des soucis avec nos commerces, on a racheté l'immobilier, fait des travaux et trouvé des repreneurs...", détaille l'élu. Ainsi, une boucherie, une épicerie, une quincaillerie et une station-service appartiennent désormais à la commune. Même une boulangerie et un traiteur bio ont récemment ouvert leurs portes ! A leur tête, pas d'employés municipaux mais des entrepreneurs. Un véritable exploit pour cette petite commune de 1 500 habitants. "Notre objectif est simple: aucun commerce ne doit fermer", sourit David Lambert qui refuse que son village deviennent un "dortoir". D'ailleurs, la mairie affirme avoir "gagné" deux cents âmes de plus depuis la mise en place de sa politique il y a dix ans. Pour mener à bien ces projets, le budget est essentiellement financé par la commune. "Prioriser les commerces revient à laisser un peu de côté les dépenses sociales ou la culture mais jusqu'à présent, aucun de mes administré n'est venu se plaindre", assure l'élu.

Autre exemple encore dans l'Eure où un maire, Benoît Hennart, avait personnellement souscrit à un crédit de 200 000 euros sur 20 ans pour garder un bar dans son petit village.

Notre reportage à retrouver ici :


Pour aller plus loin, un feuilleton sur la désertification des services et des commerces dans le monde rural. Cette nouvelle série nous emmène aux confins de la Manche et de l’Orne, aux abords de la Mayenne dans quatre communes : Le Teilleul, Barenton, Saint-Cyr-du-Bailleul et Saint-Georges-de-Rouelley 
 

 

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