Agression d'un homosexuel à Rouen : le caractère homophobe contesté par les accusés

Deux hommes accusés d'avoir violemment agressé un trentenaire homosexuel en novembre 2018 comparaissent aujourd'hui devant la Cour criminelle de Rouen. Les deux accusés nient le caractère homophobe. 

"Romain" avait été violemment agressé par deux homme dans la nuit du 25 octobre 2018.
"Romain" avait été violemment agressé par deux homme dans la nuit du 25 octobre 2018. © Véronique Arnould / France Télévisions

La cour criminelle de Seine-Maritime ouvre ce lundi 11 janvier au Palais de Justice de Rouen le procès de deux hommes poursuivis pour une violente agression sur un trentenaire homosexuel.

Dans la nuit du 25 octobre 2018 à Rouen, Romain (prénom d'emprunt), un trentenaire, passe une soirée avec des amis et fait la rencontre de deux hommes en boîte de nuit à la Bohème.

Après quelques verres, ils vont ensemble dans un autre bar de nuit, le Krystol. Romain ne cache son homosexualité et s'amuse à draguer ces deux inconnus. Ces derniers lui proposent ensuite d'aller en after pour finir la nuit. 

"Tantouze, tafiole, sale PD"

Romain monte alors dans la voiture et le ton va radicalement changer. Les deux hommes, âgés de 26 et 29 ans l'insultent de "tantouze", "sale race" ou encore "sale PD" avant dans le frapper à tour de rôle. 

Les deux agresseurs lui extorquent aussi de l'argent dans différentes banques de Sotteville-lès-Rouen et Elbeuf avant de revenir place Saint-Marc, vers 9h30 du matin. C'est à ce moment que Romain échappera à son calvaire et à prendre une photo du véhicule.

Les deux hommes ont rapidement été interpellés après les faits. L'un des deux avait été placé en détention. La victime a eu des traces impressionnantes sur le visage, les avant-bras, les côtes et les mains. Il s'en est sorti avec 10 jours d'ITT pour ses blessures.

Une enquête avait été ouverte pour agression homophobe, séquestration et extorsion. 

Le caractère homophobe contesté par les accusés

Le procès s'ouvre lundi 11 janvier. Les deux accusés, qui ont aujourd’hui 29 et 32 ans, comparaissent devant la cour criminelle de Seine-Maritime pendant 3 jours. Ils sont jugés pour extorsion avec violences et séquestration aggravée par la circonstance d’homophobie. La circonstance aggravante pour homophobie a finalement été retenue ce lundi matin.

Les agresseurs reconnaissent une partie des faits mais tous les deux nient le caractère de l'agression homophobe. Ils encourent une peine de 20 ans de réclusion criminelle. Le verdict sera rendu ce mercredi.

Cette première journée de procès était consacrée au profil des deux accusés. Ce lundi, leurs proches étaient entendus par la Cour qui essaient d'en savoir plus sur cette homophobie présumée. Aucun n'apporte d'éléments en ce sens. 

Les deux agresseurs nient l'acte homophobe.
Les deux agresseurs nient l'acte homophobe. © France Télévisions

Dessin : Mathias Poisnel

L'un des deux agresseurs "passif" ?

Les deux accusés se sont connus à Elbeuf un an avant les faits. Le plus jeune, Jordan, comparaît libre après 9 mois de détention. Salarié dans une industrie, il vient de se marier et attend une petite fille. Il est décrit comme quelqu'un de "calme, posé, presque trop gentil". Il a, dans un premier temps, contesté avoir porté des coups et des insultes envers la victime la nuit de l'agression.

Je pense que mon client était totalement passif. C'est ce qu'il a toujours dit pendant la procédure et c'est ce que dit aussi l'autre accusé.

Maître Etienne Noël, avocat de Jordan

"Je ne sais pas ce qu'il s'est passé à ce moment-là, mais c'est là que je vais axer sur cette différence de comportement, de caractère et de dangerosité", poursuit l'avocat.

Ce mercredi 13 janvier, au troisième jour du procès, il a, pour la première fois, avoué qu'il avait également frappé Romain. Il a également expliqué avoir agressé la victime pour des motifs crapuleux mais également pour son orientation sexuelle. Il dit avoir suivi Mohammed, le deuxième accusé, par peur que "cela ne se retourne contre lui".

Mohammed, le deuxième accusé, est toujours en détention. Il a déjà 18 condamnations pour des petits délits. 

Vague de solidarité nationale

Cette agression avait suscité à l'époque une vague d'émotion politique et citoyenne. Quelques jours après les faits, une chaîne humaine avait rassemblé des centaines de personnes à Rouen pour dénoncer l'homophobie. 

Une chaîne humaine organisée à Rouen pour dénoncer l'homophobie.
Une chaîne humaine organisée à Rouen pour dénoncer l'homophobie. © France Télévisions

Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur à l'épque, avait evnoyé un message de soutien à la victime. 

Selon les derniers chiffres communiqués par le ministère de l'Intérieur en mai 2020, les injures et agressions homophobes ou transphobes ont augmenté de 36% en France en 2019.

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