Karachi: enfin le premier procès commence pour déterminer pourquoi des ouvriers de Cherbourg sont morts le 8 mai 2002

A Cherbourg, une stèle rappelle la mémoire des victimes de l'attentat de Karachi / © MaxPPP
A Cherbourg, une stèle rappelle la mémoire des victimes de l'attentat de Karachi / © MaxPPP

Ni la blessure, ni l'énigme ne se sont refermées depuis 2002. 17 ans après l'attentat de Karachi débute ce lundi un procès en correctionnelle dans le volet financier de l'affaire Karachi. Retour sur ses années de combats pour les familles de victimes et les blessés originaires de Cherbourg. 

Par Stéphanie Potay

8 mai 2002

C’est un cri animal que personne n’a oublié à Cherbourg. Celui d’une jeune femme de 27 ans devant la porte d’accès de l’Arsenal de Cherbourg. Son amoureux ne rentrera pas de sa mission à Karachi au Pakistan, à plus de 6 000 kilomètres de Cherbourg. Elle hurle sa douleur infinie, elle est filmée par une équipe de télévision. Nous ne diffuserons pas ici cette image qui traduit une souffrance inouïe, par déontologie.




Vidéo France 3 Normandie- Les réactions à Cherbourg après l'annonce de l'attentat: 

Réactions à Cherbourg après l'attenta de Karachi

 

Ce jour-là, Cherbourg comme le reste du monde apprend que 11 ouvriers et techniciens de la Direction des Constructions Navales (DCN), ont été tués dans un attentat à la voiture piégée au Pakistan. Le bus qui les transportait durant leur mission -un transfert de technologie - a explosé en pleine rue. Ces employés étaient à Karachi pour participer à la livraison du dernier des sous-marins d’attaque de type Agosta.

Ce contrat prévoyait la construction de trois navires, un premier à Cherbourg, un deuxième dont les sous-ensembles devaient être construits à Cherbourg et assemblés à Karachi et le troisième construit au Pakistan.

 

Ce jour-là, c’est un jour qu’on ne pourra jamais oublier, ce jour où on a tué mon père 
(Elodie Le Carpentier, fille de Daniel Lecarpentier, décédé dans l'attentat)


Peu à peu, ce 8 mai, à Cherbourg, des familles apprennent que leurs pères, leurs maris, leurs fils ne reviendront pas. On déplore 12 blessés. Dont Gilles Sanson, mécanicien à la DCN depuis 1979. Il effectuait à Karachi sa troisième mission. Il a réussi à s’extraire du bus en rampant, il n’a pas perdu connaissance. Tous les survivants de l’attentat sont ceux qui se trouvaient à l’avant de la navette.

Rencontré à plusieurs reprises, on sent le traumatisme toujours très vif chez Gilles Sanson, le grand colosse qu’il est bascule souvent dans une fragilité qu’il peine à dissimuler dans la voix. Il raconte que des images et des sons horribles peuplent encore ses nuits.

 Il a partagé, comme les autres blessés, à l’hôpital de Karachi la même pièce que celle des défunts.


Vidéo France3 Normandie :  En 2012, il nous livrait son témoignage
 

Portrait de Gilles Sanson blessé dans l'attentat de Karachi

 

13 mai 2002


Les obsèques sont nationales, les familles n’ont pas eu le choix «  Nous on voulait faire ça en famille, on ne nous a pas demandé notre avis », raconte Elodie Lecarpentier. 

 

 Ils ont voulu que ce soit à Paris, nous on a dit c’est Cherbourg et rien d’autre (Claire Laurent, veuve de Jacques Laurent) 


« Moi j’avais l’impression d’être un petit pion, on nous emmenait ici ou là, dans des petits bus » raconte Magali Drouet. Son père Claude, chef d’équipe charpentier à la DCN, est mort deux mois avant de rentrer définitivement en France.  
 
Les onze ouvriers te techniciens DCN morts à Karachi ont été faits chevaliers de la Légion d'Honneur à titre posthume lors des obséques nationales célébrées à Cherbourg le 13 mai 2002 par le président Jacques Chirac. / © AFP
Les onze ouvriers te techniciens DCN morts à Karachi ont été faits chevaliers de la Légion d'Honneur à titre posthume lors des obséques nationales célébrées à Cherbourg le 13 mai 2002 par le président Jacques Chirac. / © AFP



Dans un ouvrage écrit à 4 mains avec Sandrine Leclerc, On nous appelle les Karachi aux Editions Fleuve Noir (2010), elle raconte au sujet de ce 13 mai 2002.

