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“Vous êtes un sans-papier !”

© France 3 Basse-Normandie
© France 3 Basse-Normandie

Pour faire renouveler son titre de séjour, Marie-Christine Chrétien découvre le sort réservé aux étrangers. Témoignage.

Par Pierre-Marie Puaud

Elle vit à Vire, avec ses trois enfants, français, nés en France. Marie-Christine est de nationalité mauricienne. C'est une enfant de la DDASS, arrivée de l'île Maurice à l'âge de 4 ans. Jamais elle n'a demandé sa naturalisation française, "par négligeance". Aujourd'hui âgée de 38 ans, elle ne parvient pas à faire renouveler son titre de séjour.

"Il me faudrait une carte d'identité mauricienne, dit-elle. J'ai demandé à l'ambassade, ils m'ont dit d'aller à Maurice pour remplir le formulaire ! J'ai demandé si ils payaient le voyage..." Aujourd'hui, rien ne rattache Marie-Christine Chrétien à son île natale : "Je ne connais personne à Maurice. Ma vie est ici, je n'ai rien à faire là-bas".

Depuis que son titre de séjour n'est plus valide, Marie-Christine ne peut plus travailler. Elle n'a plus droit à aucune indemnité de Pôle Emploi "parce que j'ai rempli les dossiers avec un titre de séjour qui aujourd'hui n'est plus en cours de validité".  Or, les factures s'accumulent "elles sont françaises, elles, et elles arrivent bien à la maison !"

Elle a reçu l'aide de la mairie. Le député-maire UMP de Vire a aussi tenté de l'aider dans ses démarches afin de sortir de cet imbroglio administratif. "Aujourd'hui, je suis au ban de la société, pour un bout de papier !" En cette période de réserve liée à la campagne électorale, la Préfecture ne fait aucun commentaire.

La Préfecture, Marie-Christine Chrétien s'y est rendue au mois de février. "Vous avez fait la route Vire-Caen, vous n'avez pas peur ?" lui demande un fonctionnaire "Vous n'avez pas peur de vous faire arrêter ? Parce que vous êtes un sans-papier". Devant les locaux administratifs, elle se souvient avoir vu un fourgon de police stationné dans la rue : "cela met une pression de dingue".

Le service des étrangers lui indique ensuite qu'elle devra passer un examen de français. "On me parlait en morse, avec des gestes ! Bon-jour ma-da-me... C'est vrai qu'ils doivent être habitués à recevoir des gens qui maîtrisent mal le français. Mais quand même. S'ils me laissaient parler... Je lui ai dit que j'avais fait les même études que lui, dans les mêmes écoles".

Marie-Christine a surtout été choquée par l'attente, interminable. Trois heures. "Et puis on ne m'appelle pas. Je suis un numéro d'étranger. 140... etc. Je ne m'appelle pas madame Chrétien, je suis un numéro d'étranger, c'est dingue ! Devant moi, poursuit-elle, une personne était là pour un renouvellement. Elle a été renvoyée parce que sa photo n'était pas aux normes. On nous traite comme du bétail." Mais ce jour-là, personne n'a osé protester : "Je me suis tu parce que je suis sans-papier..."


Le reportage de Rémi Mauger et Franck Bodereau, à Vire avec Marie-Christine, et à Coutances avec un professeur malgache :


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