Si vous entendez sonner les cloches ce soir, ce n’est pas un message d’alerte

Le mercredi 18 mars 2020, des gendarmes de l'Orne devant la cathédrale de Sées contrôlent les passants dans le cadre des mesures de confinement liées au coronavirus. / © France Télévisions / Nicolas Corbard
Le mercredi 18 mars 2020, des gendarmes de l'Orne devant la cathédrale de Sées contrôlent les passants dans le cadre des mesures de confinement liées au coronavirus. / © France Télévisions / Nicolas Corbard

Ce mercredi soir toutes les églises de Normandie vont sonner les cloches à la volée pour célébrer l’Annonciation. Dans l’Orne, la préfète craint que cette initiative de l’Eglise effraie la population en cette période de Coronavirus. Pas de panique ! On vous explique pourquoi.

Par Nicolas Corbard

Hier soir, l’Evêque de Séez dans l’Orne, Monseigneur Habert, a reçu un  étrange coup de fil de la préfète de l’Orne. Celle-ci lui a fait part de son inquiétude suite à l’appel de l’Eglise de France de sonner les cloches partout sur le territoire, à 19h30, et pendant 10 minutes. La préfète craignait que, dans ce contexte de confinement lié au Coronavirus, cela n’effraie la population qui n’est pas chrétienne.

Difficile pourtant de confondre les cloches et l’alerte données en cas de danger grave, d’abord parce que l’on ne sonne plus le tocsin depuis la Seconde-Guerre-Mondiale !

Qu'est-ce-que le tocsin ?

Le tocsin a été utilisé en France à partir du Moyen-âge. Il s’agissait d’une sonnerie de cloches mais qui n’avait rien à voir avec la liturgie chrétienne, bien entendu. Les cloches étaient sonnées par des civils pour avertir la population d’un danger imminent comme un incendie, une invasion ennemie ou une catastrophe naturelle.

L’objectif était de rassembler la population et de la mettre à l’abri le plus rapidement possible, derrière des remparts par exemple. Lors de l’incendie de la cathédrale de Rouen en 1822, on a par exemple sonné le tocsin.
 
Gravure extraite du livre de Eustache-Hyacinthe Langlois intitulé "Notice sur l'incendie de la flèche de la cathédrale de Rouen en 1822" / © © Collection de Jacques Tanguy
Gravure extraite du livre de Eustache-Hyacinthe Langlois intitulé "Notice sur l'incendie de la flèche de la cathédrale de Rouen en 1822" / © © Collection de Jacques Tanguy

Impossible de confondre, déjà à l’époque, la sonnerie du tocsin avec celles de l’église. Pas de mélodie ou de carillon, le tocsin sonne des coups répétés et mécaniques, et jusqu’à 120 par minute.
 

Emmanuelle Lecointre, la responsable de la communication au diocèse de Séez, explique que la sonnerie que l’on va entendre nous est à tous - profanes ou non - très familière:


Pour la cathédrale de Sées, les six cloches vont sonner à la volée pendant 10 minutes. C’est le type de sonneries que l’on a l’habitude d’entendre pour les célébrations de l’Eglise. Ce sont des sonneries de fêtes.


Comme lorsque les cloches sonnent pour un mariage par exemple, ou un baptême.
 


Pas de confusion possible, non plus, avec un autre type de sonnerie, le glas, surnommé « la cloche des morts ». Une tradition ancienne de quinze siècles qui consiste à sonner une seule note, lentement, pendant plusieurs minutes.

Le glas était utilisé pour signaler l’agonie ou la mort d’une personnalité chrétienne. Plus récemment, le glas a sonné, notamment à Notre-Dame-de-Paris, lors des funérailles du pape Jean-Paul II, mais aussi pour rendre hommage aux victimes de l’attentat de Charlie Hebdo et ceux de Paris. La dernière fois, le glas a sonné après l’incendie de la cathédrale de Notre Dame de Paris.
 

Le tocsin a peu à peu disparu des usages avec la Seconde Guerre mondiale, seulement quelques villages l’utilisaient encore au début des années 60. En 1914, il était sonné pour annoncer à la population la mobilisation générale, et dans les tranchées il alertait les soldats d’une attaque au gaz.
 

Sonnerie des sirènes en cas de danger


Pendant la Seconde Guerre mondiale, les sirènes d’alerte ont peu à peu remplacé la sonnerie du tocsin. Elles prévenaient notamment la population lors de raids aériens.

A partir de 1948, le Réseau national d’alerte (RNA) est constitué pour avertir la population en cas de danger grave et imminent. Ce sont les sirènes que vous entendez peut-être chaque premier mercredi du mois à midi. Un test qui permet de vérifier leur bon fonctionnement.
 

Ces sirènes sonnent pendant exactement 1 minute et 41 secondes car à l’époque de leur invention les sirènes électromagnétiques risquaient de disjoncter si elle tournaient plus d’une minute. Il leur fallait 20 secondes également pour monter à pleine puissance, et 21 secondes pour s’arrêter.

Lors de l’alerte, ces alarmes sonnent à trois reprises, avec un espacement de 5 secondes. Elles sont aujourd’hui déclenchées en cas de catastrophe naturelle (comme une inondation) ou industrielle. Elles invitent la population à se confiner rapidement. Les sirènes ont pas exemple sonné lors de l’incendie de Lubrizol à Rouen.
 

Aujourd’hui, les sirènes ne sont plus implantées sur l’ensemble du territoire. En 2018, le nouveau Système d’Alerte et d’Information aux Populations (SAIP) a été mis en place par l’Etat. Le SAIP peut déclencher des sirènes par voie informatique, mais peut aussi passer des messages via la radio, les panneaux autoroutiers, les SMS…
 

Des cloches qui vont sonner ce mercredi partout en France

Ce soir, à 19H30, les cloches vont donc sonner pendant 10 minutes à l’appel de la conférence des évêques de France comme l’explique Emmanuelle Lecointre:

Tous les évêques de France sont invités à sonner les cloches pour la fête de l’Annonciation. C’est une moment important dans le calendrier chrétien. L’Annonciation célèbre la visite de l’ange Gabriel à Marie qui annonce à celle-ci qu’elle va enfanter le messie. C’est 9 mois avant Noël.

Cette année, les cloches vont sonner exceptionnellement pour inviter les chrétiens à la prière, puisqu’ils ne peuvent pas se rendre à l’église. Ce moment se veut aussi un geste de fraternité face au virus. Un geste qui concerne tous les Français.


L’Annonciation c’est aussi l’annonce de l’arrivée de la lumière dans les ténèbres. C’est un symbole d’espoir. C’est pourquoi, chacun est invité aussi à déposer des bougies devant sa fenêtre, comme c’est la tradition par exemple dans la ville de Lyon, afin d’afficher notre soutien aux soignants mais aussi aux malades et à tous ceux qui souffrent en ce moment


 

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