« J’étais pétrifiée. Incapable de pleurer. J’avais la sensation étrange de n’être qu’une simple observatrice. (…) C’est à ce moment précis que j’ai vraiment pris conscience de ce qui était arrivé. Sans pour autant comprendre que j’étais aussi concernée, puisque mon père était allongé là quelque part. Pour moi, il n’était tout simplement pas rentré. Il reviendrait.»

Les familles ne pourront pas voir le corps de leurs proches. Les cercueils sont arrivés scellés à Cherbourg.

Chacun d’entre eux recevra la Légion d’Honneur à titre posthume.

Mon père, c’était un ouvrier, il allait en mission à Karachi pour mettre du beurre dans les épinards, les honneurs il s’en moquait  (Sandrine Leclerc , fille de Jean-Yves Leclerc, mécanicien-diéseliste décédé lui aussi à Karachi)

 

 "Ni à la menace, ni au chantage" 


Ce jour-là, Jacques Chirac, tout fraîchement réélu, rend hommage aux 11 ouvriers et techniciens tués dans l’attentat.

Cedric Bled
Jean-Michel Chevassut
Jean-Pierre Delavie
Thierry Donnart
Claude Drouet
Bernard Dupont
Pascal Groux
Jacques Laurent
Daniel Le Carpentier
Jean-Yves Leclerc
Pascal Leconte


Il prononce dans son discours une phrase qui n’interpelle personne ce jour-là mais qui par la suite, résonnera singulièrement. Il affirme que la France ne cédera « ni à la menace ni au chantage » Une mise en garde énigmatique, une clef en tout cas posée là bien avant que la piste de l’arrêt de rétrocommissions, en marge de contrats d’armements n’émerge comme pouvant être à l’origine de l’attentat de Karachi. 

 
Plusieurs milliers de salariés de la Direction des constructions navales (DCN) de Cherbourg quittent, le 13 mai 2002 l'arsenal de la ville, pour rejoindre en cortège la Plage verte où doit avoir lieu la cérémonie d'hommage à leurs onze camarades tués dans l'attentat de Karachi. / © AFP PHOTO MYCHELE DANIAU
MYCHELE DANIAU / AFP
Plusieurs milliers de salariés de la Direction des constructions navales (DCN) de Cherbourg quittent, le 13 mai 2002 l'arsenal de la ville, pour rejoindre en cortège la Plage verte où doit avoir lieu la cérémonie d'hommage à leurs onze camarades tués dans l'attentat de Karachi. / © AFP PHOTO MYCHELE DANIAU MYCHELE DANIAU / AFP

Ceint d’une écharpe tricolore se tient sur l’estrade des officiels un homme encore peu connu, Bernard Cazeneuve alors maire de Cherbourg-Octeville. Celui qui deviendra Premier Ministre après avoir été ministre de l’Intérieur sous le gouvernement Hollande écrira en mai 2010, alors député, un rapport d’information  parlementaire sur les circonstances entourant l’attentat du 8 mai 2002. Il racontera dans un ouvrage intitulé "Karachi, l’enquête impossible "les difficultés pour mener à bien ce travail d’enquête et dénonce de multiples entraves. 


Certains proches de victimes dénonceront en 2017 ce qu'ils qualifient d'inaction de la part de Bernard Cazeneuve alors en responsabilité nationale. 

"À l'époque, il dénonçait la manière dont la droite freinait l'enquête, se refusant à déclassifier des documents stratégiques ", se souvient Gilles Sanson, qui regrette qu'une fois au gouvernement, « il se soit montré encore plus frileux que ses prédécesseurs. En 2012, alors que Bernard Cazeneuve était porte-parole du candidat François Hollande, il s'était pourtant engagé à déclassifier les documents..."


