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Sécurisation des marchés de Noël : comment les petites villes s'organisent ?

Illustration marché de Noël / © PHOTOPQR/L'ALSACE/MAXPPP
Illustration marché de Noël / © PHOTOPQR/L'ALSACE/MAXPPP

Après l'attaque meurtrière qui a fait plusieurs morts à Strasbourg hier soir, le plan Vigipirate "urgence attentat" a été activé : les contrôles et la sécurité seront renforcés sur les marchés de Noël. Le début des ennuis pour les petites villes de Normandie, certains marchés sont même menacés. 

Par Cécile Sauzay

Mardi 11 décembre, 19h50, un homme de 29 ans ouvre le feu à proximité du très touristique marché de Noël de Strasbourg. Si le bilan définitif n'est pas encore connu, le gouvernement déclenche dans la foulée le dernier échelon du plan Vigipirate, passant de "sécurité renforcée - risque attentat" à "urgence attentat". Contrôles aux frontières et dans l'ensemble des marchés de Noël de France "pour éviter le risque de mimétisme", précise-t-on place Beauvau. Partout, la vigilance sera renforcée, dans les grandes villes comme Rouen ou Caen. Mais dans les communes plus rurales de Normandie... le plan "débrouille" a été activé. 

Pendus à une décision de la préfecture 

Ce matin, Grégory Charvéron a la gueule de bois. Le président de l'association Belle et Baie a monté cette année le premier marché de Noël avec vue sur le Mont Saint-Michel, sur la commune de Beauvoir (Manche). "On a appelé les gendarmes ce matin, on attend de savoir si on va pouvoir continuer d'exister, explique-t-il d'une voix émue. Si on nous impose des normes de sécurité trop restrictives, on ne pourra pas suivre, c'est certain". 

Pour pouvoir organiser son événement, le normand a scrupuleusement respecté le plan sécurité, un cahier des charges très strict imposé par la gendarmerie : blocs de béton pour éviter un scénario à la voiture-bélier, patrouilles municipales le jour, gardien la nuit, vérification des sacs et barrières de métal habituelles. Avec le passage au niveau "urgence attentat", les effectifs de gendarmerie sur le terrain doivent être renforcés autour des marchés de Noël, ou plutôt re-déployés, les forces de l'ordre ayant déjà atteint leur niveau maximum de mobilisation. 

Sans nouvelles des autorités, Grégory attend de savoir à quelle sauce il va être mangé, et surtout qui va payer l'addition. Impensable pour sa toute jeune structure d'engager une société de sécurité privée, de dépasser son budget - 85 000 euros pour 80 exposants - et impensable également de ne pas ouvrir le marché au public.

Je me dois de rester ouvert, au minimum pour équilibrer les comptes. Autrement on est cuits : on plante tout le monde du jour au lendemain et c'est une catastrophe. Grégory Charvéron, président de l'association Belle et Baie
 

L'association vit uniquement des participations des exposants et ne bénéficie d'aucune subvention publique. Dans l'attente d'une décision de la préfecture et de la gendarmerie, le marché de Noël de Beauvoir reste ouvert au public. 

"On ne dort pas tranquille"

A Domfront-en-Poiraie (Orne), c'est très différent. Pour la première année là-aussi, la commune a organisé son propre marché de Noël. Mais les festivités accueillent quatre fois moins d'exposants, ont lieu dans une enceinte facile à verrouiller et sont financées par l'association des Médiévales, qui attire des milliers de participants chaque année. Marcel Folliot, co-président de l'association et adjoint à la mairie (divers droite) en charge des travaux et de la sécurité, refuse de "céder à la psychose ambiante". Fouiller les visiteurs ? il s'y refuse. Question de libertés publiques. "Bien évidemment ça peut nous arriver demain, reconnaît le responsable. Mais on se doit de rester festifs, les gens en ont besoin. Autrement les terroristes remportent leur pari". 

A l'image de nombre de ses homologues, l'élu s'en remet à l'Etat :

C'est l'Etat qui a choisi de relever le niveau de sécurité, c'est à l'Etat de prendre les dispositions qu'il estime nécessaires. Marcel Folliot, co-président de l'association et adjoint à la mairie

 Et si la réponse de la préfecture est négative ? Le marché médiéval de Domfront-en-Poiraie ouvrira quand même. 

Même son de cloches du côté de Cormeilles, dans l'Eure. Chaque année, le marché de Noël accueille dans une salle de la ville une trentaine de stands pour près d'un millier de visiteurs étalés sur deux jours (les 15 et 16 décembre, cette année). "On ne dort pas tranquille, même si ça a l'air de se passer dans les grandes villes, confesse le maire de la commune, Pascal Cauche (SE). Selon lui, l'attaque de Strasbourg d'hier relève d'un acte imprévisible, un homme incontrôlable, "quasi impossible à empêcher".

D'autant que, dans ce bourg de 1200 habitants, "la police municipale, c'est l'équivalent d'un garde-champêtre à mi-temps", selon l'édile. Peu d'effectifs, non armés, qui n'ont jamais été formés à neutraliser un individu suspecté de préparer une attaque comme celle de Strasbourg. L'association organisatrice Cormeilles animation et la mairie ont décidé de faire appel à un agent de sécurité privé, rémunéré 250 euros la journée. 

Ce matin, Pascal Cauche avait décroché son téléphone pour demander un gendarme en faction à l'entrée des lieux. "Ce ne sera certainement pas possible, les effectifs de gendarmerie ne sont pas extensibles, admet l'élu. Mais on m'a promis qu'ils feraient des rondes en voiture autour de la salle." Pour autant, la fête aura lieu coûte que coûte. La réponse des autorités est attendue dans les jours qui viennent. 

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