Patrimoine régional : la langue normande va-t-elle disparaître ?

Publié le
Écrit par Mathilde Riou et Julie Howlett

La langue normande est classée parmi les langues « sérieusement en danger » par l’Unesco. Une association basée dans l’Eure milite pour la sauvegarde et la valorisation de la langue normande.

Savez-vous parler normand ? Ou le comprendre ? La langue de notre région n’est parlée que par 30.000 personnes du pays de Caux aux îles anglo-normandes. Elle se scinde entre différents parlers. Des variations lexicales peuvent apparaitre à très peu de kilomètres de distance. On peut distinguer :

  • le Cotentinais (Cotentin), 
  • le Brayon (pays de Bray : Seine Maritime et Oise),
  • le Cauchois (pays de Caux),
  • le Nord-Cauchois,
  • le Roumois et l’Augeron (dans le pays d’Auge), aujourd’hui quasiment disparu.  

L'association euroise La Chouque milite pour la sauvegarde et la valorisation de la langue normande. Régulièrement, elle propose des cours de langue normande, des ateliers dans les écoles et centres de loisirs autour de jeux et de contes normands et des cafés normands. Retrouvez les dates des prochains évènements en cliquant-ici.  

Dimanche 12 décembre, nous nous sommes rendus à Brionne à l'un de ces goûters normands. Pascal Grange, le Président de l'association La Chouque nous rappelle l’importance de ce patrimoine vivant : « C’est important car quand on sait d’où on vient, on sait où on va. Ça fait partie du patrimoine normand au même titre que les églises, les chapelles, les châteaux, la gastronomie…»

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L'association euroise La Chouque milite pour la sauvegarde et la valorisation de la langue Normande. Elle propose des cours de langue normande, des ateliers dans les écoles et centres de loisirs autour de jeux et de contes normands et des cafés normands. Reportage à Brionne un gouter normand était proposé avec des jeux, des chants et des contes pour un moment de convivialité autour de la culture et de la langue normande. Julie Howlett et Dounia Sirri. ©France 3 Normandie

Le déclin du normand comme des autres langues régionales en France a débuté dès les années 1880, quand les lois Jules Ferry, ont rendu l'enseignement public gratuit, obligatoire et laïc. Le français est devenu la seule langue en usage à l'école :

Il a fallu se mettre à parler en français. Les enfants qui parlaient normand étaient punis. On se moquait d’eux. Même s’ils ne parlaient pas mais n’utilisaient que des mots en normand, on les corrigeait. Donc petit à petit forcement on abandonne.

Joëlle Leroy, Secrétaire de l'association La Chouque

Lors de ce goûter, la militante a conté, en normand, la légende de Saint-Nicolas :  

Si l'identité régionale est bien plus forte en Bretagne, au Pays Basque ou en Corse, ces Normands comptent rattraper leur retard. La réunification normande de 2015  est pour eux un nouveau départ : « Maintenant qu’il y a eu la réunification on est très content en Normandie parce qu’on va essayer de faire revivre tout ça : que ce soit la langue et l’esprit normand. L’esprit normand, c’est conquérant ! On a eu des inventeurs, on a eu Guillaume le Conquérant. L’idée c’est que la Normandie soit une identité » Freddy Lemoine    

L'histoire de la langue normande

Le Normand n'est enseigné que dans un seul établissement dans la Manche. Tous ici espèrent que leur langue reprenne vie. Le normand est une langue romane, à 80 % issue du latin. Elle s’est mâtinée de quelques termes saxons ou vikings, au gré des apports de l’histoire. Elle a embarqué avec les Normands partis découvrir le continent américain et se retrouve encore aujourd’hui jusqu’au Québec et dans le parler créole réunionnais.

L’histoire retiendra que le Duc de Normandie, devenu Guillaume le Conquérant lorsqu’il fut couronné roi d’Angleterre le 25 décembre 1066, fit du normand la langue du pouvoir et qu’elle devint la plus utilisée dans la littérature anglaise aux XIe et XIIe siècles.

Quelques règles de prononciation

(source : www.normandie.fr/la-sauvegarde-des-parlers-normands)

Devant un é ou un i, qu se prononce tch (qui se lit tchi) : eun quoeu se dit un tcheu.

Qu peut aussi se prononcer que (quétoun se lit quéton)

Gu se prononce gue : guette (regarde) se dit djette.

Le h peut aussi ne pas se prononcer (hivé se lit ivé)

Yin se prononce yi ou i. Quyin se lit tchyi ou tchi.

Men se prononce man devant une consonne ou un h aspiré;

m’n devant une voyelle ou un h muet (de même pour ten, sen).

Les se prononce lé devant une consonne ou un h aspiré ;

l’z devant une voyelle ou un h muet (on écrit les éfaunts , on dit l’z éfaunts).

Le e sans accent se ne prononçant pas, belin se dit blin.   

Et si vous voulez parler d’un sujet récurrent en Normandie, à savoir la pluie, voici quelques expressions :

"Eune puchie" se situe entre la simple pluie et l'averse.

"Eune ondaée", de même qu' "eune tapaée", c'est une averse passagère. Elle devient "eune harée" si elle se fait plus dense, ou "eune pichée", ou "eune dégelée". "Eune grêlaée", c'est une averse de grêle.

"Eune chilaée", c'est une sacrée averse ! Mais il y a plus fort : la "lâchie", quand le vent s'en mêle, et surtout "l'afllas d'iâo" ou "l'achanaée", le summum !

S'il pleut abondamment, on dit qu'il "verse", ou qu'il "vase", ou que "cha tumbe à crase", ou encore que "cha décllaque" (Denys Corbet, Guernesey), que "cha délache" ou que "cha déquerque" (Val de saire). "Acrasaer de plleure", c'est pleuvoir à verse (Maurice Fichet). "Versaer coume la mé", quand il pleut à verse.

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