 
En 2015, Bernard Cazeneuve alors premier Ministre rend hommage aux victimes cherbourgeoises devant la stèle située près de La Cité de la Mer de Cherbourg. Au moment de l'attentat, il était maire de la ville. Député, il a mené une enquête parlementaire sur les circonstances de l'attentat et a dénoncé l'entrave qu'il a rencontré dans sa démarche. / © afp Triballeau
En 2015, Bernard Cazeneuve alors premier Ministre rend hommage aux victimes cherbourgeoises devant la stèle située près de La Cité de la Mer de Cherbourg. Au moment de l'attentat, il était maire de la ville. Député, il a mené une enquête parlementaire sur les circonstances de l'attentat et a dénoncé l'entrave qu'il a rencontré dans sa démarche. / © afp Triballeau


Mais pour l’heure, il pleut sur Cherbourg. Une foule immense est silencieuse et se tient droite sous les parapluies. Tout le monde dans cette petite ville portuaire où on construit des sous-marins de générations en générations, a un lien avec l’ « Arsenal » et ceux qui ont été touchés sont comme beaucoup de cherbourgeois, des ouvriers d’Etat.

Le 14 mai 2002, au lendemain de la cérémonie, le journal local la Presse de la Manche titrait «  Des larmes de pluie coulent sur Cherbourg ».

 

Le difficile combat des familles 

L’affaire est d’abord confiée au juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière qui obstinément suit la piste Al Quaida.

"Al quaida n'a jamais revendiqué l'attentat, elle l'a juste cautionné, ce qui n'est pas la même chose", expliquait en 2012 Magali Drouet à notre micro. 

Il y  avait des élements sur la scène de crime et le juge Bruguière a commencé par les enlever du dossier (Gilles Sanson )


Mais une nouvelle piste a surgi à Paris. Embarrassante et sulfureuse, elle avance un mobile politico-financier qui relierait l'attentat de Karachi en 2002 à la campagne présidentielle française en 1995.  Mi-octobre, le parquet a transmis au nouveau juge, Marc Trevidic, chargé du dossier de Karachi, un document. Il s'agit du rapport " Nautilus "  découvert par hasard lors d'une perquisition sur un autre dossier. 

Cette note du renseignement français consigne que l’attentat de 2002 trouverait son origine dans une  affaire de commissions impayées sur le marché des sous-marins, sur fond de règlements de comptes entre partisans de Jacques Chirac et d’Edouard Balladur, au lendemain de l’élection présidentielle de 1995.

Le rapport affirme que ces versements avaient été interdits par Jacques Chirac en 1995, aussitôt après son entrée à l’Elysée, afin d’ « assécher les réseaux de financement occultes » au service d’Edouard Balladur.

Mais le véto présidentiel aurait privé certaines personnalités pakistanaises des sommes qu’elles attendaient. L'attentat du 8 mai 2002 serait alors une représaille. 

 

La dîme sur les contrats d'armements 


Signée le 21 septembre 1994, la vente des navires fut négociée par François Léotard, ministre de la Défense du gouvernement d’Edouard Balladur.

Montant de la transaction : 5,4 milliards de francs (825 millions d’euros).

A en croire le rapport « Nautilus », la négociation organisait également le versement de « rétributions occultes » à un intermédiaire syrien, Abdul Rahman el-Assir qui aurait joué un  un rôle actif dans le « financement de la campagne d’Edouard Balladur ». 

Les archives du contrat Agosta attestent la présence de cet intermédiaire dans le dispositif financier.

Plusieurs protagonistes de la négociation rapportent qu’El-Assir faisait alors tandem avec un autre homme d’affaires, le Libanais Ziad Takieddine-dont le nom est également mentionné sur le document « Nautilus ». Les deux hommes avaient été imposés. 


Un intéressement de 4 % sur le prix des sous-marins (soit 33 millions d’euros) leur était promis il s’ajoutait aux 6 % prévus à l’origine .

85 % de commissions devaient être versés aux intermédiaires dans l’année suivant la signature de la vente des sous-marins. Ainsi, au moment du feu rouge de l’Elysée, l’équivalent de 28 millions d’euros avait déjà été transférés via deux banques suisses, sur les comptes de sociétés écrans panaméennes.

Les deux hommes étaient aussi présents dans la répartition des commissions sur un autre contrat sensible de la DCN : le projet « Sawari II »-la vente de frégates à l’Arabie saoudite, pour 3 milliards d’euros.
 
