Les petits cinémas à l'épreuve du streaming

L'unique salle du cinéma Etoile à Mortagne-au-Perche est un petit bijou installé dans l'ancienne halle aux grains de la ville. / © France 3 Normandie
L'unique salle du cinéma Etoile à Mortagne-au-Perche est un petit bijou installé dans l'ancienne halle aux grains de la ville. / © France 3 Normandie

La fréquentation des salles obscures se porte bien. Mais en Normandie comme ailleurs, la santé des petits établissements indépendants reste fragile. Ils doivent aujourd'hui faire face à la rude concurrence des séries diffusées par les plateformes.

Par Pierre-Marie Puaud

Où sont les jeunes ? En ce dimanche de fin d'été, à Mortagne-au-Perche, le cinéma Étoile projette le dernier film de Quentin Tarantino à 15 heures. "En version originale", souligne le directeur de l'établissement, comme pour s'excuser à l'avance. La VO séduirait plutôt un public cinéphiles. Dans la salle, les moins de trente ans se comptent sur les doigts d'une main. "En dehors des séances d'initiation à l'image qui sont proposées avec les écoles, c'est vrai on a un peu de mal à les faire venir", admet Philippe Gautier.

 

Les jeunes vont au cinéma, oui, mais ils préfèrent aller voir un film au multiplex



Pourtant, selon les bilans publiés par le Centre National du Cinéma, les jeunes représentent un bon tiers du public dans les salles obscures. "Ils vont au cinéma, oui, mais ils préfèrent remplir une voiture pour aller voir un film au multiplex d'Alençon", regrette Serge Brahim, le secrétaire de l'association qui gère l'établissement de Mortagne-au-Perche. Les grands multiplex qui peuvent diffuser simultanément plusieurs blockbusters sont armés pour résister à la nouvelle concurrence apparue ces dernières années.
 


"Ici, nous n'avons qu'une salle. C'est moi qui fait la programmation. Tel film à telle heure", explique le directeur Philippe Gautier. "Parfois, mes petits-enfants vont au multiplex sans savoir ce qu'ils vont voir. Ils décident sur place en arrivant", renchérit Serge Brahim. "C'est certain que pour voir le film qu'on a envie à Mortagne, il faut le programmer", ajoute la présidente de l'association Pascale Bouvier-Piret. Or, le plus jeune public n'a pas toujours ce reflexe. Cette génération biberonnée aux séries en libre-service sur internet constitue aujourd'hui une cible de choix pour les Netflix, OCS ou Amazon Prime.

Reportage à l'Étoile, "le cinéma Paradiso" de Mortagne-au-Perche : 
 


Au cinéma de Mortagne-au-Perche, la fréquentation est stable. Le directeur détaille : "nous totalisons 35 000 entrées pour 48 semaines d'ouverture. Soit une moyenne de 700 spectateurs hebdomadaires". Il faut dire que l'équipe ne ménage pas sa peine. L'Étoile soigne sa programmation en alternant les films grands publics, les oeuvres classées art-et-essai, les séances ciné-club. Le projecteur numérique permet de diffuser des images impeccables. Pourtant, sans les subventions des collectivités, ce petit cinéma, qui emploie pourtant quatre salariés, ne bouclerait pas son budget.

L'établissement aurait bien nesoin de renouveler son public. Mais comment faire revenir dans les salles ces spectateurs potentiels qui ont pris le pli du streaming ? Qu'est-ce qui pourrait les inciter à renoncer au confort du salon ? Comment leur faire préferer la salle obscure et ses horaires contraints aux tablettes et smartphones qui permettent de visionner une série n'importe où, n'importe quand ?

 

9 millions d'entrées chaque année dans les cinémas normands



Le Centre National du Cinéma a entrepris un "tour de France digital" afin de soutenir les petits cinémas. "Il s'agit d'aider les exploitants des salles indépendantes à utiliser internet et les réseaux pour développer et fidéliser leur public, en particulier les jeunes", prévient le CNC.
 
Xavier Lardoux, Centre National du Cinéma
Xavier Lardoux (Centre National du Cinéma),invité de France 3 Normandie le 10 septembre 2019 :  - France 3 Normandie


"Nous nous sommes rendus compte que la moitié des exploitants a du mal à utiliser les outils de communication numérique, précise Xavier Lardoux. Nous avons donc décidé de proposer des formations". Ce mardi 10 septembre, des patrons de cinéma de toute la Normandie étaient donc réunis à Caen pour trouver des clés. "Il faut d'abord un site internet efficace. Et il convient de rédiger des posts sur les réseaux sociaux à des heures où les gens y sont attentifs, pas en pleine journée. Et surtout, il faut mettre en avant la programmation et les animations pour redonner l'envie de goûter à la magie d'une projection en salle".

 


L'investissement vaut le coup dans une région que le CNC qualifie de "cinéphile". La Normandie compte une centaine de cinémas pour environs 300 écrans. "L'année dernière, ils ont totalisé 9 millions d'entrées. Et la Normandie se distingue quelque peu des autres régions. Le public y est un peu plus féminin, un peu plus jeune, et il a un goût plus affirmé pour les films français".
 

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