Les transporteurs routiers lèvent les barrages dans la Manche : "On a décidé de faire confiance à la préfecture"

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Une cinquantaine d'entreprises normandes du transport routier avaient établi ce lundi plusieurs barrages dans le département de la Manche sans l'appui des organisations professionnelles. Les chefs d'entreprise estiment ce mardi avoir été entendus par la préfecture et mettent fin (temporairement) à leur action.

[Mise à jour ce mardi 22 mars 14 heures] En milieu de journée ce mardi, les transporteurs ont décidé de lever les différents barrages déployés dans le département de la Manche. "On a décidé de faire confiance à la préfecture. Ils nous ont garanti qu'on aurait des retours du ministère (ndlr : des transports)", déclare Romain Leguelinel, "Après, ils nous aussi mis un peu de pression de manière à faire place nette. On a accepté de faire ça en douceur et de partir la tête haute." Pour ce patron d'une entreprise de transport, basée à Saint-Amand-Villages, "l'important ce n'était pas de faire usage de la force mais de démonter que la force était bien présente."  

En début d'après-midi, seuls quelques camions étaient encore mobilisés à Carentan. "Si on n'a pas de nouvelles dans les jours ou les deux prochaines semaines qui viennent , on va remonter au créneau", affirme Romain Leguelinel, tout en reconnaissant que lui et ses collègues devront se montrer patients. "On n'est pas un syndicat", rappelle le chef d'entreprise normand, "On n'est pas les seuls en France à avoir fait ce type de blocage, il va y a voir un problème d'organisation pour recevoir tout le monde à Paris. Pourquoi plus nous que d'autres ? (...) Et de toute façon, pour aller plus loin, il va falloir que le ministère réintègre forcément les fédérations." Le mouvement lancé ce lundi dans la Manche par une cinquantaine de patron normand s'était fait sans l'appui des organisations professionnelles du secteur, ces dernières ayant renoncé à mobiliser leurs troupes après que le gouvernement ait annoncé une enveloppe de 400 millions d'euros pour le transport routier.

A 7 heures mardi matin, une deuxième journée de mobilisation débutait

"Au niveau de Carentan, les barrages sont restés en place", nous indiquait mardi, à 7 h 30 de matin, Serge Deméautis, patron d'une entreprise de transport routier à Saint-Hilaire-Petitville, "On voudrait que les choses aillent vite parce que les troupes sont remontées et on pourrait durcir le mouvement. Et l'étendre à d'autres régions."

Ce 22 mars, les transporteurs routiers de la région entament leur deuxième journée de mobilisation contre la flambée du carburant. Contrairement à leurs principales organisations professionnelles, ces chefs d'entreprise de TPE et PME (majoritairement de la Manche) ne se satisfont pas de l'enveloppe de 400 millions d'euros accordée la semaine dernière par le gouvernement au secteur. Ils réclament, comme les pêcheurs, des mesures "pérennes" et notamment la mise en place d'une TICPE flottante.

Dans le secteur de Carentan, Bison Futé signale ce matin un barrage filtrant à Saint-Hilaire-Petitville au niveau de la N13. Une dizaine de poids-lourds sont installés sur un rond-point. "On a toujours laissé les engins prioritaires passer, on a toujours laissé les automobilistes passer, on n'a pas bloqué ces gens là", tient à préciser Serge Méautis, "Rien n'est changé à ce niveau là. Mais il y a une présence beaucoup plus importante qu'hier."

Un échangeur fermé sur l'A84

Autre lieu de mobilisation pour les transporteurs routiers, le rond-point de Guilberville situé juste au-dessus de l'A84 et menant à Saint-Lô. Lundi, plusieurs centaines de poids-lourds avaient été immobilisés sur des aires de stationnement. En fin de journée, le préfet de la Manche avait ordonné la fermeture de l'échangeur 40, dans les deux sens de circulation (Caen-Rennes, Rennes-Caen). Ce mardi matin, cette interdiction est maintenue, comme le rappelle la préfecture sur les réseaux sociaux.

Enfin, un autre barrage filtrant avait également été mis en place ce lundi à la sortie de Saint-Lô en direction de Bayeux. Il est maintenu au deuxième jour de mobilisation des transporteurs routiers.