Le 18 juin 2010, Olivier Morice, avocat de familles de victimes avec Magali Drouet et Sandrine Leclerc, filles de deux personnes décédées dans l'attentat, au tribunal de Paris. / © AFP
Le 18 juin 2010, Olivier Morice, avocat de familles de victimes avec Magali Drouet et Sandrine Leclerc, filles de deux personnes décédées dans l'attentat, au tribunal de Paris. / © AFP

Avec Nautilus, les familles de victimes se mobilisent. Olivier Morice, l'avocat aujourd'hui de 6 familles, bat le fer. L'enquête parlementaire de Bernard Cazeneuve dénonce l'entrave dans cette affaire, les médias relayent et investiguent sur cette affaire où le secret-défense et la raison d'Etat sont des barrières à l'éclosion de la vérité. Deux juges d'instruction, Marc Van Ruymebecke pour le volet financier et Marc Trevidic pour le volet terroriste, font grandement avancer l'affaire. 

En 2010, Nicolas Sarkozy devenu président de la République, il était porte-parole d'Edouard Balladur en 1995, qualifiera la piste de l'"arrêt des rétrocommissions comme mobile de " fable" provoquant la colère des familles. 


 
Conference de presse sarkozy à Bruxelles

 

 

Le procès, six accusés sur le banc


Vingt-cinq ans après l'arrêt des retrocommissions décidé par le Président Chirac et 17 ans après l'attentat de 2002, s'ouvre le premier procès dans cette tentaculaire affaire: six hommes seront jugés à partir du lundi 7 octobre 2019,  au tribunal correctionnel de Paris, pour répondre de soupçons de commissions occultes en marge de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995. La corruption et l'entrave ne sont pas retenus contre les prévenus. 

Six hommes - trois politiques, un industriel et deux intermédiaires - devront répondre, jusqu'au 31 octobre, d'abus de biens sociaux ou de complicité et recel de ce délit, notamment au détriment de la branche internationale de la Direction des constructions navales (DCNI).
 
Les soupçons de versement de rétrocommissions, illégales, prélevées sur les commissions versées à un réseau d'intermédiaires, dit "réseau K", ont émergé au fil de l'enquête . 

Le procès qui s'ouvre lundi dira peut-être si l'arrêt du versement des commissions, décidé par Jacques Chirac après son élection, est ou non lié à l'attentat survenu sept ans plus tard.

Ni Edouard Balladur ni son ancien ministre de la Défense François Léotard ne seront présents: ils viennent d'être renvoyés devant la Cour de justice de la République, seule juridiction habilitée à juger les ministres pour des actes commis dans l'exercice de leurs fonctions. François Hollande alors candidat s'était engagé à faire dispararaître cette instance, cela n'a pas été fait. 
 
Edouard Balladur et François Léotard devant la Cour de Justice de la république


 

Qui sera à la barre ? 


1-L'industriel Dominique Castellan, 82 ans

Il était à l'époque PDG de la branche internationale de la Direction des constructions navales (devenue Naval Group), la DCNI. Aujourd'hui retraité, il sera jugé pour abus de biens sociaux.

Il lui est reproché d'avoir, sur instructions du ministère de la Défense, fait entrer dans les négociations Agosta un deuxième réseau d'intermédiaires, pourtant "inutile" puisqu'un premier réseau était déjà opérationnel, à des conditions financières ultra-favorables. L'accusation lui reproche d'avoir rémunéré ce "réseau K" plus de 190 millions de francs (28 millions d'euros) en toute connaissance de cause.

Son avocat, Alexis Gublin, plaidera la relaxe. Il soutient que les efforts de corruption, à l'époque licites, du "réseau K", avaient été utiles.

Le dirigeant de l'équivalent de la DNCI pour les contrats saoudiens, la Sofresa, est quant à lui décédé.
    
2- Ziad Takkiedine, 69 ans  

Le sulfureux homme d'affaires franco-libanais, qui connaissait François Léotard avant que celui-ci soit nommé ministre de la Défense, entretenait alors de bonnes relations avec Renaud Donnedieu de Vabres, proche conseiller de Léotard, et était ami avec Thierry Gaubert, engagé dans la campagne Balladur.  Il est soupçonné d'avoir perçu des dizaines de millions d'euros de commissions"indues" avec les deux autres membres du réseau, Abdul Rahman Al Assir et Ali Ben Moussalem, décédé depuis.

Selon l'accusation, une petite partie de cet argent, les "rétrocommissions", a atterri sur les comptes de la campagne Balladur. Un temps écroué, il devra répondre de complicité et recel d'abus de biens sociaux au préjudice de la DCNI et de la Sofresa.
    
