Normandie, terre de vin : dans le Cotentin, un nouveau vignoble défie le (mauvais) temps

La vigne domine Barneville-Carteret. Elle a été plantée ce printemps sur une parcelle exposée au sud. Le cépage a été choisi pour sa robustesse et sa précocité. Il devra s'adapter à ce climat frais et humide dont raffolent plutôt les vaches et les pommiers. Première vendange espérée en 2024.

La vigne est planté sur les pentes sud du Mont Barbey, près de Barneville-Carteret (Manche)
La vigne est planté sur les pentes sud du Mont Barbey, près de Barneville-Carteret (Manche) © France Télévisions

Il dit que son idée vient de nulle part. François Lecourt est ainsi, "il a toujours aimé faire des choses qui ne se font pas chez nous". C'est son père qui le dit. "C'est vrai, admet le fils. J'ai par exemple créé un jardin exotique avec plein de plantes qu'on ne trouve pas ici." François Lecourt a le tempérament d'un défricheur et le caractère réfléchi de l'ingénieur.

François Lecourt (et son père au premier plan) dans la vigne plantée au printemps 2021
François Lecourt (et son père au premier plan) dans la vigne plantée au printemps 2021 © France Télévisions

Chacun sait que le raisin se nourrit de soleil. Sur cette terre de la côte ouest du Cotentin battue par le vent et copieusement arrosée l'hiver (et aussi parfois l'été...), il faut avoir le goût de l'aventure pour se lancer dans la viticulture. Le climat hostile à la vigne requiert de la méthode, de la patience et un certain sens de l'expérimenation. "J'ai commencé par planter 200 pieds de vigne de 2014. La première année, des moutons sont entrés dans la parcelle. Ils ont presque tout mangé..." 

Son vignoble en modèle réduit aura servi de champ d'essai pour ce vigneron néophyte et "autodidacte". François Lecourt n'a aucune expérience dans le monde du vin. Il travaille dans une copérative agricole de la région. "Mais j'ai fait prépa agro-véto et j'aime la terre. Ce qui m'intéresse, c'est la culture de la vigne. Depuis 2014, j'ai essayé plein de choses".

François Lecourt a planté 200 pieds de vignes en 2014 afin de mener des expérimentations
François Lecourt a planté 200 pieds de vignes en 2014 afin de mener des expérimentations © Muûs

Premier enseignement, les cépages français traditionnels - le chardonnay, le chenin, l'auxerrois - peinent à s'épanouir dans le Cotentin. L'humidité favorise le développement de maladies comme le mildiou (que les amateurs de tomates connaissent bien). Verdict ? "Il faudrait presque je traite une fois par semaine... Ce n'est pas vraiment dans l'esprit d'un projet que je veux respectueux de l'environnement." Le choix de François Lecourt s'est finalment porté sur le solaris, "parce c'est une variété issue du croisement de deux cépages allemands. Le solaris est résistant aux maladies. C'est un cépage précoce qui a moins besoin de soleil".

Deuxième enseignement, la Normandie est décidément un pays propice aux boissons pétillantes. "En 2019, j'ai commencé à faire un vin effervescent. Un rosé et un blanc. Et ça marche bien. On a des vins avec de la fraîcheur, de l'acidité, mais ils sont aussi très fruités". Va donc pour les bulles...

En 2020, François Lecourt a fait l'acquisition d'une parcelle d'1,5 ha sur le Mont-Barbey. Elle est en pente, orientée plein sud, ce qui permettra à la vigne de ne rien perdre du soleil parcimonieux. "Et c'est une terre de schiste qui donne généralement des vins fruités". Au début de ce printemps, il s'est lancé dans la plantation. Le premier vignoble du Cotentin est en train de naître.

"J'ai déjà planté 3100 pieds de vigne. On sera à 3500 cette année. 3000 l'an prochain, et 3000 dans deux ans. Cela va nous permettre d'étaler le travail. On va aussi se donner le temps d'affiner le travail de la vigne. Je préfère y aller prudemment". François Lecourt est entreprenant, mais normand. Pour se donner toutes les chances, des haies vont aussi être plantées pour protéger le vignoble des vents dominants. "Et on va installer une clôture haute de deux mètres". Les moutons saliveront à distance.

Le Muûs, un vin pétillant inédit, pur produit du Cotentin
Le Muûs, un vin pétillant inédit, pur produit du Cotentin © France Télévisions

L'investissement est conséquent. Les plants, les piquets de palissades et l'investissement dans une cuverie ont coûté 90 000 euros. François Lecourt a lancé une campagne de financement participatif en promettant de "faire vivre une expérience viticole unique en Normandie" à ses donateurs. La première vendange (avec vue sur mer) est prévue à l'automne 2024. Les premières bouteilles seront vendues en 2025 sous le nom de Muûs. Dans le parler local, le mot est employé pour parler du meilleur, de ce qui n'est pas égalable. D'un vin du Cotentin, on dira peut-être un jour qu'il n'y a rin du muûs.

Prêt à embarquer ? Nous avons mis en place un financement participatif sur base de prévente pour nous aider à financer...

Publiée par Muûs - Vignoble à Barneville-Carteret sur Jeudi 15 avril 2021

Le saviez-vous ? Dans les temps anciens, la Nomandie a produit du vin. Les Normands sont amnésiques de leur vignoble :

 

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