Accompagnement des victimes d'inceste : des associations pour vous aider en Normandie

Que faire si on est victime d'inceste? Quelles associations contacter dans notre région ? Quelques élements de réponses ici. 

© France 3 Baie de Seine

Avec la sortie récente du livre " La Familia Grande" où Camille Kouchner raconte l'inceste subi par son frère jumeau, un inceste commis par leur beau-père Olivier Duhamel, ce tabou tend à échapper -enfin- à la loi du silence. L'affaire hautement médiatique contribue à aider la libération de la parole des victimes anonymes. 

Des victimes qui portent des séquelles sur leur santé psychologique et physique, avec un risque de suicide élevé.  Selon une enquête Ipsos pour l'association "Face à l'inceste", un Français sur dix déclare avoir été victime d'inceste.

En France, l’inceste est officiellement interdit en France sur les personnes mineures.  L’article 222-31-1 le dit en quatre lignes : « Les viols et les agressions sexuelles sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis sur la personne d’un mineur par : 1° Un ascendant ; 2° Un frère, une sœur, un oncle, une tante, un neveu ou une nièce ; 3° Le conjoint, le concubin d’une des personnes mentionnées aux 1° et 2° ou le partenaire lié par un pacte civil de solidarité avec l’une des personnes mentionnées aux mêmes 1° et 2°, s’il a sur le mineur une autorité de droit ou de fait. »

"Mais avant d'en arriver à porter plainte, il faut parvenir à prendre conscience que ce qui se passe n'est pas normal et c'est compliqué quand on est un enfant et que la personne a par exemple autorité sur nous, c'est le cas s'il s'agit par exemple du père, de la mère" explique Caroline Chamond, présidente de l' Association Lhavi au Havre (76) qui accompagne les victimes d'inceste. 

" J'ai été victime d'inceste entre mes 12 et 20 ans par la personne de mon grand frère" explique Anne (qui a souhaité nous présenter son témoignage anonymement, nous avons donc changé son prénom selon sa volonté). "Je n'en ai pas parlé. Je suis partie de chez mes parents, je me suis investie dans le sport et dans mes études de médecine. Pendant un stage professionnel, une cheffe de clinique a compris qu'il y avait un problème profond chez moi, elle m'a "imposé" un suivi psychologique",  raconte-t-elle d'une voix posée, "  à 44 ans, c'est tout l'interêt de mon parcours jusqu'à une forme de résilience, aujourd'hui, je pense que j'en suis sortie".

" Ce qu'il faut comprendre, c'est que le cerveau met très souvent en place une amnésie face aux traumatismes comme l'inceste" .  Cette révélation est généralement en effet très tardive, en moyenne 16 ans après les faits. " Moi J'avais une mémoire à trous, avec des moments tout simplement effacés. Quand les souvenirs ont commencé à remonter, j'avais 23 ans. J'ai parlé à ma famille et mon frère n'a pas nié les faits. J'ai commencé alors une psychanalyse mais je ne disais rien. Et puis j'ai rencontré une psychologue au Havre spécialisée sur la problématique de l'inceste et qui pratiquait l'EMDR, ça m'a considérablement aidé".

Cette technique, entre l’hypnose et la thérapie cognitive et comportementale, est basée sur la stimulation sensorielle. Recommandée par l’Organisation mondiale de la santé, elle aide les patients à "ranger" leurs mémoires traumatiques en cas de stress post-traumatique. Cette technique surprenante est venue en aide à beaucoup de rescapés des attentats. 

" La psychologue dont vous a parlé Anne a créé une association au Havre, Lhavi dont je suis la présidente aujourd'hui" explique Caroline Chamond. "C'est la seule association en Normandie qui accompagne de cette façon les victimes d'inceste, je suis contactée par des gens du Havre mais aussi beaucoup de Rouen et de Caen car il y a peu d'associations qui travaillent spécifiquement sur l'inceste en Normandie ". 

L'importance de l'accompagnement...

" Le plus souvent, les victimes nous contactent par mail ou par Messenger, le téléphone, c'est plus difficile car il faut parler, en fait, ça vient plutôt dans un second temps l'échange direct. Concrétement, avec nos vingts adhérents, nous fonctionnons avec 3 axes d'approches: le groupe de parole, la pratique sportive et l'accompagnement financier pour les thérapies. J'anime le groupe de parole. Il arrive que certaines personnes n'ouvrent pas la bouche pendant deux heures la première fois qu'elles y assistent. Entendre d'autres personnes qui souffrent des mêmes dysfonctionnements les aident malgré tout et elles parviennent à parler au fur et à mesure des séances. "La pratique sportive, c'est très bien aussi parce que ça ouvre des horizons quand la parole est trop difficile. Voile, boxe, méditation, yoga et équithérapie permettent de se défouler, de se distancier, de créer du lien. Et puis l'accompagnement au frais de psychothérapies, c'est très important car ça peut être un vrai frein"

" A Paris, j'avais été personnellement dans un centre de victimologie et de psychotraumatisme avec des professionnelles qui travaillent sur les violences, à l'initiative de Murielle Salmona, psychiatre experte en mémoire traumatique. C'est vers ce type de structures qu'il serait bien d'aller en Normandie plutôt que des associations à droite à gauche, un centre qui réunirait des professionels dans un même lieu" .

...Jusqu'à une plainte et un procès

Toujours au Havre, l'association Avre 76 aide aussi les victimes d'inceste.  Valérie Voipierre, coordinatrice de cette structure financée par l'Etat et les collectivités , explique la démarche: 

" Nous accueillons les victimes au sens large, de la victime de cambriolage en passant par les violences conjugales et bien sûr les victimes d'inceste. On a quelques dossiers d'inceste seulement car c'est la loi du silence le plus souvent qui entoure ces faits qui se produisent dans la famille. Notre mission est de les accompagner , de les orienter et ce,  de la déclaration de l'inceste jusqu'à l'indemnisation des victimes par l'auteur. Concrètement, un personne vient nous voir et déclare être victime d'inceste. Nous ne sommes pas là pour vérifier les faits, la réalité de l'infraction. La personne sera reçue par une bénévole formée et un juriste pour être écoutée et être informée sur ses droits. La personne peut être orientée vers un psychologue de la structure ou en externe. "

Nous aidons la victime à préparer le dépôt de sa plainte, à structurer sa parole car on se rend compte que souvent, la victime oublie des éléments très importants.

" Concrétement, si la personne décide de porter plainte, nous expliquons tout ce qui va se passer ensuite. Nous l'aidons à préparer le dépôt de sa plainte, à structurer sa parole car on se rend compte que souvent, la victime oublie des éléments très importants. Nous accompagnons aussi si besoin physiquement la personne au commissariat ou chez les gendarmes, idem chez un avocat ou encore au tribunal, un juriste peut suivre la personne que ce soit en correctionnelle ou aux Assises. C'est très important car ce qui compte, c'est d'honorer la confiance donnée, la confiance c'est le moteur pour des personnes qui ont subi l'inceste. Même si les faits sont prescrits, nous les accompagnons pareillement car le dépôt de plainte revêt une importance symbolique pour les aider à continuer leur reconstruction. "

Coordonnées téléphoniques de Lhavi:  0623739322

Coordonnées télephoniques de Avre 76: 0235217676

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