Mathieu Bellighen vous l'avait présenté ce jeudi dans notre JT. Quelques heures après, "Mosul" était présenté en avant-première mondiale à au Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre.

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Le reportage m'avait vraiment donné envie d'en voir plus. Alors ce jeudi, je me suis rendu à Bayeux pour voir le film avec quelques amis. Dans la voiture, on s'interroge. Je fais part de ma crainte : "Les images ont l'air magnifiques. J'ai l'impression que je vais voir Dunkerque, le dernier film de Christopher Nolan, tellement ça à l'air esthétique. Je trouve ça gênant de voir un truc dur comme la guerre montré joliment". Une de mes amies ajoute : "C'est toujours la même question avec les images de guerre. Avec les photos, c'est pareil. Quand c'est beau, on oublie presque la détresse qu'il y a derrière". C'est donc avec ces appréhensions que l'on pénètre dans le pavillon du Prix Bayeux-Calvados.

Des soldats heureux de tuer (en apparence)


Le film ne perd pas de temps. Dès la première séquence, nous sommes au coeur de la bataille. Collés aux forces spéciales irakiennes. Les images sont magnifiques, les plans sont très bien construits. Comme au cinéma. Le film est sans commentaire, seules l'ambiance des combats, les conversations des soldats et leurs interviews nous permettent de suivre l'histoire. Ça tire de tous les côtés et les bruits des coups de feu et des explosions me rendent nerveux. Comme prévu, j'ai l'impression d'être devant une production hollywoodienne. Quand je n'écris pas d'articles pour le site internet de France 3 Normandie, je suis payé pour tourner des reportages. Alors forcément, je m'imagine un instant à la place d'Olivier Sarbil. Mais comment a-t-il fait pour obtenir un tel rendu dans des conditions aussi extrêmes ? Je me souviens de cette fois ou j'ai invoqué "un tournage compliqué" pour justifier des images pas terribles. J'ai honte.

Très peu de cadavres apparaissent à l'écran. Les morts sont loin, suggérés, ce qui n'empêche pas de ressentir toute la violence de la guerre. Comme dans cette scène où un soldat irakien affiche un large sourire derrière sa mitrailleuse. Il tire allégrement sur un groupe de combattants de l'Etat islamique. Un de ses collègues exulte à chaque cible atteinte. Un autre capte la scène avec son téléphone portable comme un ado filmerait ses potes en vacances. En voix off, un autre soldat affirme qu'à ce moment-là, ils sont heureux. Heureux de combattre, de tuer. Immédiatement, je pense à cette scène de Full Metal Jacket de Stanley Kubrick, où l'on voit un soldat américain tirer depuis un hélicoptère sur des civils. Ça se passe pendant la guerre du Vietnam. 

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Evidemment, les deux contextes ne sont pas comparables. Dans le film d'Olivier Sarbil, les soldats irakiens ne tirent pas à vue sur la population civile (cependant, l'armée irakienne a été soupçonnée de commettre des exactions). Mais ce qui choque dans ces deux scènes, c'est le plaisir pris par ces soldats lorsqu'ils descendent leurs ennemis. Même si a priori, ils sont payés pour ça. Une joie cependant nuancée lorsqu’ils racontent avec sincérité leurs symptômes de stress post-traumatique quand ils rentrent dans leurs foyers. 

Des plans esthétiques bienvenus


Les scènes les plus terribles ne se déroulent pas pendant les scènes de combat, mais lorsque les soldats irakiens rencontrent les civils apeurés. Des scènes filmées derrière les forces spéciales auxquelles on a l'impression d’appartenir. Résultat, je me suis senti terriblement coupable devant cette femme tremblant de peur au milieu de son salon. Elle tient fébrilement un drapeau blanc, suppliant les soldats de lui laisser la vie sauve. Ai-je le droit de regarder cette mère de famille dans toute sa fragilité ? Je me doute qu'à ce moment-là, la présence de la caméra était le dernier de ses soucis. "Cette scène m'a mise mal à l'aise. On est à la limite du voyeurisme. Cette femme ne savait probablement pas qu'elle était filmée" me dira une de mes amis lors de notre debrief.

Finalement, après toutes ces scènes prenantes, les plans esthétiques sont les bienvenus. Les images de couchers de soleil filmés à contre-jour, transformant en ombre ces soldats tueurs, sont d'une beauté troublante.

Au final, le film est grandiose. Il m'a fallu quelques minutes pour le digérer. J'en ai pris plein la vue tout en prenant conscience de ce que ce genre de combat peut engendrer de cruel. Techniquement, il emprunte au cinéma, en usant de musiques dramatisantes. "Franchement, c'était pas nécessaire" reproche une de mes amis. "Tout est tellement si fort". "Ouais mais finalement, c'est ce qui fait que ça marche bien" rétorque une autre. "C'est peut-être comme ça parce que le film va être diffusé sur une chaîne américaine" ironise presque sérieusement un autre membre du groupe. C'est vrai que ce mélange des genres peut-être perturbant. Par moment, on peut se demander si l'on regarde une oeuvre de fiction ou s'il s'agit bien de la réalité. En tout cas, personne de notre petite équipe n'est ressorti indifférent de cette projection. "C'est vraiment un film qui doit être vu", conclu l'un d'entre nous.