• FAITS DIVERS
  • MÉTÉO
  • Société
  • ECONOMIE
  • POLITIQUE
  • CULTURE

A Juvigny-les-Vallées, la pharmacienne plutôt que la pharmacie

200 à 300 personnes se rassemblent devant la mairie pour protester contre le rachat de la pharmacie par un potentiel concurrent / © Layla Landry
200 à 300 personnes se rassemblent devant la mairie pour protester contre le rachat de la pharmacie par un potentiel concurrent / © Layla Landry

La reprise de la pharmacie pose problème aux habitants. Ils refusent de voir un potentiel acheteur virois s'installer à Juvigny et militent pour que l'actuelle pharmacienne puisse racheter l'officine. Sinon, ils iront ailleurs... au risque de voir la seule pharmacie des environs fermer.

Par Layla Landry

« Nous irons ailleurs »


« Pas de repreneur autre que Véronique, ou nous irons ailleurs ». C’est le slogan de 250 Juvignais depuis deux samedis consécutifs de mobilisation. « Véronique », c’est Véronique Martin, l’actuelle pharmacienne du petit bourg de 1700 habitants. Arrivée en 2017, elle a rapidement conquis les clients de la seule pharmacie du village. Elle est « comme de la famille » affirment certains d’entre eux. Mais voilà deux ans que la vente de la pharmacie est à l’arrêt et que sa reprise pose un sérieux problème aux Juvignais qui ont décidé d’en faire une affaire personnelle.
L’historique propriétaire a mis en vente l’officine suite au décès de son mari dont Véronique Martin avait pris la suite en tant qu’employée. Et c’est tout naturellement que cette dernière s’est proposée de racheter la pharmacie. Commence une longue année de négociations avec la municipalité car des travaux sont nécessaires à la mise aux normes du commerce, le prix, un peu trop élevé.

« Un concurrent qui ne pense qu’au business »


Mais dans l’intervalle, un pharmacien virois fait une offre de rachat sérieuse. « Un concurrent qui ne pense qu’au business » pour ce retraité juvignais. Les négociations piétinent et les habitants décident de prendre le problème à bras le corps. Inconcevable de voir quelqu’un d’autre que Mme Martin reprendre la pharmacie. Le samedi précédent, près de 300 personnes s’étaient déjà mobilisées en faveur de l’actuelle pharmacienne. Leur crainte : que le potentiel repreneur ne soit intéressé que par une chose : racheter pour fermer et ainsi éliminer une potentielle concurrence autour de Vire. Inconcevable pour ces ruraux dont 35% avaient plus de 65 ans en 2013.
« La campagne, c’est pas des jeunes et on est souvent obligés d’aller voir la pharmacienne. Alors, quand vous avez une pharmacienne qui vous renseigne très bien, on très heureux. Si vous trouvez quelqu’un dans le pays qui vous dira le contraire, j’attends ! » nous explique Denis Lucien. Et tous vous diront la même chose : Véronique Martin est « humaine avant tout ».

« Je n’ai jamais été aussi bien accueilli qu’ici »


« Je suis très ému. Cela fait à peine 6 mois que j’habite ici et 8 ans que j’ai fait un infarctus. Depuis 3 ans, je suis en invalidité donc je connais les pharmacies. J’y vais sans arrêt acheter des médicaments. Et bien, je n’ai jamais été aussi bien accueilli qu’ici. Et je vais vous dire : depuis un an, mon fils est malade et c’est grâce à la pharmacienne que l’on a réussi à détecter des ganglions dans ses intestins. Je lui dis merci car c’est grâce à elle que nous avons réussi à avoir un rendez-vous à l’hôpital le 18 avril » se confie, l’œil humide, ce père de famille.

« Vous êtes prêts à fermer une pharmacie mais vous voulez garder le pharmacien »


Le cortège de manifestants a défilé de la mairie à l’officine. Véronique Martin ne faisait pas partie de la mobilisation : «  je ferme à 14h30, je ne pourrai pas être présente » s’était-elle excusée. Devant sa pharmacie, 200 à 300 Juvignais l’attendent pour l’applaudir et la remercier dans l’espoir de la voir, très vite, devenir la nouvelle propriétaire des lieux. « Vous êtes rassemblés pour défendre ce que vous jugez être votre cause. C’est donc vous que j’applaudis car c’est unique. Vous êtes prêts à fermer une pharmacie mais vous voulez garder le pharmacien. Je pense que ce n’est jamais arrivé. » ose la timide pharmacienne devant son public.

« Je ne fais pas un métier commercial »


« Pour moi, c’est exceptionnel. J’ai 46 ans et je n’ai jamais vu de telle mobilisation pour soutenir un pharmacien. Cela montre que mon travail de proximité sert à quelque chose. Je ne fais pas un métier commercial. » se confie Véronique Martin à notre micro. Pour la professionnelle « les pharmacies sont un des maillons de la chaîne qui relie les aides à domicile, qui sont proches des patients, les infirmières et le médecin qui, lui, est plus loin car il y a très peu de médecins en campagne. Donc, nous, en tant que pharmaciens, on fait le lien. »

Un lien désormais indéfectible entre Véronique Martin et les habitants de Juvigny-les-Vallées.
 
  • Retrouvez notre reportage complet avec les images de Joël Hamard :  

 

Sur le même sujet

Appel aux dons après un incendie à Elbeuf

Les + Lus