Pendant l'enquête, il avait affirmé avoir remis 6 millions de francs (moins d'un million d'euros) à Thierry Gaubert sur demande de Nicolas Bazire, directeur de la campagne Balladur, ce que les intéressés réfutent. "Ce n'était pas relié expressément dans son esprit à un financement de Balladur",
affirme aujourd'hui son avocate Elise Arfi.  Il sera par ailleurs jugé pour fraude fiscale, blanchiment ou encore faux témoignage
sous serment.
 
3-Abdul Rahman al Assir, 69 ans

L'associé de Ziad Takieddine au sein du "réseau K" se voit reprocher les mêmes accusations de complicité et recel d'abus de biens sociaux.

 Comme Takieddine, l'homme d'affaires espagnol d'origine libanaise, qui vit en Suisse, soutient que l'intervention du "réseau K" a débloqué les contrats Agosta et Sawari II, donc que les commissions étaient justifiées.

Sa présence au procès est peu probable.
   

4- Renaud Donnedieu de Vabres, 65 ans. 
 
Alors le plus proche collaborateur du ministre de la Défense François Léotard, il sera jugé pour complicité et recel d'abus de biens sociaux. L'accusation reproche au ministère d'avoir imposé le "réseau K" aux industriels. Pendant l'enquête, M. Donnedieu de Vabres, devenu consultant notamment dans le domaine culturel, avait réfuté tout financement politique, disant n'avoir jamais entendu parler de rétrocommissions.
 
5- Thierry Gaubert, 68 ans

A l'époque membre du cabinet du ministre du Budget Nicolas Sarkozy, engagé dans la campagne Balladur, il est poursuivi pour avoir rapatrié des fonds remis par son ami Takieddine pour "assurer le financement" de la campagne Balladur. Et notamment pour avoir permis le versement de 10,25 millions de francs en espèces sur le compte de campagne de M. Balladur le 26 avril 1995, après sa défaite.

 Aujourd'hui consultant, Thierry Gaubert est poursuivi pour recel d'abus de biens sociaux. Lui qui avait plusieurs fois rejoint Ziad Takieddine à Genève et avait ouvert un compte en Suisse réfute tout financement occulte du camp Balladur.

6-Nicolas Bazire, 62 ans

Aujourd'hui l'un des dirigeants du groupe de luxe LVMH, cet ancien officier de marine était alors directeur de cabinet du Premier ministre Balladur (1993-1995) puis directeur de sa campagne présidentielle. Il sera jugé pour complicité et recel d'abus de biens sociaux.

L'accusation lui reproche d'avoir, quand il était à Matignon, validé l'introduction du "réseau K" dans les négociations. Et d'avoir, en tant que directeur de la campagne Balladur, téléguidé l'arrivée des 10,2 millions sur le compte de la campagne. Lui aussi a réfuté toute connaissance de rétrocommissions et toute participation à un financement politique.  

    

Pendant l'enquête, après avoir longuement tergiversé, Ziad Takieddine avait concédé avoir financé la campagne d'Edouard Balladur pour 6 millions de francs (moins d'un million d'euros), affirmant avoir été sollicité par Nicolas Bazire via Thierry Gaubert, ce que les deux hommes contestent.

Les juges s'étaient notamment intéressés aux 10,2 millions de francs versés en coupures de 500 et 100 francs le 26 avril 1995 sur le compte de campagne de M. Balladur.

Les comptes de campagne de l'ancien Premier ministre avaient été validés par le Conseil constitutionnel. Il sera rattrapé quinze ans plus tard par des investigations lancées dans le sillage du dossier terroriste.

L'enquête terroriste, qui avait au départ privilégié la piste du groupe Al-Qaïda, s'en était éloignée en 2009 pour explorer les possibles liens, non confirmés à ce jour, entre l'attaque et l'arrêt du versement de commissions en 1995.

"De ce procès nous attendons surtout qu'il permette de faire émerger la vérité, de faire avancer l'enquête" explique Sandrine Leclerc qui comme s'est constituée partie civile. "Le volet terroriste reste pour nous fondamental, le volet financier peut éclairer sur le mobile, mais nous voulons savoir qui sont les commanditaires de cet attentat ."

Le procès durera jusqu'au 31 octobre. 

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