Covid en Normandie: les visites des familles suspendues dans les centres de lutte contre le cancer

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Écrit par Alexandra Huctin
Dans les centres anti-cancer normands, le bénéfice risque a basculé cette semaine du côté de l'interdiction des visites extérieures, en chambre.
Dans les centres anti-cancer normands, le bénéfice risque a basculé cette semaine du côté de l'interdiction des visites extérieures, en chambre. © JEAN-MARC LOOS / MAXPPP

Alors qu'Omicron a fait bondir le nombre de contaminations en Normandie (+ 242% de taux d'incidence cette semaine), les centre François Baclesse à Caen et Henri Becquerel à Rouen interdisent depuis ce 6 janvier 2022 les visites aux familles. Une décision délicate alors que les patients ont dans cette épreuve besoin de leurs proches.

"On n'a pas eu le choix. C'est difficile mais on se doit de protéger nos patients extrêmement fragiles à cause de la maladie ou des traitements qui bouleversent leur système immunitaire", explique l'oncologue Carine Segura du Centre François Baclesse à Caen. 

Une personne atteinte d'un cancer, en thérapie ou qui vient de terminer ses traitements depuis moins de 6 mois, est particulièrement exposée : le risque de développer une forme grave est important et la vaccination protège moins, tant les anticorps sont bouleversés dans ces organismes fragilisés.

Certains ont fondu en larmes d'autres se sentent rassurés

Depuis ce jeudi 6 janvier, la vie des malades du cancer suivis à Baclesse est profondément modifiée, voire bouleversée. La porte de leur chambre ne va plus s'ouvrir sur le sourire d'un visage familier. Dans ces périodes de lutte intense, où l'on a besoin de toutes ses ressources physiques et mentales; la main, le regard, les mots d'un proche n'ont pas d'égal. C'est un élément déterminant pour garder le moral. Et le mental est primordial dans le combat contre la maladie, personne ne vous dira le contraire.

"Certains malades ou certains proches ont fondu en larmes quand on leur a annoncé la suppression des créneaux de visites. C'est très dur pour nous. On est conscient du sacrifice que ça représente. C'est la double peine. Mais d'autres nous ont avoué se sentir rassurés."

Plusieurs cas se sont déclarés au sein de l'établissements depuis fin décembre. Et le centre François Baclesse a réuni ses médecins pour se positionner : faire plus que les directives nationales pour limiter la propagation du virus. L'application de la décision a commencé le 6 janvier 2022 pour deux semaines.

A Caen et à Rouen aussi

Les patients vont devoir se mettre à l'isolement. Les services fonctionneront à huis clos. Les visites sont suspendues. Le Centre Henri Becquerel à Rouen a fait le même choix. 

Dans ces centres, il y a des malades du cancer en traitement avec de grandes chances de guérison et des gens en soins palliatifs qui ont pour soucis de résister le plus longtemps possible sans traitement. "On ne peut pas les exposer plus que cela."

Et pourtant, dans la commune voisine d'Hérouville Saint Clair, Abiven, l'Unité Régionale de Soins Palliatifs, n'a pas fait le même choix. Dans ce service, aucun contrôle, aucune interdiction. Le bénéfice-risques évalué, place le lien familial au-dessus de tout, quand il n'y a plus de guérison possible.

Plus strict que la directive nationale

Les nouvelles règles d'isolement sont-elles assez strictes pour les établissements de santé alors que l'on sait que le gouvernement autorise les soignants positifs à venir travailler ?

Au centre François Baclesse, ce n'est pas franchement la question en interne. "Nos soignants malades pour le moment restent chez eux. Demain nous serons peut-être trop en tension pour continuer mais pour le moment ici c'est notre fonctionnement pour être cohérents."

La règle n'est pas la même partout 

Au CHU de Caen, où se trouvent également des patients atteints de maladies graves et parfois incurables, la règle est toute autre. Peu de changements depuis cet été :  "Les visites sont limitées à 1 visiteur par jour et par patient pendant 1 heure maximum et dans le strict respect des gestes barrières sur validité exclusive du pass sanitaire."

A Cherbourg, l'hôpital a tout verrouillé depuis plusieurs semaines déjà : l'interdiction des visites remonte au 27 décembre 2021, avec un aménagement en pédiatrie et à la maternité.

Le CHU de Rouen s'est interrogé. Une cellule de crise a même eu lieu ce jeudi 6 janvier. Mais il a été décidé de laisser en l'état la règle d'entrée dans l'établissement : une visite par jour d'une heure avec deux personnes maximum. 

Bien évidemment, plus que jamais il est important de rappeler l'importance des gestes barrières actuellement dans nos services hospitaliers. Le port du masque est essentiel. Chacun doit s'autodiscipliner à cette période où la circulation du virus est au maximum. "Et nous savons que nous serons au pic de l'épidémie dans les deux prochains semaines."

Rien que la semaine dernière nous avons constaté la contamination de deux malades dans leur chambre. La raison? Des visiteurs qui ne portaient pas le masque dans la chambre. On n'a pas eu le choix même si ça nous fait mal au cœur de séparer nos patients de leurs proches. Il a fallu débattre de longues heures en comité éthique. Et nous n'étions pas tous d'accord.

Carine Segura, oncologue à François Baclesse

Avec un taux d'incidence qui a fait un bond record de 242% en Normandie ces derniers jours (source ARS), les mesures de précaution peuvent encore évoluer, dans de nombreux établissements qui reçoivent du public et des personnes fragiles.  

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