Les pêcheurs rejoignent les transporteurs

Ces derniers ont été rejoints par les pêcheurs ce mardi matin au rond-point de Guilberville, environs une centaine selon Wilfried Roberge, patron du Vauban à Port-en-Bessin. "L'union fait la force et on se bat pour la même cause", estime le patron pêcheur, mobilisé la veille avec ses confrères au Pont de Normandie, "On trouvait qu'on était en nombre insuffisant et on veut faire les choses intelligemment. On sait très bien que chez les transporteurs, tout est cadré et hier, ce qui a été fait devenait du n'importe quoi. Il était hors de question de continuer comme ça.

Ce mardi matin, les deux corps de métier ont eu l'occasion d'échanger sur leurs difficultés respectives. "On se rend compte que leur situation est, tout comme la notre assez catastrophique, voire plus", raconte Romain Leguelinel, chef d'entreprise à Saint-Amand-Villages. Pour autant , "c'est difficile d'associer les deux mouvements : le fond est le même, le carburant, mais on n'a pas à faire au même ministère."

Un geste de bonne foi

Une audience au ministère des transports, c'est ce qu'ont demandé ce lundi au préfet de la Manche les patrons normands. "En contrepartie, on nous a demandé de prouver notre bonne foi et d'alléger un petit peu notre dispositif." Alors, ce mardi matin, les premiers poids-lourds ayant été bloqués la veille peuvent reprendre la route. D'autres prendront leur place sur les différentes aires de stationnement. "Il y a une sorte de roulement qui va se mettre en place. On montre notre bonne foi en espérant que la préfecture fasse de même dans notre sens."

Au ministère des transports, ces chefs d'entreprise normands souhaitent faire entendre leur voix, une autre voix que celle des organisations professionnelles. "Elles nous ont complètement délaissés. Elles ont signé un accord qui ne correspond pas à nos besoins", déplore Romain Leguelinel, "Ce qu'on veut porter au ministère, c'est ce qui n'a pas été évoqué pour le moment : on veut un système de taxation variable en fonction du prix du carburant, une choses qui n'est pas actée aujourd'hui."

Une solution européenne pour les pêcheurs ?

La taxation sur le carburant, les pêcheurs, eux, n'y sont pas assujettis. Wilfried Romerge concède même que l'aide mise en place par le gouvernement pour pallier l'actuelle flambée du gasoil est satisfaisante. "Ça nous ramène le gasoil à 65 centimes." Mais cette mesure ne sera effective que durant quatre mois et perdra de son efficacité si le carburant continue de flamber. "Il va falloir trouver des solutions pour fixer un prix minimum supportable pour les entreprises de pêche et pour que les variations de coût de carburant soient pris en charge par des mesures." Dans le monde de la pêche, une idée fait son chemin depuis quelques temps : répercuter le prix du carburant sur les consommateurs via une taxe sur la vente des produits de la mer, " ce qui n'a jamais été fait jusque-là". Si le sujet aurait déjà été abordé par les représentants des pêcheurs avec le ministère de la mer, la réflexion doit être portée plus haut, indique Wilfried Romerge. "Certains pays européens sont prêts à mettre ces mesures en place. Maintenant, il faut que toute l'Europe mette ces mesures en place". Et de convenir que cela prendra du temps. 

Invité ce lundi soir chez nos confrères de TF1, Jean Castex n'a pas mentionné de nouvelles mesures à venir dans l'immédiat. Le Premier ministre a simplement évoqué des pistes pour l'après-présidentielle. "Ce que moi je prévois, (...) c'est un dispositif également sur l'essence et le gasoil, sur l'énergie, mais qui soit un peu différent des 15 centimes pour tout le monde", a indiqué l'actuel Premier ministre, un dispositif "plus intensif pour deux catégories de nos concitoyens: ceux qui roulent beaucoup pour travailler où là, il faudrait aller sans doute au-delà des 15 centimes" et une "deuxième clé d'entrée" pour "ceux de nos concitoyens dont le pouvoir d'achat, dont les revenus sont bas, autrement dit un dispositif plus ciblé pour ceux qui gagnent pas beaucoup et pour ceux qui roulent beaucoup". La remise à la pompe de 15 centimes par litre doit entrer en vigueur le 1er avril prochain et prendre fin au 31 juillet.