D'un coup de baguette magique, Antoine Pâris ensorcelle le championnat du monde des jeunes boulangers

Publié le
Écrit par CM avec ND

Antoine Paris a été sacré champion du monde des jeunes boulangers le 16 octobre dernier aux Worldskills à Lucerne, en Suisse. Le Normand de 22 ans fait la fierté de son père, un grand nom de la profession. Et garde les pieds sur terre, des rêves simples pleins la tête.

"Il n'y a pas de secret, c'est juste du savoir-faire." Et pourtant, le 16 octobre dernier, Antoine Pâris a littéralement envoûté les papilles du jury des Worldskills (ex Olympiades des métiers), organisés cette année à Lucerne en Suisse. Face à la fine fleur de la boulangerie mondiale, le Normand de 22 ans, a décroché le titre de champion du monde de cette discipline très française. Cinq ans plus tôt, il faisait ses premiers pas d'apprenti. Et au moment de célébrer sa victoire, le meilleur jeune boulanger du monde tient d'abord à remercier ceux qui l'ont accompagné dans son parcours.

Cette grande finale opposant 14 compétiteurs s'est déroulée sur deux jours. Et comme toute bonne journée, celle-ci a débuté par le petit-déjeuner avec les viennoiseries. "On avait dix produits de chaque variété  à présenter avec un poids imposé qu'il fallait respecter à la lettre", raconte Antoine. "Le thème, c'était la Saint-Valentin. J'ai essayé de reprendre le rouge du cœur. En m'inspirant de ça, je suis parti sur une viennoiserie rouge, à base de pistache et de framboise, en forme d'alliance."

Sur le plateau présenté aux jurés, figuraient aussi les grands classiques. Le croissant tout d'abord. "Une belle cuisson, une belle couleur, un beau volume, c'est ce qui fait un beau croissant." Le pain au chocolat (n'en déplaise aux habitants du sud-ouest) ensuite. La botte secrète du jeune boulanger normand, la générosité. "Le pain au chocolat est bien volumineux", s'amuse Antoine, "Il y a quatre barres de chocolat et donc un bon goût de chocolat !"

Mais ce qui a sans doute permis au Normand de l'emporter sur son poursuivant coréen, c'est sa baguette tradition. "Pour impressionner le jury, je suis parti sur un pétrissage en vitesse lente. Ça permet de garder un maximum d'arôme dans la baguette et d'avoir un beau volume." A quoi reconnait-on une belle baguette ? "C'est une baguette qui forcément est assez croustillante avec un beau volume mais sans trop. Il y a aussi l'alvéolage, toutes les petites cavités qu'on peut avoir à l'intérieur. On reconnait aussi une belle baguette à tous les arômes qu'on peut sentir. J'ai mis un levain naturel dedans, un mélange d'eau et de farine qui est fermenté de manière naturelle. Je pense que c'est avec ça que j'ai fait la différence. C'est ce qui valait le plus de points dans le barème de notation. Et j'ai été beaucoup entraîné par mon père. donc je n'avais pas le droit à l'erreur sur ce produit", sourit Antoine.

Une histoire de famille

Car la baguette est un peu une histoire de famille chez les Pâris. Le père, Gaëtan, est le créateur de La Parisse, une baguette produite par 200 artisans boulangers en France. Si cette spécialité familiale n'a pas été soumise à l'appréciation du jury, son géniteur n'en est pas mois fier de cette distinction. "Quel papa ne serait pas fier de voir son fiston arriver à ce niveau là ?!", estime celui qui décrocha 25 ans plus tôt le titre de meilleur ouvrier de France (MOF), "Comme  me disait certains de mes collègues à l'Iform (centre de formation d'apprentis de Coutances) : OK il a beaucoup travaillé, OK on a été à ses côtés, mais s'il n'avait pas un minimum de talent, il n'aurait pas eu ce titre de champion du monde. C'est déjà un grand boulanger."

Un grand boulanger qui estime devoir encore poursuivre sa formation. En janvier 2023, Antoine débutera un nouveau cursus de six mois à l'institut national de la boulangerie de Rouen en vue d'obtenir son brevet de maîtrise. "Que ce soit dans l'éducation ou dans le métier, pour moi, il n'y a que le travail qui paye. Et on a le résultat : il n'est pas champion du monde par hasard", juge Gaëtan Pâris, qui a suivi ,"sans lui mettre la pression" mais avec beaucoup de fierté, le parcours de son fils. "Au concours national, il y avait des moments où il perdait un petit peu pied. Alors qu'à l'international, il était comme une machine, il avançait, il savait ce qu'il fallait faire. Donc là, après, ça déroule. Il a sacrément progressé."

"Ce sera ma plus grande fierté s'il me dépasse"

Au point de dépasser le maître ?  "C'est tout le mal que je lui souhaite", répond spontanément comme un cri du cœur le père d'Antoine, "ce sera ma plus grande fierté s'il me dépasse. Il n'y a aucun souci là-dessus ! Sur certains points, il est plus à l'aise parce qu'il a pratiqué un peu plus certaines techniques que moi. Sur certains points il peut être plus fort et je n'ai pas peur de le dire." L'intéressé, lui, garde les pieds sur terre et privilégie les projets simples aux rêves de grandeur. "Un jour, j'aimerais avoir ma propre entreprise. Pas spécialement une très grosse. Je préfère des choses qualitatives, faites de manière très artisanale. Faire de bonnes choses, de belles choses, avoir une bonne équipe, une bonne ambiance."

Tous les jours, recevez l’actualité de votre région par newsletter.
France Télévisions utilise votre adresse e-mail pour vous envoyer la newsletter de votre région. Vous pouvez vous désabonner à tout moment via le lien en bas de ces newsletters. Notre politique de confidentialité